1 – Mais à quoi sert donc le quali ? Quand les études sont des obstacles objectifs à l’innovation.
But what qualitative studies used for? When studies are objective obstacles to innovation.
2 – Du pot au feu et de la distinction Le snobisme du vrai
Pot au feu and distinction The snobbery of the real
3 – Y a t’il un remède au marketing ? La course à l’imitation s’est substituée à la créativité et la culture.
Is there a cure for marketing? The race for imitation has replaced creativity and culture.
4 – Voilà ! Quand la ponctuation des propos élude la raison.
« Voilà »! When the punctuation of words eludes reason.
5 – Mappemonde Questions d’échelle et de métaphysique.
World Map Questions of scale and metaphysics.
6 – Une certaine idée de la France En même temps et oxymores, les Français détestent ce qu’ils adorent et inversement.
A certain idea of France At the same time and oxymorons, the French hate what they adore and vice versa.
7 – Pizza et Culture Vers l’entropie culturelle
Pizza and Culture Towards cultural entropy.
8 – Le suicide syndical Comment les syndicats nous conduisent à une récession suicidaire.
Union suicide How unions are leading us into a suicidal recession.
9 – Espèces de races Ma mise au point sur une notion controversée.
Species of breeds My clarification on a controversial notion.
10 – Premiers de la classe Du danger d’être gouverné par les premiers de la classe.
Top of the class On the danger of being governed by the top of the class.
11 – Patriotisme et Nationalisme Deux notions opposées et dévoyées par les populistes
Patriotism and Nationalism: Two opposing notions misused by populists
12 – La mesure de l’homme Petite mise au point sur la place de l’homme dans l’univers
The measure of man A brief update on man’s place in the universe
13 – Sur l’adoption et ses vicissitudes Réflexions sur le statut de l’adopté dans le contexte du « désir d’enfant ».
On adoption and its vicissitudes Reflections on the status of the adoptee in the context of the “desire for a child”.
14 – Ukraine et Cosaques Pourquoi Poutine sera dévoré par sa conquête.
Ukraine and Cossacks Why Putin will be devoured by his conquest.
15 – Le cercle politique Quand l’idée de droite et de gauche n’est plus pertinente.
The political circle When the idea of right and left is no longer relevant.
16 – Wokisme et bêtise Quand l’ignorance et le puritanisme ruinent l’intelligence et la culture.
Wokism and stupidity When ignorance and puritanism ruin intelligence and culture
17 – Gravité La gravité nous ouvre la porte de la quatrième dimension.
Gravity Gravity opens the door to the fourth dimension.
18 – Mensonge et tyrannie Une exploration des principes qui fondent la tyrannie et la conduisent à sa perte.
Lies and Tyranny An exploration of the principles that found tyranny and led to its downfall.
19 – La moutarde me monte au nez Le downsizing du côté de Maille.
Mustard gets up in my nose Downsizing on Maille’s side.
20 – De la décadence de la culture au courage d’apprendre Quand l’dée de la France se noie danns la bêtise.
From the decadence of culture to the courage to learn : When the idea of France is drowning in stupidity.
21 – Du réalisme en photographie La photo, ce sont des images pas des réalités telles que les photographes conservateurs aiment à le croire.
Realism in photography Photography is images, not realities as conservative photographers like to believe.
22 – À qui profite le crime ? Et si l’agression du Hamas faisait l’affaire de l’extrême droite israélienne.
Who benefits from crime? What if Hamas’s aggression suited the Israeli extreme right?
23 – Que j’aime ta douleur ! Pourquoi la douleur fait-elle si mal en France ?
How I love your pain! Why does pain hurt so much in France?
24 – La démocratie est-elle le pire des régimes ? Pourquoi la démocratie conduit-elle, depuis toujours, à la dictature.
Is democracy the worst regime? Why has democracy always led to dictatorship.
25 – Les contes de fée finissent mal La leçon à retenir de de la réélection de Trump.
26 – Les « Libérateurs » Trump, l’expression des plus bas instincts de l’histoire des États Unis
The “Liberators” Trump, the expression of the lowest instincts in the history of the United States
27 – Derrida, ma thèse et Moi Quand je découvris la Déconstruction sans le savoir.
Derrida, my thesis and Me When I discovered Deconstruction without knowing it
28 – Le Septième Sot ou La Décadence Programmée Une réflexion sur la fin de la culture.
The Seventh Fool or Planned Decadence A reflection on the end of culture
29 – La Vie, la Mort et la Thermodynamique Sait-on au moins ce que c’est que la vie ?
Life, Death and Thermodynamics Do we even know what life is?
ALL ENGLISH TRANSLATIONS ARE AT THE END OF EACH CHAPTER
Tout au long de ma vie personnelle et professionnelle, j’ai écrit des textes, des articles et de pamphlets pour pointer les absurdités et les étrangetés du monde et de la société. Je continue à sévir pour consigner ici les idées qui me turlupinent et excitent mon envie de réagir…
J’ai publié un recueil de mes principaux textes, articles et conférences :
Ce recueil ne comporte que les articles écrits entre 1984 et 2003. Les articles plus anciens sont perdus ou inaccessibles. Les articles plus récents sont de moindre importance ou reprennent des propos déjà traités dans des travaux plus anciens.
Ces articles touchent à divers domaines tels que la vision de l’Europe, l’analyse lexicométrique, la théorie du chaos, les mécanismes de développement et d’évaluation de l’innovation, l’anthropologie interculturelle.
En 1988, ma présentation de l’analyse informatique du langage me valut le Grand Prix Méthodologique à la conférence annuelle de l’Esomar (European Society for Opinion and Market Research) à Lisbonne.
L’ensemble de ces textes est désormais disponible sur papier sur Amazon. Malheureusement, le matériel dont je dispose ne permet pas d’en faire une version électronique. Une excellente raison pour ouvrir un livre.
Les articles développés dans ce livre (en anglais et/ou en français) sont :
- NEW QUALITATIVE STUDIES (1984)
- LE NOUVEAU QUALITATIF (1984)
- WORDS AND BYTES (1988)
- DES MOTS ET DES OCTETS (1988)
- DIE EUROPEAN VIA DE VIVRE (1991)
- QUOI DE NEUF ? (1993)
- CHAOS (1996)
- INNOVER EN MILIEU MULTINATIONAL (1999)
- LES OBSERVATOIRES DE LA RÉALITÉ (2003)
J’en livre ici quelques autres qui sont restés planqués sur mon disque dur …
I’m delivering here a few others that have remained hidden on my hard drive…
Throughout my personal and professional life, I have written texts, articles and pamphlets to point out the absurdities and strangeness of the world and society. I continue to work hard to record here the ideas that bother me and excite my desire to react…
I have published a collection of my main texts, articles and conferences :
This collection only includes articles written between 1984 and 2003. Older articles are lost or inaccessible. More recent articles are of lesser importance or repeat comments already covered in older works.
These articles touch on various fields such as the vision of Europe, lexicometric analysis, chaos theory, mechanisms of development and evaluation of innovation, intercultural anthropology.
In 1988, my presentation on computer analysis of language won me the Grand Prix Methodologique at the annual conference of Esomar (European Society for Opinion and Market Research) in Lisbon.
All of these texts are now available in paper form on Amazon. Unfortunately, the equipment I have does not allow me to make an electronic version. A great reason to open a book.
The articles developed in this book (in English and/or French) are:
- NEW QUALITATIVE STUDIES (1984)
- THE NEW QUALITATIVE (1984)
- WORDS AND BYTES (1988)
- WORDS AND BYTES (1988)
- DIE EUROPEAN VIA DE VIVRE (1991)
- WHAT’S NEW? (1993)
- CHAOS (1996)
- INNOVATION IN A MULTINATIONAL ENVIRONMENT (1999)
- OBSERVATORIES OF REALITY (2003)
I’m delivering here a few others that have remained hidden on my hard drive…
MAIS À QUOI SERT DONC LE QUALI ?
On va commencer par deux anecdotes tout à fait authentiques :
La première : J’avais prêté ma salle de réunions à un confrère belge qui avait la réputation de développer des méthodologies sophistiquées pour comprendre les enfants. Son client et son équipe devaient discuter de façon très informelle (assis par terre), avec des enfants qui devaient, entre autres, déguster quatre variétés de boissons au chocolat. Il leur manquait un gosse et moi, j’avais amené ma fille pour la journée. Elle entrait dans les quotas, et zou !
J’observais tout cela depuis mon bureau équipé d’un retour vidéo. Ma fille se livre volontiers au jeu et répond gentiment. Oui, elle aime bien le chocolat, oui, les boissons sont délicieuses, surtout la N°3. Tout le monde est content. Elle revient dans mon bureau et me glisse à l’oreille : « Papa, c’était dégueulasse ». Je lui demande pourquoi elle leur avait dit le contraire et elle me répond qu’elle ne voulait pas les vexer et qu’elle craignait qu’on lui pose encore plus de questions. Et toc !
La seconde : Ma société devait explorer l’univers du riz, son imaginaire, ses évolutions possibles. Nous étions en 1985. La référence était le riz qui ne collait jamais. L’animatrice, un génie du projectif, toujours prompte à inventer des exercices aussi inspirés que baroques, fait plonger le nez des participantes dans des sacs de riz imaginaires. Il en ressort des parfums, d’Inde, de Thaïlande, de ports exotiques et lointains. D’autres indices nous poussent à recommander à ce fabricant de se lancer dans les riz parfumés. Tollé ! Trois ans plus tard, le patron d’une grande agence me signale que les riz parfumés ne représentent pas plus de 2% du marché. Dix ans plus tard, ce même client me confesse avoir perdu dix ans et pris un retard difficile à rattraper.
Après quarante ans dans le métier des études qualitatives, ces deux anecdotes résument les deux récifs acérés entre lesquels navigue cette activité.
Le premier récif, c’est que les réponses explicites sont presque toujours erronées, aux mieux difficilement exploitables.
On se rappellera que :
– les consommateurs n’ont pas d’attentes
– l’innovation passe toujours par la phase suspicion avant l’adhésion
– que dire oui coûte moins d’effort que dire non
– que l’envie de bien répondre l’emporte sur toute forme de sincérité
– que, en groupe, la pression de conformité l’emporte presque toujours
– que les critères de recrutement sont biaisés par le simple fait d’accepter de participer
– que les questionnements orientent les réponses
– que nos neurones miroirs nous incitent à nous identifier aux intentions de l’investigateur.
En d’autres termes, les tests qualitatifs (les autres aussi, mais sauvés par la banalité des questionnements) ont énormément de chances de ne rien nous apprendre qu’un peu de bon sens nous eût révélé. Henri Ford déclarait que des études lui auraient recommandé d’inventer des chevaux qui vont vite plutôt que l’automobile, ni l’IMac, ni l’iPhone n’auraient survécu aux tests.
Il est rarissime qu’une idée innovant ou créative engendrent un enthousiasme instantané et unanime.
Il n’est pas exclu qu’une des boissons au chocolat était absolument délicieuse, mais le test excluait toute aspérité et seule celle qui ressemblait le plus à ce que tout le monde aimait et connaissait déjà avait des chances de survivre au test, quelles que fussent les contorsions méthodologiques inventées pour la circonstance.
Dans les premières années de ma carrière, je fus invité à déjeuner par le patron d’un laboratoire pharmaceutique. Entre la poire et le fromage, il me déclara que mes études ne privilégiaient que le conformisme et la conformité. J’en convint et décidai de ne plus travailler qu’à échapper à cette engeance. Je dois avouer que j’y travaille encore. Le second récif, c’est que les idées fortes sont souvent loufoques, improbables et difficiles à démontrer. Elles remettent en question les normes et les dogmes. Le client réclame des idées neuves, mais qui ont été longuement éprouvées. Les indices du changement apparaissent le plus souvent comme des accidents, des atypismes et des erreurs d’appréciation. On juge toujours de l’innovation avec les lunettes du passé sur le nez. Les paradigmes sont aussi faciles à manœuvrer que des pétroliers géants.
Il en résulte une double contrainte funeste pour l’évolution des idées. Prendre des risques, s’aventurer hors des tendances établies, c’est s’exposer à l’échec et la réprobation de la hiérarchie, mais il faut aussi répondre à l’injonction de progrès et de rupture. Cela aboutit à l’inflation du toujours plus que le consommateur ne saurait récuser. Plus de fruits, plus de légèreté, plus de pixels, plus de puissance, plus de chocolat, plus de rien du tout parce que les produits deviennent des monstres.
Ce faisant, on passe à côté des changements radicaux qui prennent naissance à la marge de la société ou dans le cerveau frétillant de génies visionnaires.
Les études qualitatives, lorsqu’elles sont menées judicieusement par des chercheurs qui sont au fait des biais classiques du questionnement explicite, sont à même de déceler ces mouvements subtils et d’alerter sur les ruptures de paradigmes en phase de surgissement. Mais elles s’exposent à trois objections irrémédiables :
– Trop petit mon ami, une étude multicentrique sur dix mille consommateurs ne dit rien de tout cela. On a rien senti sous les pneus du trente-huit tonnes.
– D’où tenez-vous cela ? le recrutement est remis en question, ce ne sont pas quelques marginaux à moitié névrotiques qui vont gouverner l’avenir du marché. C’est ainsi que le patron d’un grand labo traita l’info sur l’utilisation de la Ventoline par les toxicos révélée par des entretiens en profondeurs de jeunes asthmatiques.
– On ne change pas une équipe qui gagne ! Un fabricant d’électroménager m’envoyant paître quand je lui suggérai de retirer de son produit phare un élément qui l’empêchait définitivement d’évoluer. Il suffit de se souvenir de la disparition du lecteur de disquette dans le premier iMac. La principale clé pour surmonter ces objections est le transfert de confiance. L’autorité intellectuelle du responsable de l’étude auprès du décideur de l’entreprise permet d’aplanir toutes les objections, inquiétudes et pusillanimités. C’est ce qui sert de fondement au « gourou système » qui lie certains instituts à certaines entreprises. Cela commence en général très bien. L’impulsion initiale est en général un succès dû à une recommandation judicieuse et surprenante. L’entreprise, suivant cette recommandation, a rompu l’équilibre entropique du marché pour prendre la tête d’un nouveau segment. On ne jure plus que par l’institut, le charisme de son patron et la pertinence de sa méthodologie phare.
Cela peut durer des années, jusqu’à l’enkystement. L’institut se fond dans la philosophie et les croyances de l’entreprise. Un jour, les gens changent et le charme est rompu. Fin de l’histoire.
Les études qualitatives, par opposition aux études quantitatives, ont largement fondé leur autorité sur la révélation des dimensions cachées de la pensée, des croyances, des attitudes et des tendances. Il s’agissait en général de faire suivre cette révélation par une quantification et ainsi les vaches étaient bien gardées.
Au crédit de ces approches, elles récusent les opinions explicites, le rationnel conformé et la pression dominante. L’idée fondamentale est de dissimuler au consommateur l’objet réel de la recherche et de révéler son langage secret.
Au hit-parade de ces approches : l’analyse des motivations, l’entretien non directif, la systémique, la sémiologie, la lexicométrie, l’analyse transactionnelle, la neurolinguistique, les méthodes projectives, la créativité.
Chacune des méthodes a fait très largement ses preuves. J’en ai fait autant d’usage que j’ai pu pour cultiver mon statut de grand sachem de la recherche qualitative.
Toutes ces méthodes, sans exception, reposent sur le principe de la révélation du sens caché. Le sens caché, s’apparente à l’inconnu, à ce que l’on ne voit pas encore, à qui ne pourra qu’émerger à terme. Il y a dans tout cela un petit peu de futurologie. Chacune de ces méthodes plonge ses racines dans l’université et la science. Si l’université est américaine, c’est mieux.
Il n’empêche que, pendant de nombreuses années, une sacrée bande de gauchistes a servi à guider et rassurer les décideurs des multinationales.
La principale dérive des études qualitative nous est venue des pays anglo-saxons : au lieu du langage caché, les anglo-saxons ont largement privilégié l’accès rapide à des informations permettant d’orienter les programmes de marketing et de communication. Quotas démultipliés, entretiens courts menés par questions directes, analyse en forme de compte rendu. Le glissement des directions des multinationales vers Londres a largement encouragé cette tendance qui a fait du qualitatif le quanti du pauvre (quick and dirty).
De nouvelles dimensions sont apparues récemment dans le paysage des études et ont notablement redistribué les cartes :
– les neurosciences et les théories de l’empathie créative fondée sur les neurones miroirs ;
– les réseaux liés à l’internet, en particulier le développement du « big data » ;
– l’accès à l’observation de la réalité grâce au développement des caméras et des moyens informatiques de traitement de l’information ;
– le développement des procédures de co-création qui rapproche radicalement le producteur et le consommateur. Ces nouvelles approches modifient radicalement la mission des études en ce qu’elles ne se fondent plus sur la révélation du sens caché ou du langage implicite, des motivations cachées par le truchement d’experts et de méthodes initiées.Bien au contraire, il s’agit de rendre le sens perceptible et ressenti en évacuant les médiations. Se mettre dans la peau du consommateur, d’un groupe social, et ressentir / vivre leurs expériences, leurs satisfactions, leurs frustrations et leurs attentes plus ou moins explicites.Dans ce nouvel environnement méthodologique, les deux récifs classiques dont nous parlions semblent voler en éclat :
– le discours de conformité des consommateurs cède la place à une communion empathique avec sa vérité vécue ;
– La mise en doute suspicieuse de la recommandation cède la place à une expérience tangible « bah, t’as bien vu ! » . Cet accès sensible, cette identification primaire à la réalité du consommateur sont largement nourris par l’accès au big data qui amplifie et ramifie la connaissance de la réalité. Savoir ce que mange le consommateur de quel shampooing et qui est abonné à quels programmes, procure un sentiment de toute puissance qu’accentuent les procédures empathiques. Il devient possible « d’intuiter » les réponses à apporter. Big Brother en serait presque sympa. Dans ce nouveau cadre, le rôle de l’institut qualitatif semble se muter en celui de facilitateur qui permet à la communion entre le producteur et le consommateur. Sauf qu’un observatoire filmé, ce sont souvent plus de cent heures de rushes dont une grande part est parfaitement ennuyeuse et qu’il faut ramener à 20 ou 30 minutes qui ont vraiment du sens. Sauf que le big data, c’est tout simplement big, énorme, tentaculaire. Sauf que l’empathie doit être activée, orientée et amplifiée, sinon c’est un bruit de fond, une onde gravitationnelle.
Le rôle de l’institut qualitatif a changé d’objet, mais pas de nature : il s’agit de révéler ce qui se cache sous les apparences. Avant, c’étaient les traces de motivations et de langage enfouies dans l’esprit du consommateur. Désormais, c’est la réalité qui se cache au milieu d’une masse chaotique. La fouille archéologique cède la place à la botte de foin.
Les biais demeurent : le consommateur nous montre ce qu’il veut bien nous montrer, l’analyste et le client projettent leurs cultures, la décision est gouvernée par les lignes de plus forte pente. La seule vraie différence est que tout semble si vrai.
N’allons pas croire que je suis indécrottablement pessimiste. Bien au contraire, les études qualitatives, surtout quand elles adoptent ces nouvelles tendances sans y être naïvement soumises, sont de formidables stimulants de la création et de la communication. Elles ne décrivent pas exactement la réalité et ne disent jamais la vérité vraie, elles sont sources d’inspiration, une sorte de poétique du réel. Il ne s’agit pas de savoir ce qu’ils aiment ou pas et dans quelle mesure, il s’agit de savoir COMMENT ils aiment ou pas à travers leur imaginaire et leurs émotions. En partageant cet imaginaire et ces émotions, le client, grâce à l’activation de ses neurones miroirs, est en mesure d’élaborer ses solutions. Ce n’est pas le consommateur qui dicte les recommandations, c’est par mon identification primaire que je procure des réponses riches de mon expérience, de ma culture et de mon savoir-faire.
Cette connivence nourrie de culture et d’ouverture d’esprit créatives entre l’analyste et le client se travaille et se mérite. L’impatience lassée de tel directeur de marketing m’indique qu’il n’apprendra rien de l’étude. Dommage. Dans mille cas, j’ai croisé des décideurs qui, même au prix de débats houleux, faisaient rebondir les trouvailles de l’investigation et de l’analyse. C’était au temps où je passais des soirées avec Ginny Valentine à discuter de la dimension métonymique de l’Armagnac que nous sirotions.
L’urgence des temps fait que ces échanges improbables et fertiles se raréfient. L’acculturation des écoles de commerce, le clonage des entreprises et des acteurs, et le turnover intense des responsables qui font des sauts de puce d’entreprise en entreprise, assèchent l’imaginaire. Aujourd’hui, on regarde un groupe en répondant à ses mails et en consultant les réseaux professionnels à la recherche de son prochain poste. En se privant de la maïeutique de la confrontation, l’intérêt des études qualitatives se dilue.
Finalement, ce n’est pas « à quoi sert le quali ?» mais « à qui sert le quali ?» qu’il faut répondre. Et il y a de moins en moins de réponses …
BUT WHAT ARE QUALITATIVE STUDIES FOR?
We will start with two completely authentic anecdotes : The first: I lent my meeting room to a Belgian colleague who had a reputation for developing sophisticated methodologies for understanding children. His client and his team had to chat very informally (sitting on the floor), with children who had, among other things, to taste four varieties of chocolate drinks. They were missing a kid and I had brought my daughter for the day. She entered the quotas, and darn!
I observed all this from my office equipped with video feedback. My daughter happily plays the game and responds kindly. Yes, she likes chocolate, yes, the drinks are delicious, especially No. 3. Everyone is happy. She comes back to my office and whispers in my ear: “Dad, that was disgusting.” I ask her why she told them otherwise and she tells me that she didn’t want to upset them and that she was afraid they would ask her even more questions. And knock!
The second: My company had to explore the world of rice, its imagination, its possible developments. The year was 1985. The benchmark was rice that never stuck. The host, a projective genius, always quick to invent exercises as inspired as they are baroque, makes the participants plunge their noses into imaginary bags of rice. Perfumes come from India, Thailand, exotic and distant ports. Other clues lead us to recommend that this manufacturer launch into flavored rice. Outcry! Three years later, the boss of a large agency informed me that flavored rice does not represent more than 2% of the market. Ten years later, this same client confessed to me that he had lost ten years and had fallen behind that was difficult to catch up on.
After forty years in the profession of qualitative studies, these two anecdotes summarize the two sharp reefs between which this activity navigates. The first reef is that the explicit answers are almost always erroneous, at best difficult to exploit.
We will remember that:
– consumers have no expectations
– innovation always goes through the suspicion phase before adhesion
– that saying yes costs less effort than saying no
– that the desire to respond well prevails over any form of sincerity
– that, in a group, the pressure of conformity almost always prevails
– that the recruitment criteria are biased by the simple fact of agreeing to participate
– that the questions guide the answers
– that our mirror neurons encourage us to identify with the intentions of the investigator.
In other words, qualitative tests (the others too, but saved by the banality of the questions) are extremely likely to teach us nothing that a little common sense would have revealed to us. Henri Ford declared that studies would have recommended him to invent horses that go fast rather than the automobile, neither the IMac nor the iPhone would have survived the tests. It is extremely rare that an innovative or creative idea generates instantaneous and unanimous enthusiasm. It is not excluded that one of the chocolate drinks was absolutely delicious, but the test excluded all roughness and only the one which most resembled what everyone loved and already knew had a chance of surviving the test, whatever the methodological contortions invented for the occasion. In the first years of my career, I was invited to lunch by the boss of a pharmaceutical laboratory. Between the pear and the cheese, he told me that my studies only favored conformity and conformity. I agreed and decided to work no further than to escape this breed. I must admit that I am still working on it. The second problem is that strong ideas are often crazy, improbable and difficult to demonstrate. They question norms and dogmas. The client demands new ideas, but which have been tested for a long time. Indications of change most often appear as accidents, atypicalities and errors of assessment. We always judge innovation with the glasses of the past on our noses. Paradigms are as easy to maneuver as giant oil tankers.
This results in a fatal double constraint for the evolution of ideas. Taking risks, venturing outside established trends, is exposing yourself to failure and disapproval from the hierarchy, but you must also respond to the injunction for progress and rupture. This leads to ever more inflation that the consumer cannot object to. More fruit, more lightness, more pixels, more power, more chocolate, more of nothing at all because the products become monsters.
In doing so, we miss the radical changes that take place on the margins of society or in the quivering brains of visionary geniuses. Qualitative studies, when conducted judiciously by researchers who are aware of the classic biases of explicit questioning, are able to detect these subtle movements and alert to paradigm ruptures in the emerging phase. But they are exposed to three irremediable objections:
– Too small my friend, a multicenter study on ten thousand consumers says none of that. We didn’t feel anything under the tires of the thirty-eight ton.
– Where do you get that from? recruitment is called into question, it is not a few half-neurotic marginals who will govern the future of the market. This is how the boss of a large laboratory treated the information on the use of Ventolin by addicts revealed by in-depth interviews with young asthmatics.
– You don’t change a winning team! A manufacturer of household appliances scolded me when I suggested that it remove an element from its flagship product that was definitely preventing it from evolving. Just remember the disappearance of the floppy drive in the first iMac. The main key to overcoming these objections is the transfer of trust. The intellectual authority of the head of the study with the company decision-maker makes it possible to overcome all objections, concerns and pusillanimities. This is what serves as the basis for the “system guru” which links certain institutes to certain companies. It usually starts out very well. The initial impulse is generally a success due to a judicious and surprising recommendation. The company, following this recommendation, broke the entropic balance of the market to take the lead in a new segment. We no longer swear by the institute, the charisma of its boss and the relevance of its flagship methodology.
