Il existe en Europe des villes qui saisissent tant le regard que l’on ne parvient jamais à tout voir d’un coup. On admire une perspective et, quand on se retourne, on en voit une plus belle encore. Rome, Saint-Pétersbourg, Venise, probablement Paris (mais c’est ma ville que j’ai tant vue) et Prague.
Prague est un concentré de beauté et d’harmonie qui parvient à concilier toutes les époques en des paysages saisissants.
En voici quelques panoramas qui sont une des bonnes manières de voir ce qui s’offre à voir.












Avec ses 1,4 millions d’habitants, c’est une cité démesurée pour un si petit pays. Mais les Tchèques sont incroyablement attachés à leur culture, à leur langue et à leurs coutumes. Quand on est à Prague, on sait qu’on y est, tout nous le dit : Tu es à Prague, tu vois bien !
La ville est un concentré de toutes les époques, depuis le haut Moyen Âge jusqu’au monde le plus moderne. Et tout cela coexiste avec une harmonie presque parfaite. Les constructions contemporaines épousent le style de la ville sans jamais créer de hiatus qui n’eût pas été voulu.
Une des plus célèbres est la maison qui danse, un hôtel inspirée par Ginger et Fred.





Prague a un style bien à elle, qui mélange trois époques et les fond en des décors particulièrement originaux : le monde médiéval avec ses flèches et ses hauts clochers ornés de tourelles d’angles, le monde de la Renaissance avec ses dômes, ses clochers à bulbes, et toutes ses ornementations, Le monde de l’Art Déco, aussi appelé Sécessionniste avec ses façades ornées, ses porches soutenus par des cariatides et des atlantes. D’autres époques sont aussi présentes : le cubisme, le brutalisme. Mais le principal cocktail stylistique est fait des trois époques, qui se mélangent d’autant plus que les constructions du début du siècle s’amusent à les combiner. On pourrait se dire que la ville a été redessinée par des peintres de l’art nouveau…









La grande église de Vysehrad est d’un style néo-gothique parfait. À L’intérieur les fresques sont inspirées par Mucha, aussi dessinateur publicitaire pour des boissons et des médicaments.






La cathédrale de la vieille ville n’a pas de façade. Elle fut construite derrière des maisons encore plus anciennes qui devaient être détruites. Mais les propriétaires de ces maisons changèrent d’avis. Désormais, on entre dans la cathédrale en traversant un café…
Si, à cela vous ajoutez les tramways traditionnellement rouges et jaunes qui sillonnent lourdement toute la ville, vous êtes à Prague. Et, surtout, n’oubliez pas que la ville est intégralement pavée, des petits pavés pour les trottoirs, des gros pour les chaussées. Tout cela se gondole et est particulièrement propice aux entorses en tous genres.






Puis on remarquera que la ville est incroyablement propre. Pas un papier ne traîne par terre, pas une saleté, pas même une crotte des nombreux chiens. Les Praguois astiquent leur ville avec une assiduité que je n’avais jamais vue ailleurs.
La ville est coupée en deux par la Vltava (la Moldau, c’est plus facile à dire) qui fait une grande boucle en la traversant. Un relief de ‘cuesta’ aurait dit mon vieux prof de géo. Le sommet de la boucle creuse le relief et forme une longue colline escarpée, le creux de la boucle forme une étendue sédimentaire souvent marécageuse. Eh bien, c’est exactement çà : D’un côté, il y a le Château posé tout le long de la pente, dominant la ville et accessible par des voies raides et des escaliers, de l’autre côté il y a le reste de la ville, totalement plat, sujet aux inondations.
C’est pour cela qu’on a construit des murs pour protéger cette partie basse. Puis, au fil des âges, on a démoli et reconstruit, sans enlever ce qu’il y avait en dessous. Prague s’est ainsi élevée, au fil des siècles, de plusieurs mètres et que, sous la ville actuelle, il en existe une autre, mystérieuse, complètement souterraine. Ne rêvez pas, la plupart de ces vestiges servent de toilettes pour les restaurants, de boîtes de nuit, et de musées des horreurs pour faire peur aux touristes. Mais on se plait à imaginer de longues rues peuplées de fantômes. On est à Prague.
Entre les deux rives du fleuve, il y a le Pont Charles avec ses statues et tous ses bateleurs. Le pont enjambe aussi le quartier de Mala Strana, un des plus vieux de la ville.









