Mon petit monde dans le Grand Monde

J’aurai vécu à cheval sur deux siècles, ce qui est un privilège exorbitant.

La seconde moitié du XXème siècle correspondait à un monde en développement, à la frénétique passion du progrès, des idées et d’un avenir forcément optimiste. Les peuples se libéraient, les moeurs se libéralisaient, la création artistique n’avait pas de frein. On allait de révolution en révolution avec enthousiasme. Les idées de l’Occident avaient à peu près triomphé de tout et cela s’appelait Liberté. On balayait sous le tapis les gros accrocs du progrès : Vietnam, Liban, Yougoslavie, Rwanda, Budapest, Prague … On allait sur la Lune et encore plus loin s’il le fallait. Les idéologies avaient capoté sur l’évidence de l’optimisme.

Le XXIème siècle nait avec deux tours qui s’effondrent en flammes. Le nouveau siècle commence comme une gueule de bois. La culture s’effondre, se corsète dans le politiquement correct, la pudeur et le puritanisme. Les religions distillent leur intolérance, leurs persécutions et se dévoient dans des mouvement aussi criminels qu’incontrôlables. Au siècle précédent, on s’enchantait de passer partout librement, dans celui-ci, on vous observe, on vous scanne, on vous fouille, on vous soupçonne. Le progrès se heurte de plein fouet avec une réalité brutale : la pollution et le réchauffement climatique. Les mouvements politiques qu’on croyait éradiqués sont sur le devant de la scène avec leurs mensonges, leur bêtise et leur haine. L’argent, le profit, l’exploitation et la spoliation sont au menu de la pensée dominante.

Mon petit monde a franchi ce cap en conservant vaille que vaille les illusions, les conviction et la volonté d’être libre de ma première moitié de siècle. Je m’avance sans vaciller dans ce nouveau siècle qui me paraît de plus en plus exécrable dans la misère intellectuelle qui l’accompagne. Comme on vit longtemps chez les miens, je continue sans barguigner à entreprendre et m’exprimer en me servant des instruments du progrès pour lutter contre la déréliction et les idées en carton pâte de nos supposés penseurs et politiques au profil de représentants de commerce.

Aujourd’hui, je vois se profiler l’ère des pandémies. Ce minuscule virus parfaitement minable enquiquine la terre entière, extermine un humain sur dix millions et nous oblige à nous protéger de tout, surtout des gens qui nous sont proches. Les experts, qui prouvent avec constance qu’ils ne sont experts qu’en expertise, ne savent pas nous dire si la terre sera dévastée ou si cela partira comme c’est venu, comme ce fut le cas pour la peste. Emprisonnés chez nous, derrière nos masques et nos peurs ancestrales, nous contemplons notre siècle avancer à tâtons vers des lendemains mutiques.