This can last for years, until encystment occurs. The institute blends into the company’s philosophy and beliefs. One day, people change and the spell is broken. End of story.
Qualitative studies, as opposed to quantitative studies, have largely based their authority on revealing hidden dimensions of thought, beliefs, attitudes, and tendencies. It was generally a matter of following this revelation with a quantification and thus the cows were well guarded.
To the credit of these approaches, they challenge explicit opinions, consistent rationality and dominant pressure. The fundamental idea is to conceal from the consumer the real object of the search and to reveal its secret language.
On the hit parade of these approaches: the analysis of motivations, non-directive interview, systemics, semiology, lexicometry, transactional analysis, neuro-linguistics, projective methods, creativity.
Each of the methods has been widely proven. I made as much use of it as I could to cultivate my status as a great sachem of qualitative research. All of these methods, without exception, are based on the principle of revealing hidden meaning. The hidden meaning is akin to the unknown, to what we do not yet see, to what can only emerge in the long term. There is a little bit of futurology in all of this. Each of these methods has its roots in academia and science. If the university is American, it’s better.
The fact remains that, for many years, a hell of a bunch of leftists served to guide and reassure the decision-makers of multinationals.
The main drift of qualitative studies came to us from Anglo-Saxon countries: instead of hidden language, the Anglo-Saxons have largely favored rapid access to information making it possible to guide marketing and communication programs. Increased quotas, short interviews conducted by direct questions, analysis in the form of reports. The shift of management of multinationals towards London has largely encouraged this trend which has made quality the quantity of the poor (quick and dirty).
New dimensions have recently appeared in the study landscape and have significantly redistributed the cards:
– neuroscience and theories of creative empathy based on mirror neurons;
– networks linked to the Internet, in particular the development of “big data”;
– access to the observation of reality thanks to the development of cameras and computer means of processing information;
– the development of co-creation procedures which radically bring together the producer and the consumer. These new approaches radically modify the mission of studies in that they are no longer based on the revelation of hidden meaning or implicit language, hidden motivations through experts and initiated methods. Quite the contrary, it is a question of making the meaning perceptible and felt by removing mediations. Put yourself in the shoes of the consumer, of a social group, and feel/live their experiences, their satisfactions, their frustrations and their more or less explicit expectations. In this new methodological environment, the two classic reefs we were talking about seem to be shattered:
– the consumer discourse of conformity gives way to an empathetic communion with its lived truth;
– The suspicious doubting of the recommendation gives way to a tangible experience “well, you saw that right!” »This sensitive access, this primary identification with the consumer’s reality is largely nourished by access to big data which amplifies and ramifies knowledge of reality. Knowing what the consumer eats, what shampoo, and who subscribes to what programs, provides a feeling of omnipotence that is accentuated by empathetic procedures. It becomes possible to “intuit” the answers to be provided. Big Brother would almost be nice. In this new framework, the role of the qualitative institute seems to change into that of facilitator which allows communion between the producer and the consumer. Except that a filmed observatory often involves more than a hundred hours of rushes, a large part of which is perfectly boring and which must be reduced to 20 or 30 minutes which really make sense. Except that big data is quite simply big, enormous, sprawling. Except that empathy must be activated, oriented and amplified, otherwise it is background noise, a gravitational wave.
The role of the qualitative institute has changed in purpose, but not in nature: it is about revealing what is hidden beneath appearances. Before, it was the traces of motivations and language buried in the mind of the consumer. Now, it is reality that is hidden in the middle of a chaotic mass. The archaeological dig gives way to the haystack.
The biases remain: the consumer shows us what he wants to show us, the analyst and the client project their cultures, the decision is governed by the lines of steepest slope. The only real difference is that everything feels so real.
Let’s not believe that I am indefinitely pessimistic. On the contrary, qualitative studies, especially when they adopt these new trends without being naively subject to them, are formidable stimulants of creation and communication. They do not exactly describe reality and never tell the true truth, they are sources of inspiration, a sort of poetics of reality. It is not a question of knowing what they like or not and to what extent, it is a question of knowing HOW they like or not through their imagination and their emotions. By sharing this imagination and these emotions, the client, thanks to the activation of his mirror neurons, is able to develop his solutions. It is not the consumer who dictates the recommendations, it is through my primary identification that I provide answers rich in my experience, my culture and my know-how.
This complicity nourished by culture and creative open-mindedness between the analyst and the client must be worked on and earned. The tired impatience of this marketing director tells me that he will learn nothing from the study. Damage. In a thousand cases, I have come across decision-makers who, even at the cost of heated debates, bounced back the findings of investigation and analysis. It was back when I spent evenings with Ginny Valentine discussing the metonymic dimension of the Armagnac we were sipping.
The urgency of the times means that these improbable and fertile exchanges are becoming rarer. The acculturation of business schools, the cloning of companies and actors, and the intense turnover of managers who jump from company to company, dry up the imagination. Today, we look at a group by answering their emails and consulting professional networks in search of their next position. By depriving oneself of the maieutics of confrontation, the interest of qualitative studies is diluted.
Ultimately, it’s not “what is quality for?” but “who is the use of quality?” that must be answered. And there are fewer and fewer answers…
DU POT AU FEU ET DE LA DISTINCTION
Tout d’abord, la recette du pot au feu, le vrai !
Allez chez monsieur Viandard dont l’aptonyme indique l’excellente profession et achetez-lui du paleron (viande maigre), de la macreuse (viande gélatineuse) et du jarret (viande grasse). Demandez-lui de beaux os à moelle. Faites un tour chez le maraicher du coin, celui qui vend de si beaux légumes et achetez-lui des poireaux, du céleri en branche, des carottes, des navets, deux beaux oignons, de l’ail frais et de jolies petites pommes de terre bien ovales. Demandez-lui aussi un bouquet garni tout frais.
Une fois chez vous, choisissez le plus grand faitout possible. Mettez dedans la viande coupée en gros morceaux, les deux oignons coupés en deux et piqués avec des clous de girofle, une gousse d’ail en chemise et deux cubes de bouillon de bœuf. Mouillez avec cinq litres d’eau et portez à ébullition douce. Une écume rosâtre remonte que vous enlevez jusqu’à ce qu’il n’en revienne plus. Ajoutez les légumes épluchés et coupés en gros tronçons (sauf les pommes de terre). Jetez une poignée de poivre en grain et le bouquet garni. Salez au gros sel et placez, sur le dessus, les os à moelle disposés sur le fond d’un panier. Couvrez en permettant à un peu d’air de passer et laissez cuire à feu très doux pendant cinq heures. Récupérez une partie du bouillon pour faire cuire les pommes de terre. Ne les cuisez pas avec le reste des légumes car il ne vous resterait que de la purée.
A la fin de la cuisson, retirez le panier d’os à moelle et placez le faitout au frais. Le lendemain matin, tout le gras est remonté et forme une croûte sur le dessus. Vous enlevez cela et votre pot au feu est dégraissé comme il faut. Il suffit de mettre les patates dedans, de replacer les os à moelle et de réchauffer.
Vous servirez cela avec du gros sel, des cornichons et de la moutarde. Viandes et légumes dans une assiette chaude et le bouillon dans un bol. Et voilà !
Oh mais je vous vois hausser les sourcils et serrer les lèvres avec irritation. Mais non, ce n’est pas du tout comme ça qu’on fait le pot au feu !
Chacun d’entre vous à une grand-mère, une tante ou une épouse, voire un oncle ou une recette qui ne font pas du tout comme ça
Ma belle-mère le faisait en deux cuissons, une maigre pour le bouillon et une grasse pour les viandes. Elle jetait le bouillon du gras et servait tout dans le bouillon du maigre.
La femme d’un ami le faisait aussi en deux cuissons. Mettant progressivement les ingrédients pour les cuire al dente. Puis resservant le tout le lendemain, cuit à cœur.
Sans parler de la Bernadette qui dans sa vieille cuisine berrichonne, insistait pour qu’on fit chabrot avec le bouillon (un bon coup de rouge pour finir la soupe).
De fait, il existe mille manières d’introduire un savoir-faire quasi magique à la confection de ce plat. Et l’évocation de ce savoir-faire disqualifie toutes les autres recettes, toutes les autres manières. Hors de ces cuissons en deux jours, en deux manières, avec des ingrédients secrets, il n’est pas de pot au feu décent.
Revenons sur terre. Le pot au feu, ce sont des bas morceaux malgracieux du bœuf, bouillis avec des légumes tristes et cafardeux. Et c’est tout. C’est un plat de marmite, ancien s’il en est, qui bourgloutait dans les cuisines populaires et paysannes. C’était un non plat.
Et pourtant, ce non plat est un tel emblème de la cuisine, que les Vietnamiens nous l’ont emprunté pour réaliser le pho bo. Ils ont tout changé, mais ils nous rappellent volontiers que le pho (on dit pheu) descend en droite ligne du pot au feu.
La blanquette, la daube, le cassoulet, la choucroute, la poule au pot, le bourguignon, partagent un peu de ce phénomène, mais conservent un en soi qui maintient la recette sur les rails de la norme culinaire. Seul le pot au feu déporte son autorité de la trivialité des ingrédients et de la préparation sur des savoir-faire ritualisés et exclusifs.
Ce phénomène n’a rien à voir et même s’oppose à l’insupportable snobisme de certains fâcheux qui se font arbitres du bon et du vrai. Selon eux, il n’est pas de bon rhum s’il ne provient pas de Ste
Marguerite, en particulier de cette petite plantation qui produit dix bouteilles par an, il n’est de bon whisky que le 20 ans d’âge de l’Isle of Jura, de bonne viande que provenant de Salers et élevée selon les règles de Kobe. Pour ceux là, la règle est de n’apprécier que ce que les autres n’ont pratiquement pas de chances de pouvoir se procurer. Quand la vodka Russkiy Standard a commencé d’être distribuée en France, j’ai cessé de dire que c’était de loin la meilleure. On ne se refait pas. Il ne s’agit pas du snobisme vulgaire du produit cher qui fait le nouveau riche, c’est l’expertise de la rareté. Si l’auditoire peut se procurer le produit le lendemain dans son magasin habituel, l’expert perd toute son autorité.
Qui a réalisé des réunions d’amateurs de rhum, de whisky ou de vodka sait que l’on n’échappe jamais à cette engeance qui fausse l’analyse naïve des propos tenus.
Rien à voir non plus, bien sûr, avec les revisites chichiteuses des concours de cuisine où, en une heure, un candidat sur-stressé sublime le pot au feu à grands coups d’espuma et de cuissons inversées.
Non, l’histoire du pot au feu ne se fonde pas du tout sur la rareté des ingrédients ou du produit final, elle repose sur un savoir-faire magique, sur une expérience intransmissible qui disqualifie tout effort de la renouveler ou de s’y comparer.
Beaucoup se souviendront de la cuisine de leur mère, des crêpes de la grand-mère bretonne, de toutes ces expériences régressives où l’on se réconforte à l’idée des saveurs perdues.
Oui, mais le pot au feu est un plat que les enfants aiment peu, il contient tout ce qu’on a tant de mal à faire ingurgiter à nos petites têtes blondes. Donc la vérité est ailleurs.
Le pot au feu s’ancre dans un processus d’initiation, de révélation, de passage rituel vers une nouvelle réalité. Le poireau est un vilain bouton poilu, le navet fait honte au cinéma, on a des carottes dans les cheveux, le céleri, c’est rave. Pouah ! Et pourtant, nous connaissons tous quelqu’un qui nous a concocté une expérience inoubliable avec ces horreurs. Alchimie, sorcellerie, geste d’offrande dans le rituel culinaire. Celui ou celle (plus souvent) qui nous a apporté le pot au feu occupe une place privilégiée dans notre panthéon affectif. Quelqu’un m’a dit, presque sans rire, qu’il n’avait pas divorcé à cause du pot au feu.
Bon, d’accord, mais ne pourrait-on pas élargir un peu le débat ? Le pot au feu, ce n’est pas un marché d’avenir, Le marketing commence à se gratter le menton.
Ce phénomène, une fois qu’on oublie le pot au feu, présente deux intérêts majeurs et fort peu exploités :
– il exprime une force émotionnelle et expérientielle intenses et très largement répandue ;
– il s’inscrit dans une tendance en fort développement qui oppose le faire soi-même aux produits manufacturés. On assiste depuis quelques décennies à un lent retournement de la culture de consommation.
Cela se traduit de diverses manières :
– le regain des produits et des procédés traditionnels. La tradition faisant assez ouvertement référence à un savoir-faire ancien, magique, unique, incomparable, vrai ;
– La mise en avant de celui qui fait le produit, souvent un cuisinier, mais ce pourrait être un parfumeur, un jardinier … Jadis, c’était le consommateur qui nous disait que c’était bon, maintenant c’est celui qui fait qui nous dit que ce sera bon ;
– La multiplication des cours, des ateliers, des clubs, des blogs, de tout ce qui permet de se retrouver, d’échanger, de s’initier ;
– Le retour et la redécouverte des simples. La méfiance grandissante à l’encontre des ingrédients complexes, travaillés, altérés, opaques, ouvre la porte aux produits peu considérés, oubliés, mal aimés. Tout ce qu’on peut faire avec un rutabaga ! Le tout fait, le prêt à l’usage, le manufacturé, ont encore de beaux jours devant eux. Mais ils ne sont plus source de distinction. On ne tire aucune légitimité à proposer un plat tout fait.
Dire qu’on a réalisé soi-même son produit, un plat, un produit de beauté, une boisson, un bijou, un vêtement, un produit d’entretien, un truc, cela attire des « ah ouiiii ? » et des compliments qui rendent celui qui a réalisé l’exploit singulier, spécial, admirable. On n’en est pas à l’expérience ineffable du pot au feu, mais on construit un imaginaire social encore peu formalisé, celui d’un consommateur oblateur, un rien magicien, qui capte l’estime et/ou l’amour de ceux qui l’entourent.
Vous continuez à vous gratter le menton ? Quel va être le rôle de l’industriel, de la marque, de l’enseigne, dans ce monde où la distinction vient de matériaux bruts, pas chers, élaborés par le consommateur qui en tire tout le bénéfice d’image.
Ceux qui s’inscrivent dans ce mouvement partagent un certain nombre de traits de caractère :
– Ils abandonnent leur rôle de producteurs. Ils se construisent comme ceux qui procurent les ingrédients (providers). C’est chez eux qu’on trouve les ingrédients, voire tous les ingrédients, qui permettent de réaliser le produit ;
– Ils abandonnent leur statut de fournisseurs de produits finis. Ils se construisent comme des facilitateurs, des initiateurs, des formateurs. C’est le consommateur qui recueillera le mérite du produit fini ;
– Ils abandonnent le rôle d’effet source d’autorité / de légitimité. Ils organisent, fédèrent et facilitent les échanges entre les consommateurs qui construisent leur savoir-faire, leur expérience, leurs succès, leurs bénéfices physiques et moraux à travers le partage (ateliers, rencontres, blogs…). La notion d’hébergement se substitue à celle de point de vente ;
– Ils abandonnent le rôle de fédérateurs consensuels. Comme pour toutes les tendances émergentes, le caractère militant joue un rôle considérable. On peut ne pas militer pour le grand soir et préférer pour le petit plat. Sans militantisme, la marque ne fédère pas, elle n’engendre pas de distinction. Aujourd’hui cette tendance est émergeante, c’est à dire qu’elle est minoritaire, peu organisée, dispersée et désordonnée. Il est difficile de connaître la forme définitive qu’une telle offre peut prendre. Elle peut aussi faire long feu, c’est le propre de beaucoup de tendances émergentes. En France, c’est un peu le retour des savoir-faire, dans les pays anglo-saxons, c’est plutôt une réaction contre le consumérisme des middle classes, en Allemagne, c’est dans le grand flux de l’écologie. Trêve de clichés faciles, l’autorité et la légitimité du consommateur sont favorisés par deux facteurs : la remise en question des produits tout faits, pas si bien faits que ça, et l’explosion des seniors et empty nesters qui ont le temps et, souvent, le désir de se construire comme dispensateurs de plaisir et de savoir vivre.
A l’autre bout, on constate une nette sensibilité des 18 – 25 ans à ces mêmes tendances. C’est le principe de la chaîne de vélo : les tendances sautent les générations. Entre les jeunes et les plus vieux, toute une génération a vécu à l’âge du ready-made. Sa perméabilité est moins assurée à la remise en question des valeurs dans lesquelles elle a été éduquée.
Imaginez un peu une académie du pot au feu !
First of all, the recipe for pot au feu, the real one! Go to Monsieur Viandard, whose aptonym indicates the excellent profession, and buy him paleron (lean meat), scoter (gelatinous meat) and shank (fatty meat). Ask him for some nice marrow bones. Take a trip to the local market gardener, the one who sells such beautiful vegetables, and buy leeks, celery stalks, carrots, turnips, two beautiful onions, fresh garlic and pretty little oval potatoes. Also ask for a fresh bouquet garni. Once home, choose the largest stewpot possible. Put in the meat cut into large pieces, the two onions cut in half and pierced with cloves, a clove of garlic and two beef stock cubes. Add five liters of water and bring to a gentle boil. A pinkish scum comes up which you remove until no more comes back. Add the peeled and cut into large pieces of vegetables (except the potatoes). Throw in a handful of peppercorns and the bouquet garni. Salt with coarse salt and place, on top, the marrow bones arranged on the bottom of a basket. Cover, allowing a little air to pass through, and cook over very low heat for five hours. Collect some of the broth to cook the potatoes. Do not cook them with the rest of the vegetables as you will only be left with puree. At the end of cooking, remove the basket of marrow bones and place the pot in a cool place. The next morning, all the fat has risen and forms a crust on top. You remove this and your pot au feu is degreased properly. Just put the potatoes in, replace the marrow bones and reheat. You will serve this with coarse salt, pickles and mustard. Meats and vegetables on a hot plate and the broth in a bowl. And there you have it!
Oh but I see you raise your eyebrows and purse your lips irritably. But no, that’s not at all how we make pot au feu! Each of you has a grandmother, an aunt or a wife, even an uncle or a recipe that is not made like that at all.
My mother-in-law cooked it twice, a lean one for the broth and a fatty one for the meats. She threw away the broth from the fat and served everything in the broth from the lean. A friend’s wife also did it in two cooking sessions. Gradually add the ingredients to cook them al dente. Then reserving everything the next day, cooked through.
Not to mention Bernadette who, in her old Berry kitchen, insisted that we make chabrot with the broth (a good splash of red to finish the soup). In fact, there are a thousand ways to introduce almost magical know-how into the making of this dish. And the evocation of this know-how disqualifies all other recipes, all other ways. Apart from these cookings in two days, in two ways, with secret ingredients, there is no decent stew.
Let’s come back to earth. Pot au feu is unsightly pieces of beef, boiled with dull, stinky vegetables. And that’s it. It is a pot dish, ancient if ever there was one, which was common in popular and peasant kitchens. It was a flat no.
And yet, this non-dish is such an emblem of cuisine that the Vietnamese borrowed it from us to make pho bo. They have changed everything, but they readily remind us that the pho (we say pheu) comes straight down from the pot au feu.
Blanquette, stew, cassoulet, sauerkraut, chicken au pot, bourguignon, share a bit of this phenomenon, but retain something in itself that keeps the recipe on track with the culinary standard. Only the pot au feu shifts its authority from the triviality of the ingredients and preparation to ritualized and exclusive know-how.
This phenomenon has nothing to do with and is even opposed to the unbearable snobbery of certain annoying people who make themselves arbiters of good and truth. According to them, it is not good rum if it does not come from Ste
Marguerite, in particular from this small plantation which produces ten bottles per year, there is only good whiskey 20 years old from the Isle of Jura, good meat only from Salers and raised according to the rules of Kobe. For these people, the rule is to only appreciate what others are unlikely to be able to obtain. When Russkiy Standard vodka began to be distributed in France, I stopped saying that it was by far the best. We won’t do it again. It is not a question of the vulgar snobbery of the expensive product that makes the nouveau riche, it is the expertise of rarity. If the audience can get the product the next day in their usual store, the expert loses all his authority.
Anyone who has held meetings of rum, whiskey or vodka lovers knows that we never escape this breed which distorts the naive analysis of the remarks made.
Nothing to do either, of course, with the fussy revisitations of cooking competitions where, in one hour, an over-stressed candidate sublimates the pot au feu with great splashes of espuma and reverse cooking.
No, the history of the pot au feu is not based at all on the rarity of the ingredients or the final product, it is based on a magical know-how, on an intransmissible experience which disqualifies any effort to renew it or compare oneself with it.
Many will remember their mother’s cooking, the Breton grandmother’s pancakes, all these regressive experiences where we comfort ourselves with the idea of lost flavors. Yes, but pot au feu is a dish that children don’t like, it contains everything that we have so much difficulty getting our little darlings to eat. So the truth is elsewhere.
The pot au feu is anchored in a process of initiation, revelation, ritual passage towards a new reality. The leek is an ugly hairy button, the turnip is a shame in the cinema, we have carrots in our hair, celery is rave. Ugh! And yet, we all know someone who has created an unforgettable experience with these horrors for us. Alchemy, witchcraft, gesture of offering in the culinary ritual. The one (more often) who brought us the stew occupies a privileged place in our emotional pantheon. Someone told me, almost without laughing, that he didn’t get divorced because of the pot au feu.
Well, okay, but couldn’t we broaden the debate a little? The pot au feu is not a market for the future. Marketing is starting to scratch its chin.
This phenomenon, once we forget the pot au feu, presents two major and very little exploited interests:
– it expresses an intense and very widespread emotional and experiential force;
– it is part of a rapidly developing trend which opposes doing it yourself to manufactured products. Over the past few decades, we have been witnessing a slow reversal of consumer culture. This is reflected in various ways:
– the revival of traditional products and processes. Tradition quite openly referring to ancient, magical, unique, incomparable, true know-how;
– The emphasis on the person who makes the product, often a cook, but it could be a perfumer, a gardener… Formerly, it was the consumer who told us that it was good, now it is the person who makes it who tells us that it will be good;
– The proliferation of courses, workshops, clubs, blogs, everything that allows you to meet up, exchange ideas, learn something;
– The return and rediscovery of the simple. The growing distrust of complex, processed, altered, opaque ingredients opens the door to little considered, forgotten, unloved products. Everything you can do with a rutabaga! The ready-made, the ready-to-use, the manufactured, still have a bright future ahead of them. But they are no longer a source of distinction. We derive no legitimacy from offering a ready-made dish. Saying that we have made our own product, a dish, a beauty product, a drink, a piece of jewelry, a piece of clothing, a cleaning product, a thing, that attracts “ah yesss?” » and compliments which make the person who has achieved the feat singular, special, admirable. We are not at the ineffable experience of the pot au feu, but we are constructing a social imagination that is still not very formalized, that of an obliging consumer, a bit of a magician, who captures the esteem and/or love of those around him.
Do you keep scratching your chin? What will be the role of the manufacturer, of the brand, of the sign, in this world where distinction comes from raw, inexpensive materials, developed by the consumer who derives all the image benefits from them.
Those who are part of this movement share a certain number of character traits:
– They abandon their role as producers. They are constructed as those who provide the ingredients (providers). It is there that we find the ingredients, or even all the ingredients, which make it possible to make the product;
– They abandon their status as suppliers of finished products. They construct themselves as facilitators, initiators, trainers. It is the consumer who will receive the credit for the finished product;
– They abandon the role of source of authority/legitimacy. They organize, unite and facilitate exchanges between consumers who build their know-how, their experience, their successes, their physical and moral benefits through sharing (workshops, meetings, blogs, etc.). The notion of accommodation replaces that of point of sale;
– They abandon the role of consensual unifiers. As with all emerging trends, activism plays a huge role. We can not campaign for the big evening and prefer for the small dish. Without activism, the brand does not unite, it does not generate distinction. Today this trend is emerging, that is to say that it is in the minority, poorly organized, dispersed and disordered. It is difficult to know the final form that such an offer may take. It can also last a long time, which is the characteristic of many emerging trends. In France, it’s a bit of a return of know-how, in Anglo-Saxon countries, it’s more of a reaction against the consumerism of the middle classes, in Germany, it’s in the great flow of ecology. No more easy clichés, the authority and legitimacy of the consumer are favored by two factors: the questioning of ready-made products, not so well made, and the explosion of seniors and empty nesters who have the time and, often, the desire to establish themselves as providers of pleasure and know-how.
At the other end, we see a clear sensitivity of 18 – 25 year olds to these same trends. This is the principle of the bicycle chain: trends skip generations. Between the young and the old, an entire generation lived in the age of the ready-made. Her permeability is less assured when questioning the values in which she was educated.
Imagine a pot au feu academy!
Y A T’IL UN REMÈDE AU MARKETING