Le quartier juif, Jozefov) est spectaculaire en ce qu’il est vaste, mais aussi pour trois raisons particulières. La première est qu’il a été rasé à la fin du XIXème siècle, c’était un quartier misérable et insalubre, pour laisser place à des immeubles luxueux, inspirés d’Haussmann, mais avec le style néogothique de la Sécession. La seconde est la référence à Paris, la rue de Paris est la plus luxueuse de la capitale, avec toutes les enseignes de l’avenue Montaigne. Le soir, de jeunes riches se promènent en Lamborghini et Ferraris, en raclant le bas de caisse de leurs monstres bruyants sur les dos d’ânes des rues. La troisième est le cimetière juif qui fut créé sur une si petite parcelle qu’il fallut en tasser les corps sur plusieurs mètres d’épaisseur. Les pierres tombales sont ainsi plantées les unes contre les autres en tous sens dans cette terre pleine d’ossements. Et pour couronner le tout, toute une série d’échoppes s’adossent au mur même du cimetière, vendant marionnettes macabres, golems et toutes sortes de produits pour touristes.






Plusieurs synagogues ont survécu aux persécutions de tous les âges. L’une d’elle est couverte des noms de 78000 juifs qui ont péri lors de l’occupation nazie.






Prague est une ville où l’on se plaît à se faire peur, oui, mais toujours avec une pointe d’humour, le plus souvent noir. Kafka est la référence en ce domaine. Il est courant de le considérer comme un être fragile et tragique. C’était surtout un blagueur qui détournait les styles pour inventer des histoires à dormir debout. Il n’est aussi qu’à considérer le cinéma tchèque, notamment Milos Forman. Dans le registre des trucs à faire peur, les guides se plaisent à mentionner le Golem, les défenestrations et les divers massacres dus aux guerres de religions et qui ont indubitablement apporté leur lot de fantômes. Prague a un goût certain pour le macabre, mais avec un sourire moqueur. Les Praguois adorent se déguiser et se donner des looks invraisemblables, cela ajoute à la sympathie qu’on peut éprouver pour eux.






On dit souvent des Praguois qu’ils sont distants, réservés et brutaux dans leurs réactions. En fait, quand on leur sourit et qu’on leur dit simplement bonjour dans leur langue au lieu de les interpeller dans la nôtre, ils s’ouvrent immédiatement et sont d’une très grande gentillesse. Dès qu’on nous voyait hésiter où ne pas nous dépêtrer d’une situation, il se trouvait toujours quelqu’un pour venir à notre aide.
Le goût du travail bien fait pousse certains à en faire un peu trop, à s’occuper un peu trop de nous. Mais les loufiats français feraient bien de prendre de la graine de cette façon accommodante et souriante de s’occuper de leurs clients.
À propos de nourriture, la gastronomie tchèque n’est pas forcément du goût de tout le monde, essentiellement faite de goulaschs servis avec des ’quenelle’ qui s’apparentent à une baguette pas cuite qu’on aurait coupé en tranches épaisses. On sert aussi ce goulasch dans une miche de pain qu’on a évidée et qu’on à cuite au four. C’est rigolo, cela rappelle les tranchoirs médiévaux. De là à dire que c’est bon. Par bonheur, Prague s’est remplie de toutes sortes de restaurants offrant un panorama considérables de cuisines du monde, notamment vietnamienne.






De plus, on rencontre partout dans la ville des magasins offrant du canabis et des jouets au caractère sexuel particulierement cru …






Prague ne compte pas moins de quatre opéras, sans compter les innombrables salles de concert. Nous avons pu, ainsi, assister à deux concerts en nous contentant de passer devant la salle. Évidemment, il vaut mieux aimer Vivaldi et les compositeurs tchèques (Smetana, Dvorak) … Les orchestres sont de qualité variable, mais il y en a tant.




Les bibliothèques sont aussi un apanage de cette ville qui adore se fondre dans sa littérature.






Les oeuvres d’art exposées dans les rues, sur les places et dans les passages sont souvent étonnantes et prouvent encore le goût certain des Praguois pour l’étrange, l’humour et la provocation.






Prague n’est qu’à une heure et demie d’avion de Paris, mais elle offre un dépaysement bien plus grand que bien d’autres destinations.