Depuis ma plus tendre enfance, je me suis interrogé sur la réalité, sur ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas, ma place dans un monde qui ne me convenait pas complètement. Un gosse qui a été adopté est inéluctablement confronté à une double réalité, celle qu’il est en train de vivre, celle qui aurait pu exister s’il n’avait pas été adopté. Pour le meilleur ou pour le pire. Pour les autres enfants, la question ne se pose pas, ils sont nés dans une famille qui impose sa réalité, bonne ou mauvaise, mais univoque.

La principale conséquence de ce phénomène est que je n’ai jamais réussi à me contenter de ce que je voyais, j’ai toujours adoré tripatouiller le monde réel pour le plier à mes propres fictions. Fictions de l’image en transformant les photos que je prends, fiction dans le récit, en pondant des romans où le vraisemblable n’est pas forcément bienvenu. J’adore me promener dans mes rêves qui semblent tous être des portes sur d’autres versions de mon existence déjà bifide à l’origine.
C’est pour cela que m’intéresse tant à tout ce qui permet d’explorer des aspects alternatifs du monde réel.
J’ai déjà abordé plusieurs fois ce sujet dans les élucubrations de ce site :
– LE SOLIPSISME, LA RÉALITÉ FANTÔME
– RÉFLEXIONS SUR LE MONDE NUMÉRIQUE ET L’I.A.
– LES TROIS MOUSTIQUAIRES, ROMAN PHÉNOMÉNOLOGIQUE
RÉFLEXION
Il ressort des propos tenus sur le développement de l’intelligence artificielle que cette dernière risque considérablement notre perception, voire notre conception de la réalité. Dans ces propos, on oppose ce qui est vrai à un univers de mensonges engendrés par des moyens numériques. Certains vont à considérer que nous nous acheminons vers le monde tel qu’il est décrit dans Matrix, où l’humanité vivrait dans un monde généré par des machines.
La preuve présentés par ceux qui tiennent ces propos est la floraison d’images truquées sur les réseaux sociaux. Des images qu’on ne peut plus distinguer des images réelles car le temps où il suffisait de compter les doigts et repérer les artefacts est largement dépassé.
Les craintes suscitées par ce développement sont celles d’un brouillage complet de la réalité qui sous-tendrait une prise de pouvoir par des autorités usant de l’I.A. pour asservir les foules et nous réduire à l’état d’esclaves.
Ceux qui tiennent ces propos ont peut-être raison, on voit bien que les états totalitaires n’hésitent pas à imposer une vision altérée de la réalité pour asseoir leur pouvoir. Mais ils n’ont pas attendu l’I.A. pour le faire. à ce titre, les religions viennent en première place, du culte d’Osiris à celui d’Allah en passant par YHVH et le Christ, sans compter le Bouddha et Shiva. La religion, d’où qu’elle vienne, est la fabrication d’une réalité artificielle qui vient recouvrir celle dans laquelle on vit dans la peur de l’inconnu et de la mort. Le précurseur de Matrix, c’est l’église.
Et avec les religions viennent les gens de pouvoir. Le pouvoir absolu se résumant à être un dieu vivant dont la parole ne peut être remise en question sous peine de mort. On est roi de droit divin, c’est dire ! C’est aussi le problème qui se pose à la démocratie qui est bien incapable de se prévaloir de ce caractère sacré et qui, au fil du temps ne cesse de se dégrader au profit des tyrans de tous poils.
L’intelligence artificielle n’est donc pas la première atteinte à la réalité, mais bien plutôt un révélateur de ce que la réalité n’est pas aussi immuable qu’on veut bien le croire.
Quand, à l’époque romantique, quand se redécouvraient les contes et les légendes pour s’évader de la tristesse du temps, le solipsisme s’est développé, cela a consisté à remettre en question la réalité de la réalité. Poussé à l’extrême, chacun de nous ne serait qu’un rêveur imaginant tout ce qui l’entoure. Le monde, tout ce qui le peuple et tout ce qui s’y passe ne serait qu’un fantôme de notre imagination.
Comme on le voit, Matrix n’est pas loin.