TTRENTE ANS PLUS TÔT
C’était au temps où ma récente célébrité me faisait courtiser par diverses écoles. En particulier par ces institutions où des parents fortunés plaçaient leurs rejetons qui n’avaient pas rejoint les grandes écoles de commerce.
En lieu et place de professeurs on y faisait enseigner des cadres et des experts du monde des affaires dont les compétences professionnelles étaient censées se substituer au savoir-faire pédagogique. La blague ! Une de ces institutions m’avait proposé d’encadrer un groupe d’étudiants sur un projet, pendant l’année scolaire.
On me laissait libre du sujet et un prof de l’école faisait semblant de s’intéresser au déroulement des opérations.
Le malheureux brave homme fut servi en émotions pendant les quelques années où je sévis.
Au départ j’accueillais mes cinq ou six étudiants, tous bien propres sur eux, en leur promettant qu’ils entraient chez moi comme des photocopies et qu’ils en ressortiraient comme des originaux.
Puis je leur balançais le sujet :
– L’homme est-il beau ?
– 60 ans et toutes ses dents
– la publicité est-elle un art ?
– L’art de planter un budget
Il y eut quelques autres sujets sur la santé et les enfants. Mais un d’entre eux plongea le prof et ses étudiants dans la plus grande perplexité : Y a- t-l un remède au marketing ?En général, mes étudiants étaient étonnés par le sujet et avaient beaucoup de mal à savoir par quel bout le prendre. Dès la seconde ou la troisième année, ils savaient que le fait de faire leur stage chez moi les exposait à un sujet foutraque. Beaucoup priaient pour échapper à cette épreuve, d’autres auraient tout donné pour en être. Pendant toutes ces années, un seul groupe refusa le jeu et échoua assez tristement. Les autres s’y investirent à fond, certains entrèrent dans ma société et j’ai gardé pendant des années d’amicales relations avec eux. Mais ce sujet-là dépassait les bornes. Ne pas oublier que le phare de leur destinée était de devenir directeurs du marketing d’une multinationale.
Ils me demandèrent à qui poser une pareille question. « Aux meilleurs experts bien sûr ! Des directeurs marketing ! ». Ils se lancèrent dans l’aventure avec l’enthousiasme d’un âne qui recule et furent quand même reçus par nombre d’hommes remarquables qui les complimentèrent sur le sujet.La réponse quasi unanime fut que le remède au marketing était « humanisme et culture ».
Ces hommes remarquables ont disparu (c’était il y a trente ans). S’ils n’ont pas pris leur retraite, ils sont devenus des «higher beings» émargeant au siège des multinationales ou des experts indépendants. Ils ont été remplacés par de pures productions des écoles de commerces, les grandes où les institutions privées qui en tiennent lieu, nourris à la cost effectiveness et à la competitiveness.
Il y a beau temps qu’humanisme et culture ont déserté les directions marketing.
DU CAMEMBERT DE NORMANDIE AU CAMEMBERT EXCEL
Le camembert n’est pas qu’un fromage, c’est un pan de notre culture. Les Français ne sont-ils pas « les camemberts qui puent » pour la marionnette de Rambo ?
Le camembert est aussi l’objet de surnoms (claquos, calendos) et de métaphores qui l’immergent dans la langue bien plus que tout autre fromage.
Il s’inscrit dans un univers qui va de la consommation quotidienne au choix du spécialiste expert. Il est une métonymie de la France ! Rien que ça !
Cela nous rapproche du rhum ou du whisky où le connaisseur fonde son expertise sur la référence au produit introuvable.
Interrogez un amateur de camembert, il ne manquera pas de chanter les louanges du produit d’un artisan d’un village où le train ne passe même pas dont la vache unique lui permet de produire dix boîtes réservées aux princes de la gastronomie.
Mais au fond, ce snobisme dérisoire est la clé de la chaîne d’autorité dans l’univers du camembert.
C’est sur l’expression, voire la surexpression de ces codes et de ces garanties, que l’ensemble du marché prend ses racines.
Le camembert Lepetit a longtemps été un acteur évident de la légitimité :
– connu depuis de nombreuses années, avec une réputation indiscutée
– Normand, encore mieux, du pays d’Auge (le berceau du camembert)
– Au lait cru (donc riche de toute son intégrité, en ligne directe du pis de la vache)
– Moulé à la louche (donc fait manuellement, avec un savoir-faire)
– Plein de médailles qui ourlent son histoire d’un mérite redondant
– AOC, donc certifié par la loi, protégé par les instances de larépublique.
– Étiquette surchargée, vieillotte, une sorte de gage d’intemporalité. C’est fou ce que le vrai aime le vieux.
Le camembert Lepetit calait tous les codes et servait de mètre étalon dans le choix d’un camembert, même si l’on se contentait d’un produit industriel aux origines indécises et aux signes de qualité très limités, qui offre aussi un programme gustatif plus consensuel.
Les Camembert Cœur de Lion ou Le Rustique ne proposent aucune des garanties du Lepetit. Ils promettent seulement un goût riche et typé, ou qu’ils sont «encore meilleurs». Le Rustique joue sur le caractère déictique de son nom : c’est celui qui dit qui l’est !
Lepetit détenait les codes du vrai, Cœur de Lion et le Rustique usent des codes du simulacre. Le simulacre consiste à n’utiliser que des formulations vagues, métaphoriques, allusives pour s’associer au vrai sans l’être : Ce sont des fromages à pâte molle qui ressemblent beaucoup à des camembert s:
– fabriqué en Normandie (il suffit qu’une opération de sa fabrication se fasse en Normandie). En revanche, pas d’AOC !
– Coeur de Lion, est une métaphore historique de la Normandie, ça aide. Le Rustique nous rappelle que le camembert ne se fait pas en ville.
– Une apparence globale (taille, forme, emballage) très proche du code. En d’autres termes, ces produits offrent un accès facile et sécurisé à la référence fromagère. Pour autant que cette référence existe ! Or les experts du marketing ont décidé de rendre Lepetit compatible avec l’exportation.
On oublie le lait cru qui déplait tant aux anglo-saxons.
On veut en exporter beaucoup, donc on oublie le moulé à la louche. On veut multiplier les points de production (ou les délocaliser), donc bye bye l’AOC
Pour faire bon poids bonne mesure, on garde les médailles, la vache, la couleur, l’ancienneté. On invente même une Auguste Lepetit & fils. On met Lepetit au régime des simulacres qui tromperont les consommateurs les moins experts et révulseront les fidèles de la marque. On en fait un produit peu différent d’un « camembert » vendu en Asie :
– la marque « Prestige »
– 100 ans d’expérience dans la fabrication de fromage
– Nouvelle recette plus crémeuse
– Produit désigné par « Camembert »
– Dans une boite octogonale en carton fin
– Une image des fameuses montagnes enneigées de la Normandie.
A quoi doit-on la transformation d’un mythe alimentaire en un simulacre médiocre qui n’a d’ailleurs pas manqué de faire hurler les amateurs de vrai fromage et, apparemment coûté cher au fabricant ?
Au marketing, bien sûr !
La logique des parts de marché, la course effrénée à la performance, ont eu raison du camembert de Normandie au profit de camemberts Excel aux apparences flatteuses.
DE QUOI LE MARKETING EST-IL MALADE ?
Cette histoire dont on pourra lire le détail en tapotant Lepetit sur son moteur de recherche favori, n’est qu’une illustration parmi d’autres des problèmes posés par le marketing contemporain.
Tout d’abord, le marketing s’est éloigné de la culture. La culture, ce n’est ni l’information ni l’instruction, c’est la capacité de relier des connaissances entre elles. C’est un peu le Big Data cérébral.
Les nouveaux dirigeants marketing sont issus d’écoles de commerce où l’éducation littéraire, artistique et historique est devenue anecdotique, voire absente. Les grandes écoles la pratiquent encore, les institutions privées font l’impasse. Il suffit de se souvenir des recommandations d’un gouvernement récent à propos de la littérature et de l’histoire.
Dans cette acculturation, c’est tout l’arrière-plan d’un marché qui s’assèche. On gère un marché, on évalue sa tolérance au changement et à la réduction des coûts. On privilégie ce qui permettra une croissance sans réfléchir un seul instant à la permanence.
Faire allusion à l’arrière-plan historico culturel d’un produit ou d’une marque fait tapoter des doigts un directeur marketing au disque dur déjà plein.
Alors, on conclut et tout le monde est content.
Puis le marketing a fait son deuil de l’humanisme. Avant les années 2000, il était courant de s’intéresser en profondeur à des populations ou à des notions. Qu’est-ce que la beauté, la femme, la propreté, l’enfant au seuil de l’adolescence, la peau, le travail, le temps libre …
Le développement de l’Europe conduisait à s’interroger sur les identités culturelles de chaque pays.
La compréhension de mythes et des croyances allait de pair avec l’analyse des attitudes et des comportements.
Le succès d’une marque reposait en grande partie sur son ancrage dans la culture et aspiration des consommateurs.
Encore aujourd’hui, une marque ne survit pas à la disparition des valeurs qui l’ont vu / fait naître. Il est donc essentiel de comprendre ces valeurs et d’évaluer leur permanence.
L’humanisme s’est fait la malle. A la place, on ne parle plus que de segmentations. Segmentations par âges, niveaux sociaux, attitudes et ou comportements, types de consommation, préférence de marques ou de produits.
Face à chaque segment on place les arguments, les réponses, les offres, les marques. Tant qu’à faire, on sélectionne les propositions qui visent le plus de segments. La logique du PGCD.
Deux objections immédiates à cette évolution :
– la frontière entre les segments est hautement fractale. Plus on approfondit plus la frontière devient floue. C’est d’ailleurs cette propriété qui fonde l’esprit humain et le libre arbitre. Qui a déjà fait l’expérience de dire à un consommateur qu’il appartenait à tel ou tel segment ?
– La logique des PGCD est souvent funeste. Moulés à la louche par les mêmes écoles, persuadés d’utiliser les mêmes instruments de mesure et de décision, captivés par les mêmes objectifs et l’œil fixé sur les produits leaders, les décideurs marketing ont toutes les raisons de tous penser pareil. Le résultat est parfaitement visible sur tous les marchés. Toutes les voitures se ressemblent, tous les smartphones se ressemblent, tous les yaourts se ressemblent, tous les cosmétiques se ressemblent, toutes les boutiques se ressemblent, tous les consommateurs se ressemblent. Rien ne se fonde sur la singularité, tout sur la conformité. Truc est un peu mieux que machin sur tel critère, mais un peu plus faible sur tel autre. Il en résulte des inflations absurdes qui proposent des capteurs de 40 mégapixels quand on vit très bien avec 20, 90% de cacao quand le chocolat devient quasi-immangeable au-delà de 80%, des machines à laver avec 40 programmes quand on n’en utilise jamais plus de trois, des surenchères absurdes qui assassinent la singularité.
Dans les séminaires de guerre des marques, on constate facilement cette difficulté des décideurs à se dissocier de la pression de conformité. Dans le développement d’insights, on voit rarement apparaître autre chose que des problèmes connus de tout le monde, presque jamais des visions singulières.
La rationalisation des coûts, les prétendus objectifs de globalisation, le calque de logiques développées ailleurs au sein d’un marché spécifique, accentuent et justifient ce phénomène.
C’est ce qui différencie Steve Job de tous ses concurrents et successeurs : Steve Jobs avait une vision, les autres ont une gestion.
Un des exemples les plus choquants de ce mal m’a été fourni par la rodomontade d’un institut de conseil en marketing. C’est cet exemple qui m’a d’ailleurs poussé à rédiger ce texte suave. L’auteur vantait le succès du développement d’hypermarchés à Hanoï, signe d’une évolution du Vietnam vers la consommation moderne. Des centres commerciaux immenses, d’un luxe tapageur, se multiplient en effet à la périphérie de plus en plus lointaine de la ville. Ce faisant, tous les marchés et petits commerces disparaissent du centre-ville. Les marchés sont devenus des galeries d’art, des parkings à moto, des magasins de luxe. En conséquence il est devenu impossible d’habiter au centre de Hanoï, faute de ravitaillement. Mais le centre-ville est toujours le cœur économique de la ville ! Désormais, chaque jour, des millions de motos font l’aller et retour entre le centre-ville et la périphérie sur des avenues tellement encombrées qu’on ne peut les franchir que par des passerelles. Tout le monde porte des masques pour se protéger de la pollution sans cesse plus intense. Les commerces de proximité, si intimement liés à la vie locale souffrent énormément de ces aspirateurs à consommateurs. Les pratiques alimentaires s’altèrent face à l’offre cosmopolite de ces centres commerciaux.
Rien de ce que j’explique n’est nouveau. Les hypermarchés français ont tout autant vidé les centres villes, mais des villes bien équipées en transports en commun et qui n’ont pas six millions d’habitants. Les grandes enseignes le savent si bien qu’elles multiplient les supérettes en centre-ville, bien propres et présentables (pour en finir avec l’Arabe du coin).
Le succès économique, financier, conforme aux modèles américains où les centres villes existent rarement, de ces centres commerciaux se réalise au mépris total de la culture du Vietnam et des réalités humaines issues de l’histoire et de la société.
Ainsi, si le marketing peut avoir une influence sur les marchés, il peut avoir aussi des conséquences considérables sur l’ensemble de la société. Et cette influence peut être profondément néfaste quand la culture et l’humanisme ont déserté.
ET LE REMÈDE ALORS ?
Tout est fichu ! Nous allons à grands pas vers un monde invivable mais riche ! Non, pas tout à fait quand même. La dégradation de la pensée dominante fait le lit de la singularité. On se rend compte qu’un univers de conformité vidé de ses repères culturels et sociaux est un terreau fertile pour une pensée alternative.
Tout se ressemble, voilà une bonne raison de penser différemment.
Dans ce cadre alternatif surgissent des propositions en rupture : le faire soi-même, le naturel, le brut non élaboré, le traçable, l’authentique réinterprété, la touche artistique, le personnalisé, la tradition innovante, les modes de consommation hors circuit…
On retrouve parfois dans ces projets de penser et d’agir autrement des responsables marketing en rupture avec les normes dominantes. Ils parlent de modèles alternatifs, de décroissance, de réinsertion de l’homme au centre des débats.
C’est bien pour cela, qu’il y a trente ans, ces directeurs du marketing expliquaient à mes étudiants que les véritables remèdes au marketing étaient la culture et l’humanisme. C’est en ayant le recul de la culture et la capacité de percevoir la nature humaine que l’on peut développer une vision singulière.
Bien rares encore sont ceux qui détiennent et usent de ce pouvoir, mais tous les grands succès ont commencé petits.

