Sculptures dérisoires

Tout à commencé quand je me suis rendu compte que le temps perdu ne valait pas la peine d’être recherché :

« Longtemps, je me suis attardé devant des films ennuyeux. Parfois, à peine la télé allumée, mes doigts se plongeaient si vite dans la boîte à gateaux que je n’avais pas le temps de me dire : « Je vais grossir. » Et, une demi-heure après, la pensée qu’il était temps de m’intéresser au film m’éveillait ; je voulais pousser le volume alors que je tenais entre mes doigts le papier doré des petites Gavottes et le pliais sans lumière ; je n’avais pas cessé en dormant de faire des pliages sur ce que je venais de rêver, mais ces réflexions avaient pris un tour un peu particulier ; il me semblait que j’étais moi-même ce que suggérait le pliage : une caravelle, un paquebot, l’héroïsme des chevaliers, des monuments grandioses. »

Je ne peux m’empêcher de me rappeler cet invité du Dîner de Cons construisant des cathédrales avec des allumettes. Le caractère dérisoire, obsessionnel et naïf du personnage faisait sourire d’un air méchant le spectateur en attente de ce que promettait le titre, inhibait mon irrésistible désir de proclamer mon génie du rien du tout. Mais depuis que, tout petit enfant, je découpai la carte d’identité de ma grand mère pour en faire une maison avec les volets qui s’ouvrent (fierté, hurlements, baffe), j’adore triturer des bouts de n’importe quoi pour donner vie aux images qui peuplaient mon esprit ennuyé par la lenteur du monde (en tous cas, celle des films les mieux notés par Télérama).

L’idée n’est pas de reproduire la cathédrale de Chartres à la gargouille près. C’est plutôt dériver au gré de ma fantaisie. Monter des maquettes est d’un ennui ! Les puzzles sont tellement fastidieux ! Pourquoi remettre en ordre ce que d’autres ont vicieusement mis en pièces. 

Moi, je fais comme Dieu, je pars de (presque) rien et j’en fais des extravagances qui, à défaut d’encombrer le monde, occupent bien le salon …

Pour créer mon petit univers doré, j’ai utilisé massivement des enveloppes de Gavottes, ces petites crêpes croustillantes, tout à fait inimitables et si propices au développement de l’hémoglobine glyquée et des miettes en tous genres.

Puis j’ai décidé que les objets pouvaient se glisser dans des images tout aussi imaginaires pour prendre vie dans le monde de l’irréel.

À la fin de ma passion pour les petites crêpes, tout ce monde toucha à sa fin. À quoi ça tient l’univers ?