La science moderne, contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, a tendance à donner du sens à cette forme de pensée. Elle rend compte des limitations de nos sens, de notre perception du temps, de l’espace et des dimensions multiples en nous proposant des multivers que nous ne pouvons concevoir qu’au prix d’abstractions. La physique quantique comme la pensée phénoménologique nous indiquent que notre réalité n’est rien d’autre que l’expérience que nous en avons. Si l’expérience change, la réalité aussi, sur un fond de lois indéchiffrables. Le croyant est persuadé que l’esprit saint habite la cathédrale quand l’athée n’y voit que de l’architecture et du génie humain. Ces deux points de vue sont irréductibles car ils procèdent d’expériences antagonistes.
Il ne fait aucun doute que l’I.A. sert sans doute à manipuler la vérité, à forger des illusions et à tromper son monde. Ce n’est pas un caractère de l’I.A., c’est un trait commun de l’humanité, voire du monde des vivants. L’insecte qui se camoufle en feuille, en fleur ou en brindille, pour tromper ses prédateur ne fait rien d’autre.
L’intelligence artificielle est un moyen de se jouer des lois du réel d’hier au profit d’une nouvelle conception de la réalité. Tout comme la photographie, en son temps, a remplacé la peinture pour représenter le monde. Ce n’est pas le marteau qui enfonce le clou, c’est celui qui le tient.
Il ne se passe pas un jour sans qu’on ne découvre de nouvelles propriétés chimiques, biologiques, physiques, astronomiques, mathématiques qui démentent peu ou prou des vérités qu’on estimait établies. Pour le meilleur ou pour le pire. À chaque fois, c’est une infime parcelle de notre connaissance du monde qui s’altère et part en fumée. Notre connaissance grandit et l’horizon du savoir devient de plus en plus lointain, bousculant les mythes, refoulant les croyances. C’est bien pour cela que les religions haïssent la science et se réfugient dans des arguments spécieux tels que les métaphores pour expliquer leurs mythes.
L’intelligence artificielle ne vient pas de nulle part, elle procède du même besoin humain d’élargir sa conception de la réalité. S’ils n’avaient pas eu besoin d’agrandir le bas-monde dans lequel ils vivent, les hommes n’auraient pas inventé les dieux, et ils n’auraient pas eu besoin de développer l’intelligence artificielle, d’explorer les confins de l’univers, de fouiller l’infiniment petit et d’imaginer des dimensions inconcevables. Pour conclure, j’aime à considérer que l’intelligence artificielle est c omme la religion, elle est à l’image de ceux qui l’ont inventée. qui l’ont imposée et qui s’en servent. Tantôt cruelle et vicieuse, tantôt généreuse et magnifique.
Pour illustrer mon propos, je publierai ici, comme elles viennent, les images de ma réalité transformée par l’I.A. Précédemment, dans MUSEUM et LA PHOTO ET L’IMAGE, je tentais de faire la distinction entre les photos trans formées avec l’I.A et celles où je n’y avais pas recouru. Cette distinction n’a plus de sens puisque l’I.A. est partout. Tout ce que je promets, c’est de ne pas faire prendre les vessies pour des lanternes.
TOUT EST FAUX !
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GALERIE
Je publie ici les images que j’ai créé à partir d’une photo originale, au fil des jours.
Décembre 2025
Paris a la particularité de posséder des immeubles plats, ou, plutôt, qui paraissent plats. En fait, ces immeubles forment une pointe qui, vue sous un certain angle les fait paraître plats comme des décors de théâtre.


Hier, en me promenant rue du Bac, j’ai avisé deux magnifiques corbeaux qui semblaient avooir réssucités de chez Deyrolles. Ils dévoraient consciencieusement des morceaux de brioche qu’on leur avait jeté sur le parapet d’une entrée de parking. Loins de s’effaroucher de ma présence, ils ont pris la pose et m’ont observé avec un brin d’inquiétude pour leur pitance. Sacré zoziaux ! Cela m’a inspiré des images médiévales aux reflets sombres et mystérieux.