IS THERE A CURE TO MARKETING

THIRTY YEARS EARLIER
It was at the time when my recent fame had me courted by various schools. In particular by these institutions where wealthy parents placed their offspring who had not joined the major business schools.
Instead of teachers, executives and experts from the business world were taught, whose professional skills were supposed to replace teaching know-how. The joke! One of these institutions offered me the opportunity to supervise a group of students on a project during the school year.
I was left free of the subject and a teacher at the school pretended to be interested in the progress of the operations. The unfortunate brave man was emotionally distressed during the few years I was in prison.
At the beginning I welcomed my five or six students, all tidy about themselves, promising them that they would come into my house as photocopies and that they would come out as originals. Then I told them the subject:
– Is the man handsome?
– 60 years old and all his teeth
– Is advertising an art?
– The art of planning a budget
There were a few other topics on health and children. But one of them plunged the professor and his students into the greatest perplexity: Is there a cure for marketing? In general, my students were surprised by the subject and had a lot of difficulty knowing how to approach it. By the second or third year, they knew that doing their internship with me exposed them to a crazy subject. Many prayed to escape this ordeal, others would have given anything to be there. In all those years, only one group refused the game and failed quite sadly. The others invested fully in it, some joined my company and I maintained friendly relations with them for years. But this subject went beyond the limits. Don’t forget that the beacon of their destiny was to become marketing directors of a multinational. They asked me who to ask such a question. “To the best experts of course! Marketing directors! « . They launched into the adventure with the enthusiasm of a donkey going backwards and were still received by a number of remarkable men who complimented them on the subject. The almost unanimous response was that the remedy for marketing was “humanism and culture”. These remarkable men have disappeared (this was thirty years ago). If they have not retired, they have become “higher beings” working at the headquarters of multinationals or independent experts. They have been replaced by pure productions of business schools, the large ones or the private institutions which take their place, nourished by cost effectiveness and competitiveness.
Humanism and culture have long since deserted marketing departments.
FROM NORMANDY CAMEMBERT TO EXCEL CAMEMBERT
Camembert is not just a cheese, it is a part of our culture. Aren’t the French « the stinking Camemberts » for the Rambo puppet? Camembert is also the subject of nicknames (claquos, calendos) and metaphors which immerse it in the language much more than any other cheese.
It is part of a universe that ranges from daily consumption to the choice of the expert specialist. It is a metonym of France! Just that! This brings us closer to rum or whiskey where the connoisseur bases his expertise on the reference to the unobtainable product.
Ask a Camembert lover, he will not fail to sing the praises of the product of an artisan from a village where the train does not even pass whose single cow allows him to produce ten boxes reserved for the princes of gastronomy.
But deep down, this ridiculous snobbery is the key to the chain of authority in the world of Camembert. It is on the expression, even the overexpression of these codes and these guarantees, that the entire market takes its roots.
Lepetit Camembert has long been an obvious actor of legitimacy:
– known for many years, with an undisputed reputation
– Norman, even better, from the Pays d’Auge (the birthplace of Camembert)
– With raw milk (so rich in all its integrity, directly from the cow’s udder)
– Molded with a ladle (so done manually, with know-how)
– Lots of medals that hem his story of redundant merit
– AOC, therefore certified by law, protected by the authorities of the republic.
– Overloaded, old-fashioned label, a sort of guarantee of timelessness. It’s amazing how the real loves the old. The Lepetit Camembert set all the codes and served as a standard in the choice of a Camembert, even if one was satisfied with an industrial product with undecided origins and very limited signs of quality, which also offers a more consensual taste program. The Camembert Cœur de Lion or Le Camembert Rustique does not offer any of the Lepetit guarantees. They only promise a rich and distinctive taste, or that they are “even better”. The Rustic plays on the deictic character of his name: he is the one who says who is!
Lepetit held the codes of truth, Cœur de Lion and the Rustic use the codes of simulacrum. The simulacrum consists of using only vague, metaphorical, allusive formulations to associate with the truth without being so: These are soft cheeses which closely resemble Camembert s:
– made in Normandy (one manufacturing operation only needs to be done in Normandy). On the other hand, no AOC!
– Lionheart, is a historical metaphor for Normandy, that helps. Le Rustique reminds us that Camembert is not made in the city.
– An overall appearance (size, shape, packaging) very close to the code. In other words, these products offer easy and secure access to the cheese reference. As long as this reference exists! But the marketing experts have decided to make Lepetit compatible with export. We forget the raw milk which the Anglo-Saxons so displease. We want to export a lot of it, so we forget the ladle-molded milk. We want to increase the number of production points (or relocate them), so bye bye AOC. For good measure, we keep the medals, the cow, the color, the seniority. We even invented an Auguste Lepetit & fils. We put Lepetit on a diet of simulacra which will deceive the least expert consumers and repulse the brand’s loyalists. We make it into a product not very different from a « camembert » sold in Asia:
– the “Prestige” brand
– 100 years of experience in cheese making
– New, creamier recipe
– Product designated as “Camembert”
– In a thin octagonal cardboard box
– An image of the famous snow-capped mountains of Normandy.
To what do we owe the transformation of a food myth into a mediocre simulacrum which has not failed to make fans of real cheese scream and, apparently, cost the manufacturer dearly? To marketing, of course!
The logic of market share, the frantic race for performance, got the better of Normandy Camembert in favor of Excel Camemberts with flattering appearances.
WHAT IS MARKETING SICK OF?
This story, the details of which can be read by tapping Lepetit on your favorite search engine, is just one illustration among others of the problems posed by contemporary marketing.
First, marketing has moved away from culture. Culture is neither information nor education, it is the ability to link knowledge together. It’s a bit like cerebral Big Data. The new marketing leaders come from business schools where literary, artistic and historical education has become anecdotal, or even absent. The major schools still practice it, the private institutions ignore it. It is enough to remember the recommendations of a recent government regarding literature and history.
In this acculturation, the whole background of a market dries up. We manage a market, we assess its tolerance for change and cost reduction. We favor what will allow growth without thinking for a single moment about permanence.
Alluding to the historical-cultural background of a product or brand makes a marketing director tap his fingers with his hard drive already full. So, we wrap up and everyone is happy.
Then marketing mourned humanism. Before the 2000s, it was common to take an in-depth interest in populations or concepts. What is beauty, the woman, cleanliness, the child on the threshold of adolescence, the skin, work, free time…
The development of Europe led to questions about the cultural identities of each country.
Understanding myths and beliefs went hand in hand with analyzing attitudes and behaviors. The success of a brand was largely based on its anchoring in the culture and aspirations of consumers.
Even today, a brand does not survive the disappearance of the values that gave it birth. It is therefore essential to understand these values and evaluate their permanence. Humanism has been abandoned. Instead, we only talk about segmentations. Segmentations by ages, social levels, attitudes and/or behaviors, types of consumption, brand or product preference.
Facing each segment we place the arguments, the answers, the offers, the brands. While we’re at it, we select the proposals that target the most segments. The logic of the PGCD.Two immediate objections to this development:
– the boundary between the segments is highly fractal. The deeper we go, the more blurred the boundary becomes. It is moreover this property which establishes the human spirit and free will. Who has ever had the experience of telling a consumer that they belong to this or that segment?
– The logic of PGCDs is often disastrous. Hand-crafted by the same schools, convinced to use the same measuring and decision-making instruments, captivated by the same objectives and their eye fixed on the leading products, marketing decision-makers have every reason to all think the same. The result is perfectly visible in all markets. All cars look the same, all smartphones look the same, all yogurts look the same, all cosmetics look the same, all stores look the same, all consumers look the same. Nothing is based on singularity, everything on conformity. Thing is a little better than thing on one criterion, but a little weaker on another. The result is absurd inflations which offer 40 megapixel sensors when we live very well with 20.90% cocoa when chocolate becomes almost inedible beyond 80%, washing machines with 40 programs when we never use more than three, absurd overbidding which assassinates singularity.
In brand war seminars, we easily see this difficulty for decision-makers to dissociate themselves from the pressure to conform. In the development of insights, we rarely see anything other than problems known to everyone appear, almost never singular visions.
The rationalization of costs, the so-called globalization objectives, the layering of logics developed elsewhere within a specific market, accentuate and justify this phenomenon. This is what differentiates Steve Job from all his competitors and successors: Steve Jobs had a vision, the others have management.
One of the most shocking examples of this evil was provided to me by the ranting of a marketing consulting institute. It is this example that pushed me to write this suave text. The author praised the success of the development of hypermarkets in Hanoi, a sign of Vietnam’s evolution towards modern consumption. Huge shopping centers, of flashy luxury, are multiplying on the increasingly distant outskirts of the city. In doing so, all markets and small businesses disappear from the city center. Markets have become art galleries, motorcycle parking lots, luxury stores. As a result, it became impossible to live in the center of Hanoi due to lack of supplies. But the city center is still the economic heart of the city! Now, every day, millions of motorcycles travel back and forth between the city center and the outskirts on avenues so congested that they can only be crossed by footbridges. Everyone wears masks to protect themselves from the ever-increasing pollution. Local businesses, so closely linked to local life, suffer enormously from these consumer vacuums. Eating practices are changing in the face of the cosmopolitan offerings of these shopping centers.
Nothing I explain is new. French hypermarkets have emptied city centers just as much, but cities that are well equipped with public transport and which do not have six million inhabitants. The big brands know this so well that they are increasing the number of mini-markets in the city center, very clean and presentable (to put an end to the local Arab).
The economic and financial success, consistent with American models where city centers rarely exist, of these shopping centers is achieved with total disregard for the culture of Vietnam and the human realities resulting from history and society.
So, if marketing can have an influence on markets, it can also have considerable consequences on society as a whole. And this influence can be profoundly harmful when culture and humanism have deserted.
WHAT THEN THE CURE?
Everything is ruined! We are taking great strides towards an unlivable but rich world! No, not quite anyway. The degradation of dominant thought sets the stage for singularity. We realize that a universe of conformity emptied of its cultural and social benchmarks is fertile ground for alternative thinking.
Everything looks the same, that’s a good reason to think differently.
In this alternative framework, disruptive proposals emerge: do it yourself, the natural, the unprocessed raw, the traceable, the reinterpreted authentic, the artistic touch, the personalized, the innovative tradition, off-circuit modes of consumption…
We sometimes find in these projects to think and act differently marketing managers breaking with dominant norms. They talk about alternative models, degrowth, reintegration of man at the center of debates.
This is why thirty years ago, these marketing directors explained to my students that the real remedies for marketing were culture and humanism. It is by having the perspective of culture and the ability to perceive human nature that we can develop a singular vision.
Very few still have and use this power, but all great successes started small.

VOILÀ !
Les Anglo-saxons aiment ponctuer d’un VOILÀ réjoui le surgissement d’un résultat inattendu ou d’un savoir-faire un peu magique. Le terme VOILÀ exprime une évidence qui n’a pas besoin de se démontrer mais qui apparaît contre tous les doutes et craintes. VOILÀ, c’est le succès qui s’oppose à la difficulté, voire à l’impossible. C’est la naissance merveilleuse, l’immaculée conception du succès.
VOILÀ nous invite à contempler ce qui nous semblait impossible d’observer. VOILÀ confère à celui qui le profère le talent du prestidigitateur du savoir-faire, voire de la pensée. VOILÀ peut en effet signer une démonstration aussi brillante qu’inattendue.
Voilà !
En France, la patrie du raisonnement rationnellement carré, le terme VOILÀ s’est vu assorti d’un usage totalement différent, complètement dérivé vers un abus exaspérant.
Au lieu de ponctuer l’aboutissement d’un savoir-faire ou d’une belle pensée, il en marque l’ellipse. VOILÀ est prononcé en lieu et place des explications, des raisons, des justifications, des démonstrations.
Il arrive d’entendre, lors d’interviews, des gens prétendument instruits aligner un VOILÀ toutes les dix secondes. Autant dire que la fréquence de ce mot m’est devenu un marqueur inversement proportionnel de l’intelligence ou de la culture.
Qu’un sportif essoufflé en prononce des rafales ne m’émeut pas. Qu’on le laisse courir ou taper dans sa baballe. D’autant que le journaliste ne vaut pas mieux.
Mais lorsqu’il s’agit d’une personne investie de culture ou de pensée, je commence à m’interroger. VOILÀ, c’est comme dire que c’est comme ça, mais qu’on ne saurait pas dire pourquoi. Une bonne occasion de se taire.
Si vous écoutez Lévi Strauss, Dumézil, Mitterrand, Régis Debray, De Gaulle, et toutes sortes d’écrivains, philosophes et hommes de science, vous aurez peu de chances de les entendre éructer un VOILÀ. Ce n’est pas impossible, mais ce sera au bout d’une explication, pour en marquer l’aboutissement. Pas souvent, quoi.
Je me renfrognais dans ma conviction d’irascible sénilisant quand j’écoutai l’interview d’une grande dame de la littérature (je ne me souviens plus qui). La dame s’exprimait dans ce Français élégant et soigné qui survivait encore à la fin des années soixante. Avec ce léger roulement des R qui est mort avec le Baby-boom.
Et voilà-t’y pas que la dame se met à enchaîner des N’EST-CE-PAS à tout bout de champ.
Ce serait donc un fait permanent du langage et que le VOILÀ exaspérant ne serait pas le signe inéluctable d’une déliquescence de la culture et de l’esprit.
Mais non, mais non.
N’EST-CE-PAS, TU VOIS et VOILÀ, sont des marqueurs d’une fonction du langage qui consiste à s’assurer qu’on est bien en contact avec son interlocuteur.
On ne saurait en vouloir à personne de chercher à garder le contact avec son interlocuteur. Cette fonction est essentielle dans le monde de la publicité, du sport ou de la politique, elle l’est beaucoup moins dans le monde de la science ou de la pensée.
Mais, pourtant cette dame lâchait un N’EST-CE-PAS toutes les minutes.
VOILÀ est un marqueur qui fait ellipse de l’explication. C’est comme ça et puis c’est tout. VOILÀ, c’est la fonction phatique qui fait l’économie de convaincre l’autre, de rechercher sa compréhension, voire qui se défie de l’écoute de l’autre. VOILÀ, c’est du « un point c’est tout » assorti d’une dose non négligeable de « j’en sais rien ».
TU VOIS (et toutes ses variantes) est un marqueur phatique bien plus chaud. Il s’assure que l’autre nous entend, se figure ce qu’on lui dit. On ne se défie plus de l’autre, on ne se détourne plus de son propos, on cherche la connivence.
N’EST-CE-PAS va beaucoup plus loin. La dame ne cherchait pas à éluder son raisonnement, ou simplement à chercher sa connivence, elle cherchait l’assentiment, l’adhésion du journaliste (Jacques Chancel) qui disposait de bien assez de neurones pour suivre et questionner le raisonnement de la dame. La dame ne pourrait sûrement s’en sortir avec un VOILÀ.
Le succès grandissant du VOILÀ va de paire avec le développement d’une vision consensuelle qui se défie des idées et des démonstrations. Cela ne signifie pas qu’on ne s’affronte pas, on se contente de s’affronter sur des positions. La pensée est devenue une guerre de tranchées. On s’invective, on s’envoie des chiffres sortis d’on ne sait où, d’autant que l’adversaire en a toujours d’autres qui disent l’inverse. Peu de gens se préoccupent de la raison d’être de l’état de la science et de la philosophie.
L’explosion incontrôlée, quoiqu’anarchiquement censurée de l’information et des moyens d’y accéder et de la diffuser, conduit à une saturation permanente : exposition constante à un flux sans ordre et sans réflexion. Le jugement se construit sur des coups de tête, des injonctions morales, religieuses, affectives ou économiques (ça coûte moins cher de dire oui, ou parfois de dire non).
VOILA!
The Anglo-Saxons like to punctuate with a joyful VOILÀ the emergence of an unexpected result or a bit of magical know-how. The term “VOILÀ” expresses an obvious fact which does not need to be demonstrated but which appears against all doubts and fears. THAT’S it, it’s success that opposes difficulty, even the impossible. It is the wonderful birth, the immaculate conception of success.
VOILÀ invites us to contemplate what seemed impossible to observe. VOILÀ confers on the one who pronounces it the talent of the conjurer of know-how, even of thought. VOILÀ can indeed sign a demonstration as brilliant as it is unexpected.
Voila!
In France, the home of rationally square reasoning, the term VOILÀ has been given a totally different usage, completely drifting towards exasperating abuse.
Instead of punctuating the culmination of a piece of know-how or a beautiful thought, it marks its ellipse. VOILÀ is pronounced in place of explanations, reasons, justifications, demonstrations.
You sometimes hear, during interviews, supposedly educated people line up a VOILA every ten seconds. Suffice to say that the frequency of this word has become for me an inversely proportional marker of intelligence or culture.
The fact that a breathless athlete pronounces it in bursts doesn’t move me. Let him run or kick his ball. Especially since the journalist is no better.
But when it comes to a person invested in culture or thought, I start to wonder. THAT’S it, it’s like saying that it’s like that, but we can’t say why. A good opportunity to keep quiet.
If you listen to Lévi Strauss, Dumézil, Mitterrand, Régis Debray, De Gaulle, and all kinds of writers, philosophers and men of science, you will have little chance of hearing them belch a VOILA. It is not impossible, but it will be after an explanation, to mark its success. Not often, really.
I was frowning at my senilizing irascible conviction when I listened to an interview with a great lady of literature (I don’t remember who). The lady spoke in that elegant and neat French which still survived at the end of the sixties. With this slight rolling of the R’s which died with the Baby Boom.
And there you go, the lady starts to string together “ISN’T IT” all the time.
This would therefore be a permanent fact of language and that the exasperating VOILÀ would not be the inevitable sign of a decay of culture and spirit.
But no, but no.
ARE YOU NOT, YOU SEE and VOILÀ, are markers of a function of language which consists of ensuring that we are in good contact with our interlocutor.
We cannot blame anyone for trying to maintain contact with their interlocutor. This function is essential in the world of advertising, sport or politics, it is much less so in the world of science or thought.
But, yet this lady blurted out an ISN’T THIS every minute.
VOILÀ is a marker that ellipses the explanation. That’s how it is and that’s it. SO, it is the phatic function which avoids convincing the other, seeking their understanding, even distrusting the other’s listening. THAT’S it, it’s “that’s all” combined with a significant dose of “I don’t know.”
YOU SEE (and all its variations) is a much hotter phatic marker. He makes sure that the other person hears us, imagines what we are saying to him. We no longer distrust others, we no longer turn away from what they say, we seek complicity.
N’EST-CE-PAS goes much further. The lady was not trying to evade her reasoning, or simply to seek her connivance, she was seeking the assent, the support of the journalist (Jacques Chancel) who had more than enough neurons to follow and question the lady’s reasoning. The lady surely couldn’t get away with a VOILÀ.
The growing success of VOILÀ goes hand in hand with the development of a consensual vision that distrusts ideas and demonstrations. This does not mean that we do not clash, we just clash on positions. Thought has become trench warfare. We insult each other, we send each other figures from who knows where, especially since the adversary always has others who say the opposite. Few people care about the reason for the state of science and philosophy.
The uncontrolled, albeit anarchically censored, explosion of information and the means to access and disseminate it leads to permanent saturation: constant exposure to a flow without order and without reflection. Judgment is built on impulses, moral, religious, emotional or economic injunctions (it costs less to say yes, or sometimes to say no).
There you go!
MAPPEMONDE
Imaginons que la Terre ait la dimension d’une mappemonde comme celle que l’on pose sur son bureau …

Elle aurait 35 centimètres de diamètre, un peu aplatie aux pôles …
La croûte terrestre ferait environ 2 millimètres d’épaisseur.
Les océans les plus profonds et les montagnes les plus élevées n’auraient pas plus de 0,3 millimètres d’épaisseur.
L’atmosphère, dans sa plus grande épaisseur ne dépasserait pas 1 millimètre.
Ce serait une surface lisse, à peine granuleuse par endroit, vaguement humide au toucher.
Tout cela flotterait sur une masse pâteuse, de 16 millimètres d’épaisseur, un peu chaude : 1500°C !
Au cœur, de tout cela, un noyau ardent de fer et de nickel solides de 6,5 millimètres de diamètre à 4300 degrés !
Un tel objet serait une boule brûlante, plutôt molle et pesant effroyablement lourd ! Environ 150 kilogrammes …
Ces mesures prouvent au moins que l’homothétie n’est pas forcément pertinente car notre mappemonde aurait peu de chance de survivre avant de s’effondrer sur elle-même et causer d’irrémédiables dommages à notre bureau. En changeant l’échelle, l’harmonie et les proportions des choses se modifient considérablement.
Si nous ramenons le monde aux proportions d’une mappemonde, la taille des humains est à peu près celle d’un virus, pas grand-chose à se mettre dans le crâne. En caressant la surface de mon globe, je provoque une extinction !
S’il existe un dieu tout puissant, à n’en pas douter, il ne sera pas à l’échelle des hommes. Ce pourrait tout simplement être un être dont les dimensions sont d’un autre ordre. On peut rêver qu’il sera considérablement plus grand, donc mieux doté en neurones, mais aussi inscrit dans une autre échelle de temps : une de ses secondes correspondant à un millénaire pour le moins. L’humain ne serait qu’un atome de dieu …
Si, faute d’être mystiques, nous pensons aux extraterrestres, le problème d’échelle se pose tout aussi évidente. L’humanité ne correspond qu’aux dernières pages d’un livre épais comme une bible. Le visiteur saura t’il tomber sur la bonne page, le bon paragraphe, la bonne ligne pour que nous puissions nous rencontrer. Il a de ans nous voir. Il peut aussi être à une autre échelle, si grand et dans un temps tel qu’il aura autant de considération pour nous et nos œuvres que nous en avons pour les termites. Ce peut être l’inverse, et nous ne remarquons même pas qu’il est déjà là.
La probabilité pour qu’un visiteur soit à notre échelle de temps et d’espace est d’autant plus faible que force est de constater que nous n’avons quasiment aucune chance de voyager jusqu’à lui.
C’est peut-être cette idée qu’illustre l’image finale de 2001 : L’Odysée de l’Espace.

WORLD MAP
Let’s imagine that the Earth has the size of a world map like the one you put on your desk…

It would be 35 centimeters in diameter, a little flattened at the poles…
The Earth’s crust would be about 2 millimeters thick.
The deepest oceans and highest mountains would be no more than 0.3 millimeters thick.
The atmosphere, at its greatest thickness, would not exceed 1 millimeter.
It would be a smooth surface, barely grainy in places, vaguely damp to the touch.
All this would float on a pasty mass, 16 millimeters thick, a little hot: 1500°C!
At the heart of it all, a fiery core of solid iron and nickel 6.5 millimeters in diameter at 4300 degrees!
Such an object would be a burning ball, rather soft and weighing frighteningly heavy! About 150 kilograms…
These measurements at least prove that homothety is not necessarily relevant because our world map would have little chance of surviving before collapsing on itself and causing irreparable damage to our office. By changing the scale, the harmony and proportions of things change considerably.
If we reduce the world to the proportions of a world map, the size of humans is about that of a virus, not much to fit into your skull. By caressing the surface of my globe, I cause extinction!
If there is an all-powerful god, without a doubt, he will not be on the scale of men. It could simply be a being whose dimensions are of another order. We can dream that it will be considerably larger, therefore better equipped with neurons, but also on another time scale: one of its seconds corresponding to a millennium at least. The human would only be an atom of god…
If, failing to be mystical, we think of extraterrestrials, the problem of scale becomes just as obvious. Humanity only corresponds to the last pages of a book as thick as a Bible. Will the visitor know how to come across the right page, the right paragraph, the right line so that we can meet? He has been seeing us for years. It can also be on another scale, so large and in such a time that it will have as much consideration for us and our works as we have for the termites. It can be the other way around, and we don’t even notice that it’s already there.
The probability that a visitor is on our scale of time and space is even lower as it is clear that we have almost no chance of traveling to them.
It is perhaps this idea that the final image of 2001: A Space Odyssey illustrates.

UNE CERTAINE IDÉE DE LA FRANCE
Je me suis souvent posé la question de savoir ce que signifie d’être un Français. L’ambivalence est de mise ! Un ami allemand me faisait remarquer que les Français ont inventé la devise Liberté, Égalité, Fraternité pour mieux se débarrasser ce ces trois insupportables poncifs :
- LIBERTÉ : La France adore interdire, produit mille règlements pour empêcher de vivre comme on le veut. Aujourd’hui, les polémiques sur les femmes voilées sont emblématiques du goût des Français pour les interdictions. La censure existe toujours, même si elle ne dit plus son nom.
- ÉGALITÉ : Chaque Français adore être un peu plus égal que son voisin. la lutte pour les « avantages acquis » ressuscite à l’aune syndicale la notion de privilège qu’on croyait abolie depuis un certain 4 août.
- FRATERNITÉ : Je ne vous parlerai pas des réfugiés … Le Français qui s’aime noble, bon et généreux peut aussi être querelleur, malveillant, délateur. La France a inventé les concierges pour mieux traquer ses voisins.
Vous me direz que nos voisins n’ont rien à nous envier en matière de vice sociaux. Certes, mais ils n’inscrivent pas au fronton de leur mairies cette devise ambitieuse.
Voici donc ce que j’en pensais, il y a vingt ans …
ASTÉRIX
Les Français éprouvent une difficulté considérable à se définir. De prime abord, c’est à leur propre diversité qu’ils se réfèrent. Dominique Lebras, parle de la France plurielle, de l’impossibilité de définir une notion de « francité ».
A cette vision se greffe la diversité ethnique, géographique et religieuse qui caractérise le pays. La France a peut-être un centre, mais elle se dilue vers ses frontières et vers son passé.
Et si l’on parle de centre, il faut bien considérer qu’il s’est fait à Paris, contre la diversité des régions et des cultures. Ce n’est pas pour rien que Tours et Orléans ne sont pas directement desservies par la SNCF. En France, le centre ne fédère pas l’esprit du pays, mais l’ordre qui lui a été imposé.
La diversité n’est absolument pas une spécificité française. L’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, l’Angleterre, allons, tous les pays, la partagent avec parfois plus de hiatus encore. Mais un Allemand est d’abord un Allemand qui concède sa spécificité à la notion de nation à laquelle il adhère pleinement. Le Français revendique sa région, affirme qu’il possède au moins un aïeul qui vient d’ailleurs pour concéder enfin qu’il est français. Le Français est chauvin plus que patriote. Son clocher lui importe autant, voire plus que sa nation. L’idée d’un projet qui dépasse ses intérêts propres ne l’atteint que rarement : c’est ainsi que naît l’image la plus caractéristique de la France : Astérix.
Astérix et son village sont des caricatures emblématiques et follement identificatoires de l’idée que les Français se font d’eux-mêmes : malins, drôles, résistants et courageux, préservant leur identité. Mais on peut les voir autrement : irascibles, xénophobes, incapables de gérer leurs relations avec l’étranger et le progrès, inaptes à évoluer et à profiter des bénéfices d’une culture dominante ou envahissante. Quand le reste du monde négocie, le Français résiste, furoncle arrogant sur la carte politique, c’est là l’emblème d’Astérix. Mais c’est aussi ce qui gouverne l’histoire du pays en de nombreux épisodes qui ont tout aussi bien contribués à faire la force et l’unicité du pays que son isolement, son insularisation. Par exemple, Jeanne d’Arc n’a pas sauvé la France des Anglais, elle a surtout contribué à empêcher l’installation d’un système des relations économiques modernes à travers l’Europe du Nord. La Guerre de Cent ans est le dernier triomphe du féodalisme, le premier du centralisme et la mise en panne du progrès politique et économique. Ce progrès, d’ailleurs se construira sans la France par le réseau économique de la Hanse. L’Europe des échanges économiques se fera sans la France qui, elle bâtira son propre système de corporations et de décisions centralisées.
À l’idée de centralisme souscrivent sans hésiter la férocité religieuse du pays d’oil, puis l’absolutisme royal, puis la république, plus royaliste que le roi, comme chacun sait.
Donc, si nous résumons, la France est un pays de clochers revendiquant jusqu’à l’absurdité d’un chauvinisme que l’on pourrait considérer comme fractal : quel que soit le niveau auquel on l’observe, il se reproduit à l’identique du dernier hameau perdu à l’Élysée.
Le paradoxe français réside pour une grande part dans cette fractalisation de l’identité des Français : un individualisme outrancier qui s’impose des lois draconiennes pour pouvoir subsister. Ces lois pyramidales et ramifiées sont le ferment d’une administration tatillonne, pesante, obsessionnelle. Maiis à l’inverse d’une réglementation kafkaïenne gouvernée par l’absurde et l’arbitraire, la loi française est logique structurante et pléthorique. Elle tend avant tout à unifier la diversité, à neutraliser l’exception.
Là encore, le paradoxe pourra jouer pleinement : l’individu résiste face à la loi, clame sa singularité, l’État réglemente, gère les exceptions, proclame l’unification.
Les débats sur la Corse sont révélateurs de l’incapacité de l’esprit français à se déterminer dans la diversité : non pas que l’on doive proclamer l’autonomie ou forcer la « normalisation », mais parce que le débat est simplement impossible à résoudre.
ORDRE ET NORME
L’esprit français est perçu par nos voisins comme hautement créatif, producteur d’idées et de formes géniales. Le Français est « génial ». Mais, ensuite, nos mêmes voisins constatent deux faits profondément troublants : il est très difficile de passer de la création de l’idée à l’intégration de cette même idée dans l’ensemble d’une structure donnée, la création est une excroissance, une aberration qui sera souvent récupérée par nos voisins bien avant que nous n’en ayons nous-mêmes tiré profit. L’autre fait troublant est que la structure sociale, professionnelle, politique, voire artistique se défie de ses créateurs, de sa capacité de créer.
Pour exemple, prenons la langue française. Cette langue, à laquelle on donne pour acte de naissance les Serments de Strasbourg, vers l’an 800, n’est en fait que l’une des plus riches continuations du Latin, profondément marquée par les apports celtiques et germaniques, puis arabes et normands.
Cette langue d’une richesse considérable n’a pas tôt fait de se donner un acte de naissance qu’elle part en lutte contre sa propre richesse. D’abord contre les Albigeois et le parler d’Oc, puis contre la verve rabelaisienne par les règles étriquées de Malherbe, puis à coup d’instituteurs dispensant avec dévouement l’hégémonie obtuse de la République. Aujourd’hui encore, les satrapes de l’Académie s’efforcent de nous parler de mercatique et d’autres sornettes d’arrière-garde, transformant le Français en langue moribonde, inapte à digérer le parler du reste du monde. Les Romains parlent anglais, les Français parlent l’Astérix…
CLASSIFICATIONS ET DÉSORDRE
Edward Hall décrit les Français comme un peuple polychronique à contexte chaud. Il leur oppose les Allemands comme monochroniques à contexte froid. Dans sa description, il ne cache pas son attirance pour les Français qui peuvent faire plusieurs choses en même temps et qui préfèrent échanger l’information à bâton rompu, par des échanges continus. Mais il ne cache pas non plus son respect et le constat d’efficacité d’une démarche structurée, ordonnée, prenant soin d’assurer l’information des protagonistes. Edward Hall, in fine clame que les deux cultures devraient se compléter. Mais le principal intérêt de la description de l’anthropologue est de mettre l’accent sur un autre paradoxe Français : la France est cartésienne, elle trace ses jardins au cordeau, adore la symétrie et pourtant, elle adore le désordre, l’informel, le déstructuré. Usurpant Descartes en tant que gloire nationale et symbole de son esprit, le Français se fait pourtant chantre de l’absurde, du surréalisme, d’un dandysme affranchi des règles du jeu de l’ordre établi. C’est encore une fois que le Français a bien des difficultés à concilier l’ordre et le désordre, tant au niveau cognitif d’un individu, au niveau des institutions qu’à celui des groupes ethniques. Ainsi opposera-t-on l’Alsacien au Marseillais, le polytechnicien au philosophe, l’oncle militaire et normatif au jeune « contestataire » branché. D’ailleurs, refuser l’ordre, c’est être « contestataire », ce qui veut bien dire que la stabilité et la normes sont bien du côté de l’ordre et qu’Astérix préserve le désordre.
On a souvent dit que les Français sont avant tout des taxonomistes, des classificateurs, employant une énergie considérable à créer des classifications. Nos voisins s’amusent souvent de cette passion des classifications d’autant plus que ce qu’ils nous voient classer, c’est notre propre désordre. Dans ce propos, nous retrouvons sans peine l’idée directrice de notre propos, l’opposition entre la création anarchique, en rupture, individualiste et l’ordre normatif, unificateur, neutralisateur de différences. Edward Hall (un Américain peu suspect de prendre parti), en vient à la conclusion que l’Allemand projette d’abord l’ordre et s’accorde une plus ou moins grande liberté individuelle au sein de ce cadre pré-établi ; le français fait juste l’inverse, comme un enfant qui rangerait son coffre à joujoux. Il s’agit bien sûr d’une caricature des uns et des autres.
ESTHÉTIQUE ET MODE
S’il est un cliché que l’étranger ne manque jamais de produire à propos de la France, c’est qu’il s’agit d’un pays centré sur l’esthétique. La France est décrite avant tout comme le pays des couturiers et des grands chefs. C’est le pays des recettes, des innombrables fromages, des artistes maudits, des créateurs ébouriffés.
A preuve, le cinéma américain ne manque jamais de donner un accent français à ses cuisiniers, couturiers et peintres. Et cela n’a que peu à voir avec la réalité des faits : la mode s’est largement déplacée vers Milan et New York, la cuisine s’est mondialisée et la peinture française n’est pas, tant s’en faut une spécificité française.
Mais un débat étonnant peut éclairer la nature de la spécificité française. Il s’agit de l’opposition que des Français et des Italiens entretiennent entre l’idée de « griffe » et celle de « marque », ce qui opposerait Chanel à Armani. Dans les faits, il n’existe aucune différence, mais les arguments du débat, eux, sont pleins de sens : le Français revendique la notion de griffe en lui attribuant l’avantage d’être la marque physique, morale, historique d’un seul individu, d’une façon d’être et de faire les choses. Il oppose à cela la marque qui neutralise l’individu au profit d’un projet, d’un concept « programmés » à l’intérieur d’un projet qui s’accorde, anticipe, affirme les tendances esthétiques du moment. La griffe est l’expression de la singularité du créateur, la marque n’est rien d’autre que le style exprimé au sein d’un code pré-établi. Bien entendu, l’Italien récuse totalement cette description et se réfère an cela à la réalité, à la qualité de la création en deçà et au-delà des Alpes. De fait, la véritable différence n’est pas dans le produit, elle est dans la relation intellectuelle du Français avec ses créateurs. Cette relation persiste bien au-delà des faits. Monsieur Dior et Coco Chanel sont morts depuis longtemps et ces « maison » ne se distinguent plus depuis longtemps des entreprises transalpines chez qui elles vont, à l’occasion, chercher leurs créateurs.
Il en va de même en matière de cuisine. La France n’exporte pas seulement des recettes ou même des restaurants : la cuisine française est le fait de ses chefs. Le récent épisode de Ducasse à new York est révélateur. Les Américains importent les produits pour ce qu’ils sont. Ducasse ouvre un restaurant à New York et y propose sa cuisine. C’est un four, un désastre. La cuisine n’est pas en question, mais l’absence du chef aux fourneaux et en salle est insupportable. Ce n’est pas la cuisine qu’on achète, mais le charisme du chef. En son absence, la cuisine devient banale, l’accueil inacceptable, les prix démesurés.
Si nous en revenons à ce qui fait l’esthétique française, ce serait être très présomptueux de penser qu’elle soit supérieure à celle des autres pays (les Français adorent le croire), c’est qu’elle est indissociablement liée à son auteur.
La France possède un musée de la contrefaçon, méprise les remakes, exècre que l’on retouche l’original, que l’on altère ou rénove une œuvre. Peu de pays partagent cet intégrisme tatillon. Cela peut se traduire de manière surprenant au niveau de l’automobile : alors que Volkswagen n’a jamais hésité à refondre l’esthétique et la technique de sa Golf au cours des ans, Renault a dû affronter un véritable conflit cornélien pour faire évoluer la Renault 5, aboutissant à la dénomination de Super Cinq.
La passion de l’auteur, cette révérence pour l’initiateur, le créateur d’une œuvre (souvent bien au-delà de l’œuvre elle-même) est un trait de l’esprit français que l’on peut retrouver à travers les époques, exportée dans toute l’Europe. La passion de Frédéric II pour Voltaire était autant pour le personnage que pour ses écrits (forts chiches à cette période) ; Pétersbourg s’enticha de Mlle George qui bramait des tragédies en Français devant la cour de Russie. Non pas que les tragédies fussent passionnantes, mais parce qu’elle les déclamait à sa façon.
Le homard à la vanille de Senderens n’est bon que « par » Senderens. Même si le plat (aujourd’hui breveté), n’est rien d’autre qu’une variation de cuisine asiatique.
Et puis la France est gaulliste. De Gaulle, c’est comme le Coran, en cherchant bien on lui attribuera le secret des pyramides et tout l’avenir de l’humanité.
Ce qui est frappant, c’est que cette façon de penser s’exporte aussi bien que les produits de cette pensée, voire mieux.
TRADITION ET TECHNOLOGIE
Les Français sont particulièrement fiers des prodiges de la technologie nationale. Le TGV est un emblème, on a tôt fait de s’approprier l’Airbus et Ariane (projets européens) et notre industrie pharmaceutique est un sujet de fierté jalouse (rappelons-nous le débat sur le dépistage du virus HIV).
Il ne fait aucun doute que la technologie française est tout à fait compétitive et que les ingénieurs nationaux sont des références aux yeux des étrangers.
Mais à l’opposé, la France est profondément ancrée dans ses traditions, rétive au progrès, hostile au partage.
Les anglo-saxons ont une vision pittoresque de la France : c’est un pays qui commence à calais et se termine à Naples, ou à Benidorm ; un pays de douceur de vivre pollué par notre mauvais caractère et une nourriture odorante. Les anglo-saxons ont toutes les difficultés du monde à identifier la France comme un sanctuaire de technologie. Il se trouve en effet que leurs véritables références se trouvent au Japon et aux États Unis. Notre chauvinisme technologique les étonne, les irrite dans son état d’esprit et surtout leur semble profondément inaccessible pour autant qu’il s’ingénie à penser en Français.
On retrouve sans peine dans la pensée française les traces de l’histoire, la technologie française s’ancre dans une vision insulaire et absolutiste quand l’idée même du progrès se fonde sur les échanges et le métissage des savoirs.
Les Français produisent des voitures françaises, c’est à dire des véhicules dans lesquels l’idée de la France doit transparaître. On ne peut nier que les Allemands, les Italiens et les Anglais font de même. Mais la différence essentielle est que cet esprit français est fait de paradoxes quand celui des autres traduit avant tout les clichés attendus, devient un élément de séduction ou de conviction.
Ecartelée entre sa tradition hésitante entre l’élégance et la ruralité et une technologie propriétaire, donc différente et « incompatible » la science et l’industrie françaises étonne plus qu’elle ne convainc, s’agrippe à quelques gloires pour avaliser sa singularité. Acheter une Mercedes ne dénote pas un amour de l’Allemagne exacerbé, acheter une Citroën pose le conducteur étranger comme « France freak ».
L’internationalisation des entreprises contribue largement à atténuer cette singularité de notre pays. Si Rhône Poulenc était une entreprise française, Aventis est une société dont personne ne peut décider d’où elle vient. Et pourtant, les employés d’Aventis sont largement persuadés qu’ils appartiennent à une compagnie d’essence Française marquée par l’héritage de Roussel et Rhône Poulenc. Il en résulte des débats incessants entre notre spécificité et la pensée globale des entreprises.
Unilever, entreprise anglo-hollandaise, détient des marques comme Boursin. Boursin est résolument une marque française, rien ne peut amener un Français à imaginer que cette marque devienne internationale. De l’apprendre, de découvrir cet abâtardissement, le Français remettrait en question son adhésion à un emblème de notre tradition fromagère.
La tradition se cultive contre le progrès, ce n’est qu’au prix de simulacres hasardeux que le Français accepte dans son giron la production des industries modernes. De cet écartèlement naît la complexité de notre intégration au monde extérieur.uns et des autres.
ESTHÉTIQUE ET MODE
S’il est un cliché que l’étranger ne manque jamais de produire à propos de la France, c’est qu’il s’agit d’un pays centré sur l’esthétique. La France est décrite avant tout comme le pays des couturiers et des grands chefs. C’est le pays des recettes, des innombrables fromages, des artistes maudits, des créateurs ébouriffés.
A preuve, le cinéma américain ne manque jamais de donner un accent français à ses cuisiniers, couturiers et peintres. Et cela n’a que peu à voir avec la réalité des faits : la mode s’est largement déplacée vers Milan et New York, la cuisine s’est mondialisée et la peinture française n’est pas, tant s’en faut une spécificité française.
Mais un débat étonnant peut éclairer la nature de la spécificité française. Il s’agit de l’opposition que des Français et des Italiens entretiennent entre l’idée de « griffe » et celle de « marque », ce qui opposerait Chanel à Armani. Dans les faits, il n’existe aucune différence, mais les arguments du débat, eux, sont pleins de sens : le Français revendique la notion de griffe en lui attribuant l’avantage d’être la marque physique, morale, historique d’un seul individu, d’une façon d’être et de faire les choses. Il oppose à cela la marque qui neutralise l’individu au profit d’un projet, d’un concept « programmés » à l’intérieur d’un projet qui s’accorde, anticipe, affirme les tendances esthétiques du moment. La griffe est l’expression de la singularité du créateur, la marque n’est rien d’autre que le style exprimé au sein d’un code pré-établi. Bien entendu, l’Italien récuse totalement cette description et se réfère an cela à la réalité, à la qualité de la création en deçà et au-delà des Alpes. De fait, la véritable différence n’est pas dans le produit, elle est dans la relation intellectuelle du Français avec ses créateurs. Cette relation persiste bien au-delà des faits. Monsieur Dior et Coco Chanel sont morts depuis longtemps et ces « maison » ne se distinguent plus depuis longtemps des entreprises transalpines chez qui elles vont, à l’occasion, chercher leurs créateurs.
Il en va de même en matière de cuisine. La France n’exporte pas seulement des recettes ou même des restaurants : la cuisine française est le fait de ses chefs. Le récent épisode de Ducasse à new York est révélateur. Les Américains importent les produits pour ce qu’ils sont. Ducasse ouvre un restaurant à New York et y propose sa cuisine. C’est un four, un désastre. La cuisine n’est pas en question, mais l’absence du chef aux fourneaux et en salle est insupportable. Ce n’est pas la cuisine qu’on achète, mais le charisme du chef. En son absence, la cuisine devient banale, l’accueil inacceptable, les prix démesurés.
Si nous en revenons à ce qui fait l’esthétique française, ce serait être très présomptueux de penser qu’elle soit supérieure à celle des autres pays (les Français adorent le croire), c’est qu’elle est indissociablement liée à son auteur.
La France possède un musée de la contrefaçon, méprise les remakes, exècre que l’on retouche l’original, que l’on altère ou rénove une œuvre. Peu de pays partagent cet intégrisme tatillon. Cela peut se traduire de manière surprenant au niveau de l’automobile : alors que Volkswagen n’a jamais hésité à refondre l’esthétique et la technique de sa Golf au cours des ans, Renault a dû affronter un véritable conflit cornélien pour faire évoluer la Renault 5, aboutissant à la dénomination de Super Cinq.
La passion de l’auteur, cette révérence pour l’initiateur, le créateur d’une œuvre (souvent bien au delà de l’œuvre elle-même) est un trait de l’esprit français que l’on peut retrouver à travers les époques, exportée dans toute l’Europe. La passion de Frédéric II pour Voltaire était autant pour le personnage que pour ses écrits (forts chiches à cette période) ; Pétersbourg s’enticha de Mlle George qui bramait des tragédies en Français devant la cour de Russie. Non pas que les tragédies fussent passionnantes, mais parce qu’elle les déclamait à sa façon.
Le homard à la vanille de Senderens n’est bon que « par » Senderens. Même si le plat (aujourd’hui breveté), n’est rien d’autre qu’une variation de cuisine asiatique.
Et puis la France est gaulliste. De Gaulle, c’est comme le Coran, en cherchant bien on lui attribuera le secret des pyramides et tout l’avenir de l’humanité.
Ce qui est frappant, c’est que cette façon de penser s’exporte aussi bien que les produits de cette pensée, voire mieux.
TRADITION ET TECHNOLOGIE
Les Français sont particulièrement fiers des prodiges de la technologie nationale. Le TGV est un emblème, on a tôt fait de s’approprier l’Airbus et Ariane (projets européens) et notre industrie pharmaceutique est un sujet de fierté jalouse (rappelons nous le débat sur le dépistage du virus HIV).
Il ne fait aucun doute que la technologie française est tout à fait compétitive et que les ingénieurs nationaux sont des références aux yeux des étrangers.
Mais à l’opposé, la France est profondément ancrée dans ses traditions, rétive au progrès, hostile au partage.
Les anglo-saxons ont une vision pittoresque de la France : c’est un pays qui commence à calais et se termine à Naples, ou à Benidorm ; un pays de douceur de vivre pollué par notre mauvais caractère et une nourriture odorante. Les anglo-saxons ont toutes les difficultés du monde à identifier la France comme un sanctuaire de technologie. Il se trouve en effet que leurs véritables références se trouvent au Japon et aux États Unis. Notre chauvinisme technologique les étonne, les irrite dans son état d’esprit et surtout leur semble profondément inaccessible pour autant qu’il s’ingénie à penser en Français.
On retrouve sans peine dans la pensée française les traces de l’histoire, la technologie française s’ancre dans une vision insulaire et absolutiste quand l’idée même du progrès se fonde sur les échanges et le métissage des savoirs.
Les Français produisent des voitures françaises, c’est à dire des véhicules dans lesquels l’idée de la France doit transparaître. On ne peut nier que les Allemands, les Italiens et les Anglais font de même. Mais la différence essentielle est que cet esprit français est fait de paradoxes quand celui des autres traduit avant tout les clichés attendus, devient un élément de séduction ou de conviction.
Ecartelée entre sa tradition hésitant entre l’élégance et la ruralité et une technologie propriétaire, donc différente et « incompatible » la science et l’industrie françaises étonne plus qu’elle ne convainc, s’agrippe à quelques gloires pour avaliser sa singularité. Acheter une Mercedes ne dénote pas un amour de l’Allemagne exacerbé, acheter une Citroën pose le conducteur étranger comme « France freak ».
L’internationalisation des entreprises contribue largement à atténuer cette singularité de notre pays. Si Rhône Poulenc était une entreprise française, Aventis est une société dont personne ne peut décider d’où elle vient. Et pourtant, les employés d’Aventis sont largement persuadés qu’ils appartiennent à une compagnie d’essence Française marquée par l’héritage de Roussel et Rhône Poulenc. Il en résulte des débats incessants entre notre spécificité et la pensée globale des entreprises.
Unilever, entreprise anglo-hollandaise, détient des marques comme Boursin. Boursin est résolument une marque française, rien ne peut amener un Français à imaginer que cette marque devienne internationale. De l’apprendre, de découvrir cet abâtardissement, le Français remettrait en question son adhésion à un emblème de notre tradition fromagère.
La tradition se cultive contre le progrès, ce n’est qu’au prix de simulacres hasardeux que le Français accepte dans son giron la production des industries modernes. De cet écartèlement naît la complexité de notre intégration au monde extérieur.
A CERTAIN IDEA OF FRANCE
I have often asked myself the question of what it means to be French. Ambivalence is in order! A German friend pointed out to me that the French invented the motto Liberty, Equality, Fraternity to better get rid of these three unbearable clichés:
- FREEDOM: France loves to prohibit, produces a thousand regulations to prevent us from living as we want. Today, controversies over veiled women are emblematic of the French taste for prohibitions. Censorship still exists, even if it no longer speaks its name.
- EQUALITY: Every French person loves to be a little more equal than their neighbor. the fight for “acquired advantages” resurrects in the union yardstick the notion of privilege which we believed to have been abolished since a certain August 4.
- FRATERNITY: I will not talk to you about refugees… The Frenchman who considers himself noble, good and generous can also be quarrelsome, malicious, an informer. France invented concierges to better track down its neighbors.
You will tell me that our neighbors have nothing to envy us in terms of social vices. Certainly, but they do not inscribe this ambitious motto on the pediment of their town halls.
So here’s what I thought about it twenty years ago…
ASTERIX
The French have considerable difficulty defining themselves. At first glance, it is their own diversity that they refer to. Dominique Lebras, speaks of plural France, of the impossibility of defining a notion of “Frenchness”.
Added to this vision is the ethnic, geographical and religious diversity that characterizes the country. France may have a center, but it is diluted towards its borders and its past.
And if we talk about a center, we must consider that it was made in Paris, against the diversity of regions and cultures. It is not for nothing that Tours and Orléans are not directly served by the SNCF. In France, the center does not unite the spirit of the country, but the order that has been imposed on it.
Diversity is absolutely not a French specificity. Germany, Italy, Spain, England, come on, all the countries, share it with sometimes even more hiatuses. But a German is first of all a German who concedes his specificity to the notion of nation to which he fully adheres. The Frenchman claims his region, affirms that he has at least one ancestor who comes from elsewhere to finally concede that he is French. The Frenchman is chauvinistic more than patriotic. His bell tower matters to him as much, if not more, than his nation. The idea of a project that goes beyond his own interests rarely reaches him: this is how the most characteristic image of France was born: Asterix.
Asterix and his village are emblematic and wildly identifying caricatures of the idea that the French have of themselves: clever, funny, resistant and courageous, preserving their identity. But we can see them differently: irascible, xenophobic, incapable of managing their relations with foreigners and progress, incapable of evolving and enjoying the benefits of a dominant or invasive culture. When the rest of the world negotiates, the French resist, an arrogant boil on the political map, this is the emblem of Asterix. But it is also what governs the history of the country in numerous episodes which have contributed just as much to the strength and uniqueness of the country as its isolation, its insularization. For example, Joan of Arc did not save France from the English, she mainly contributed to preventing the installation of a system of modern economic relations across Northern Europe. The Hundred Years’ War was the last triumph of feudalism, the first of centralism and the breakdown of political and economic progress. This progress, moreover, will be built without France through the Hansa economic network. The Europe of economic exchanges will happen without France, which will build its own system of corporations and centralized decisions.
The religious ferocity of the country of oil, then royal absolutism, then the republic, more royalist than the king, as everyone knows, subscribe without hesitation to the idea of centralism.
So, if we summarize, France is a country of steeples claiming to the absurdity of a chauvinism that could be considered fractal: whatever the level at which we observe it, it reproduces itself identically to the last lost hamlet at the Élysée.
The French paradox lies largely in this fractalization of French identity: an outrageous individualism which imposes draconian laws on itself in order to survive. These pyramidal and branched laws are the leaven of a finicky, cumbersome, obsessive administration. But unlike Kafkaesque regulations governed by the absurd and arbitrary, French law is structuring and plethoric logic. It tends above all to unify diversity, to neutralize the exception.
Here again, the paradox can come into full play: the individual resists the law, proclaims his singularity, the State regulates, manages exceptions, proclaims unification.
The debates on Corsica are revealing of the incapacity of the French mind to determine itself in diversity: not because we must proclaim autonomy or force “normalization”, but because the debate is simply impossible to resolve.
ORDER AND STANDARD
The French spirit is perceived by our neighbors as highly creative, a producer of brilliant ideas and forms. The Frenchman is “brilliant”. But, then, our same neighbors note two deeply disturbing facts: it is very difficult to go from the creation of the idea to the integration of this same idea into the whole of a given structure, the creation is an excrescence, an aberration which will often be recovered by our neighbors long before we ourselves have benefited from it. The other disturbing fact is that the social, professional, political, even artistic structure mistrusts its creators, its capacity to create.
For example, let’s take the French language. This language, to which the Oaths of Strasbourg are given as its birth certificate, around the year 800, is in fact only one of the richest continuations of Latin, deeply marked by Celtic and Germanic, then Arabic and Norman, contributions.
This language of considerable wealth has no sooner given itself a birth certificate than it begins to fight against its own wealth. First against the Albigensians and the dialect of Oc, then against the Rabelaisian verve by the narrow rules of Malherbe, then with teachers dispensing with dedication the obtuse hegemony of the Republic. Even today, the satraps of the Academy try to talk to us about marketing and other rearguard nonsense, transforming French into a moribund language, incapable of digesting the speech of the rest of the world. The Romans speak English, the French speak Asterix…
CLASSIFICATIONS AND DISORDER
Edward Hall describes the French as a polychronic people with a hot context. He contrasts the Germans as monochronic with a cold context. In his description, he does not hide his attraction to the French who can do several things at the same time and who prefer to exchange information freely, through continuous exchanges. But he also does not hide his respect and the observation of the effectiveness of a structured, ordered approach, taking care to ensure the information of the protagonists. Edward Hall ultimately claims that the two cultures should complement each other. But the main interest of the anthropologist’s description is to emphasize another French paradox: France is Cartesian, it traces its gardens with a line, adores symmetry and yet, it adores disorder, the informal, the unstructured. Usurping Descartes as national glory and symbol of his spirit, the Frenchman nevertheless becomes the champion of the absurd, of surrealism, of a dandyism freed from the rules of the game of the established order. Once again, the French have many difficulties reconciling order and disorder, both at the cognitive level of an individual, at the level of institutions and at that of ethnic groups. Thus we will contrast the Alsatian with the Marseillais, the polytechnician with the philosopher, the military and normative uncle with the young, trendy “protester”. Moreover, to refuse order is to be “protestant”, which means that stability and norms are indeed on the side of order and that Asterix preserves disorder.
It has often been said that the French are above all taxonomists, classifiers, using considerable energy to create classifications. Our neighbors often laugh at this passion for classifications, especially since what they see us classifying is our own disorder. In this statement, we easily find the guiding idea of our subject, the opposition between anarchic, disruptive, individualist creation and the normative, unifying, neutralizing order of differences. Edward Hall (an American hardly suspected of taking sides), comes to the conclusion that the German first projects order and grants himself more or less individual freedom within this pre-established framework; the French does just the opposite, like a child putting away his toy box. This is of course a caricature of both.
AESTHETICS AND FASHION
If there is a cliché that foreigners never fail to produce about France, it is that it is a country centered on aesthetics. France is described above all as the country of couturiers and great chefs. It is the land of recipes, of countless cheeses, of cursed artists, of disheveled creators.
As proof, American cinema never fails to give a French accent to its cooks, tailors and painters. And this has little to do with the reality of the facts: fashion has largely moved to Milan and New York, cuisine has globalized and French painting is not, far from it, a French specificity.
But an astonishing debate can shed light on the nature of French specificity. This is the opposition that French and Italians have between the idea of “label” and that of “brand”, which would oppose Chanel to Armani. In fact, there is no difference, but the arguments of the debate are full of meaning: the French claims the notion of a label by attributing to it the advantage of being the physical, moral, historical mark of a single individual, of a way of being and doing things. He opposes this to the brand which neutralizes the individual in favor of a project, a “programmed” concept within a project which accords with, anticipates and affirms the aesthetic trends of the moment. The label is the expression of the singularity of the creator, the brand is nothing other than the style expressed within a pre-established code. Of course, the Italian completely rejects this description and refers to reality, to the quality of creation below and beyond the Alps. In fact, the real difference is not in the product, it is in the intellectual relationship of the French with its creators. This relationship persists well beyond the facts. Monsieur Dior and Coco Chanel have long since died and these “houses” have long been no longer distinguishable from the transalpine companies from which they occasionally seek their creators.
The same goes for cooking. France does not only export recipes or even restaurants: French cuisine is the work of its chefs. Ducasse’s recent episode in New York is revealing. The Americans import products for what they are. Ducasse opens a restaurant in New York and offers his cuisine there. It’s an oven, a disaster. The kitchen is not in question, but the absence of the chef in the kitchen and in the dining room is unbearable. It is not the cuisine that we buy, but the charisma of the chef. In its absence, the cuisine becomes banal, the welcome unacceptable, the prices excessive.
If we come back to what makes French aesthetics, it would be very presumptuous to think that it is superior to that of other countries (the French love to believe this), because it is inseparably linked to its author.
France has a museum of counterfeiting, despises remakes, loathes retouching the original, altering or renovating a work. Few countries share this finicky fundamentalism. This can be translated in a surprising way at the automobile level: while Volkswagen has never hesitated to overhaul the aesthetics and technology of its Golf over the years, Renault had to face a real difficult conflict to develop the Renault 5, leading to the name Super Cinq.
The passion of the author, this reverence for the initiator, the creator of a work (often well beyond the work itself) is a trait of the French spirit that can be found throughout the ages, exported throughout Europe. Frederick II’s passion for Voltaire was as much for the character as for his writings (very meager at this period); Petersburg became infatuated with Miss George who blared tragedies in French before the Russian court. Not because the tragedies were exciting, but because she declaimed them in her own way.
Senderens vanilla lobster is only good “by” Senderens. Even if the dish (now patented), is nothing other than a variation of Asian cuisine.
And then France is Gaullist. De Gaulle is like the Koran, if we look carefully we will attribute to him the secret of the pyramids and the entire future of humanity.
What is striking is that this way of thinking exports as well as the products of this thinking, or even better.
TRADITION AND TECHNOLOGY
The French are particularly proud of the prodigies of national technology. The TGV is an emblem, we quickly appropriated the Airbus and Ariane (European projects) and our pharmaceutical industry is a subject of jealous pride (let’s remember the debate on screening for the HIV virus).
There is no doubt that French technology is completely competitive and that national engineers are references in the eyes of foreigners.
But on the other hand, France is deeply anchored in its traditions, resistant to progress, hostile to sharing.
The Anglo-Saxons have a picturesque vision of France: it is a country that begins in Calais and ends in Naples, or Benidorm; a country of good living polluted by our bad character and odorous food. The Anglo-Saxons have all the difficulty in the world identifying France as a technological sanctuary. It turns out that their real references are in Japan and the United States. Our technological chauvinism astonishes them, irritates their state of mind and above all seems profoundly inaccessible to them as long as they try to think in French.
We easily find traces of history in French thought; French technology is anchored in an insular and absolutist vision when the very idea of progress is based on exchanges and the mixing of knowledge.
The French produce French cars, that is to say vehicles in which the idea of France must shine through. It cannot be denied that the Germans, Italians and English do the same. But the essential difference is that this French spirit is made of paradoxes while that of others translates above all the expected clichés, becoming an element of seduction or conviction.
Torn between its hesitant tradition between elegance and rurality and a proprietary technology, therefore different and « incompatible », French science and industry astonishes more than it convinces, clinging to a few glories to validate its singularity. Buying a Mercedes does not indicate an exaggerated love of Germany, buying a Citroën positions the foreign driver as a “France freak”.
The internationalization of companies largely contributes to attenuating this uniqueness of our country. If Rhône Poulenc was a French company, Aventis is a company where no one can decide where it comes from. And yet, Aventis employees are largely convinced that they belong to a French gasoline company marked by the heritage of Roussel and Rhône Poulenc. The result is incessant debates between our specificity and the global thinking of companies.
Unilever, an Anglo-Dutch company, owns brands like Boursin. Boursin is resolutely a French brand, nothing can lead a French person to imagine this brand becoming international. To learn it, to discover this bastardization, the Frenchman would question his adherence to an emblem of our cheese tradition.
Tradition is cultivated against progress, it is only at the cost of risky simulacra that the French accept the production of modern industries into their fold. From this separation comes the complexity of our integration into the outside world.
PIZZA ET CULTURE
La pizza est sans aucun doute un des plats les plus consommés sur terre. Si elle est fortement reliée à l’Italie, elle s’intègre sans peine à la plupart des cultures alimentaires sur toute la planète.
Partant, elle est l’objet de toutes sortes de mythes et de représentations qui varient au fil des traditions culinaires et des époques.
Partons à la découverte de la pizza et tirons-en quelques conclusions sur le fonctionnement de l’interculture.
LE PAIN ET L’ASSIETTE
La pizza qui sert de référent à notre imaginaire, c’est la fameuse Margarita, réalisée en 1889 dans des intentions patriotiques avec les trois couleurs du nouveau drapeau italien. C’est donc un mythe récent, pas du tout une tradition millénaire comme bien des plats des cultures mondiales.

La pizza, c’est de la nourriture posée sur du pain. Considérée ainsi, elle s’inscrit naturellement dans toutes les traditions culinaires. En effet, avant le XVIème siècle, l’assiette n’existait pas et il était d’usage, en Europe de verser la soupe et le ragout sur une épaisse tranche de pain rassis (le tranchoir). L’écuelle, c’était quand on n’avait pas de pain.

On mangeait avec ses doigts (la fourchette servait à piquer le morceau dans le plat) et le pain aidait à porter l’aliment à sa bouche. C’est ainsi que mangeait Louis XIV, bien moins raffiné à table qu’on l’eût pensé.
La diffusion de l’assiette et des couverts conduira, peu à peu, à l’abandon de la tranche de pain au profit du pain que l’on trempe dans la sauce (c’est mal élevé, mais c’est bon). Le sandwich est également une réutilisation du pain comme véhicule des aliments. Le hot dog, le hamburger itou.
L’ITALIE ET L’ORIENT
L’Italie est une arête qui traverse la Méditerranée en reliant l’Europe à l’Afrique (on sent Carthage depuis Marsala). A l’ouest c’est l’Occident sujet à tous les bouleversements jusqu’au XVème siècle. A l’est, c’est l’Orient triomphant jusqu’au XVème siècle.
L’Italie n’existe pas. C’est une entité géographique, mais plus une nation depuis l’effondrement de Rome. Au Nord, l’Italie est l’objet de convoitise de l’Europe. Venise est tout sauf italienne. Rome, c’est l’Église avec un grand E. Le sud, c’est le point de passage de toutes les influences. Dans le sud, tout se mélange.
Il va sans dire que le pain est vecteur de culture considérable. Dans le sud, comme dans tout le pourtour méditerranéen, le pain, c’est une galette plate cuite dans un four à bois. Une fois cuite et chaude, on la fourre avec des aliments et des condiments.

Les gens de l’est, de la Grèce au Liban, appellent cela PITA. Cela n’a rien à voir avec le gros pain bistre et rassis du reste de l’Europe qui sert d’assiette pour la soupe. La pita est chaude, c’est une nourriture de l’instant.

Elle arrive en Italie, en Sicile et à Naples. Elle devient vite un ingrédient de cette pita plate sur laquelle on pose les aliments au lieu de la fourrer avec. Et comme tout cela se fait dans un monde où l’on écrit peu et baragouine beaucoup de dialectes, cela devient la pizza.
LA PIZZA VOYAGE
La pizza est donc la signature orientale de la cuisine du sud de l’Italie. A Rome, on parle de pizza, mais c’est autre chose, une grande tarte où la garniture l’emporte sur le pain, que l’on fait rectangulaire et que l’on débite en tranches. C’est d’ailleurs cette version romaine baptisée abusivement comme pizza qui se retrouve en France chez les charcutiers dans les années 50.

Ailleurs en Italie, la pizza n’existe pratiquement pas. Tenter de manger une pizza à Venise ou à Florence vous expose à une galette sèche et malgracieuse qu’on vous sert avec réticence.
Mais le sud de l’Italie est pauvre, si pauvre qu’on est prêt à tout pour le quitter. D’abord, on migre vers le Nord, vers Milan où se créent des communautés napolitaines qui apportent avec elles la pizza. Ce qui fait que la Pizza-birra est le repas habituel des jeunes Milanais.
Mais elle voyage bien plus car elle accompagne les Italiens qui émigrent en Amérique à la recherche de la Terre Promise et d’un emploi. New York et Chicago deviennent les nouvelles patries de la pizza. C’est encore la pizza, mais en l’absence des fours traditionnels de la méditerranée, on la fait comme on peut, dans une grande poêle qui va dans un four américain. La pan pizza ou pizza pie est née.

On est en Amérique, donc on voit grand. Le diamètre et l’épaisseur de la garniture augmentent. La pizza se consomme par parts. On est en Amérique et tout est livrable, tout devient fast. Les grandes pizzas qui se découpent avec une roulette devant la télé en regardant un match et en buvant de la bière, le flingue sur le canapé deviennent l’emblème de la civilisation.
Beaucoup d’Américains sont persuadés que la pizza est une invention 10% USA.
GUERRE ET PIZZA
La pizza se répand partout aux États Unis. On la retrouve même dans les iles du Pacifique. L’ancrage italien de la pizza devient flou et on commence à mettre n’importe quoi sur les pizzas. A commencer par des ananas. Au fond le concept est simple : une couche de pâte sur laquelle on met n’importe quoi.
Les GI américains vont se déployer dans le Pacifique, en Asie, en Europe. Ils apportent des barres chocolatées, des Lucky Strike et des pizzas. Non, ce n’est pas le hamburger qui a voyagé, c’est la pizza.
Chaque pays recycle le concept et l’adapte à sa culture. Mais la pizza est partout. Elle arrive donc en Europe, et en Italie !
En Europe, l’invasion se fait de diverses manières. En France, la référence italienne prédomine. En Allemagne, c’est plutôt une pizza américanisée, épaisse et fortement colorée. Même en Italie elle évolue.
D’un plat régional, elle est devenue l’esperanto culinaire. Tout le monde se sent en sécurité à manger une pizza choisie dans les 72 variétés proposées par les restaurants à des prix toujours modiques.
C’est ainsi qu’au final, on trouve des pizzerias à Venise, des pizzas qui ont dû faire le tour du monde avant d’arriver là. En voyageant, elles se sont diversifiées : allez donc parler de pizza au saumon à un napolitain ! Elles se sont standardisées en empruntant à divers pays des habitudes nouvelles. L’huile piquante appréciée de Français a fini par débarquer en Italie. Elles se sont métissées : à Hanoï, une pizzeria chic sert des pizzas aux sashimis …
CULTURE ET CHAOS
L’exemple de la pizza est très significatif du processus que suivent les cultures pour se développer, se métisser et se réunifier.
Au départ, dans son expression initiale, une culture est le fruit du hasard et de la nécessité. On fait avec ce qu’on a et certains traits se déterminent plutôt que d’autres. Cette culture finit par devenir fortement distinctive et revendiquée.
Puis la culture voyage, c’est le bagage le plus léger et le plus indispensable que le migrant emporte avec lui.
Au contact des autres, une culture peut s’opposer et l’on obtient le racisme, le sectarisme, le communautarisme qui sont tous voués à se ratatiner. A l’opposé, les cultures s’interpénètrent et s’enrichissent mutuellement. Le puriste criera au scandale, mais le mouvement est universel et irréversible. Ce qui était distinctif se fond, se transforme, évolue, s’adapte.
A la fin c’est une identité nouvelle qui prend forme. Cette identité nouvelle est à nouveau parfaitement distinctive et revendicable. On y trouve les traces des sources initiales comme on peut encore lire la pita antique dans la Margarita, on peut aussi lire la Margarita dans les pizzas grillées de Dalat avec de la Vache qui Rit comme fromage et une crêpe de riz comme pâte.

Toutes les cultures sont vouées à alterner des phases de singularité et d’entropie. La singularité, c’est le design, l’entropie c’est l’intégration.
On pourrait espérer que l’Europe soit une pizza, mais ce n’est pas le cas.
EXOTISME ET FILIATION
Un des travers courants dans l’exploration des cultures étrangères est de mettre l’accent sur ce qui est visiblement différent de ce que l’on connaît, de ce que l’on pense être. Nul n’est intéressant s’il n’est pas cannibale !
Cette vision des autres cultures vise à créer un sentiment d’inconfort face à l’étrangeté de l’autre. Cela consiste aussi à attribuer à l’ensemble d’un peuple, d’une culture, d’un groupe, des traits globaux et très réducteurs.
Les Noirs ont le sens du rythme, les Juifs n’aiment que l’argent, les Allemands adorent marcher au pas, etc. Le jeu de la stigmatisation (positive, mais surtout négative) consiste à relever un trait qui peut être vrai en partie, pour en faire une définition en forme de jugement. Des Juifs qui aiment l’argent, oui, on en connaît forcément qui ont fondé de grandes banques, mais il en est aussi beaucoup qui se fichent complètement de l’argent, et il existe plein de communautés qui sont tout autant liées à l’argent (Protestants, Suisses, Chinois, Auvergnats …). Et si certains Allemands aiment marcher au pas, il en est beaucoup qui détestent cela, tout autant que d’autres peuples qui adorent le pas cadencé.
Ces attributs réducteurs conduisent immanquablement au racisme et à la haine. Je déteste ce qui n’est pas comme moi, mais tout aussi bien, ce qui est comme moi m’ennuie profondément.
La réalité est toute autre car elle joue précisément sur cette alternance de spécificité et d’entropie. La spécificité donne le La, l’entropie joue la musique. C’est dans l’intégration et le recyclage des différences que se joue le progrès de l’être humain, le progrès tout court.
Il n’est que de voir comment on se fond dans une nouvelle culture quand on est amené à la côtoyer en profondeur. Il n’y a pas que le métissage des races, il y a aussi celui de la pensée qui se fait par l’observation et la compréhension des causes, des choix et des effets de ce qui constitue les idées, les coutumes et les croyances d’un peuple, d’un groupe social. Il arrive ainsi facilement qu’on découvre des solutions à nos propres questionnements.
La dimension entropique des cultures, sans cesse destinées à se métisser, nous avait conduit, mon ami Udo Reuter et moi à travailler sur la notion de commonground, c’est à dire ce qui fait que, malgré les différences culturelles, la disparité des usages et des décodages, un concept, une marque, un produit trouvent leur place cohérente auprès de publics divers. C’était un peu l’inverse du marketing global actuel qui nivelle les cultures sous des modèles imposés et décontextualisés.
La pizza qui était la bannière de l’identité napolitaine, par son intégration et son métissage, est devenu le trait commun des cultures alimentaires à travers le monde, jusqu’en Italie elle-même.
PIZZA AND CULTURE
Pizza is without a doubt one of the most consumed dishes on earth. Although it is strongly linked to Italy, it easily integrates into most food cultures across the planet.
Therefore, it is the subject of all kinds of myths and representations which vary over culinary traditions and eras.
Let’s explore pizza and draw some conclusions about how interculture works.
BREAD AND THE PLATE
The pizza that serves as a reference for our imagination is the famous Margarita, made in 1889 with patriotic intentions with the three colors of the new Italian flag. It is therefore a recent myth, not at all an age-old tradition like many dishes from world cultures.

Pizza is food placed on bread. Considered this way, it fits naturally into all culinary traditions. In fact, before the 16th century, the plate did not exist and it was customary in Europe to pour soup and stew onto a thick slice of stale bread (the slicer). The bowl was when we had no bread.

We ate with our fingers (the fork was used to prick the piece into the dish) and the bread helped bring the food to our mouth. This is how Louis XIV ate, much less refined at the table than one would have thought.
The spread of the plate and cutlery will lead, little by little, to the abandonment of the slice of bread in favor of bread that is dipped in sauce (it’s rude, but it’s good). The sandwich is also a reuse of bread as a vehicle for food. The hot dog, the itou hamburger.
ITALY AND THE EAST
Italy is a ridge that crosses the Mediterranean, connecting Europe to Africa (you can smell Carthage from Marsala). To the west, it is the West subject to all the upheavals until the 15th century. In the east, it was the Orient triumphant until the 15th century.
Italy does not exist. It is a geographical entity, but no longer a nation since the collapse of Rome. In the North, Italy is the object of European covetousness. Venice is anything but Italian. Rome is the Church with a capital E. The south is the crossing point for all influences. In the south, everything mixes.
It goes without saying that bread is a vector of considerable culture. In the south, as throughout the Mediterranean, bread is a flat pancake cooked in a wood oven. Once cooked and hot, it is stuffed with food and condiments.

People from the east, from Greece to Lebanon, call it PITA. This has nothing to do with the large, stale brown bread of the rest of Europe which serves as a plate for soup. The pita is hot, it’s a food of the moment.

She arrives in Italy, Sicily and Naples. It quickly becomes an ingredient in this flat pita on which you place the food instead of stuffing it with it. And since all this is done in a world where we write little and jabber a lot of dialects, it becomes pizza.
THE TRAVEL PIZZA
Pizza is therefore the oriental signature of southern Italian cuisine. In Rome, we talk about pizza, but it’s something else, a large pie where the topping prevails over the bread, which is made rectangular and cut into slices. It is also this Roman version, wrongly named pizza, which was found in France among delicatessens in the 1950s.

Elsewhere in Italy, pizza practically does not exist. Trying to eat pizza in Venice or Florence exposes you to a dry, unsightly pancake that is reluctantly served to you.
But the south of Italy is poor, so poor that people are ready to do anything to leave it. First, we migrate to the North, to Milan where Neapolitan communities are created who bring pizza with them. Which means that Pizza-birra is the usual meal of young Milanese people.
But she travels much more because she accompanies Italians who emigrate to America in search of the Promised Land and a job. New York and Chicago become the new homelands of pizza. It’s still pizza, but in the absence of traditional Mediterranean ovens, we make it as best we can, in a large pan that goes into an American oven. The pan pizza or pizza pie was born.

We’re in America, so we’re thinking big. The diameter and thickness of the filling increases. Pizza is eaten in slices. We are in America and everything is deliverable, everything becomes fast. The large pizzas that are cut with a roulette in front of the TV while watching a match and drinking beer, the gun on the sofa become the emblem of civilization.
Many Americans are convinced that pizza is a 10% American invention.
WAR AND PIZZA
Pizza is spreading all over the United States. It is even found in the Pacific Islands. The Italian roots of pizza become blurred and we start to put anything on pizza. Starting with pineapples. Basically the concept is simple: a layer of dough on which you put anything.
American GIs will deploy in the Pacific, in Asia, in Europe. They bring candy bars, Lucky Strikes and pizza. No, it’s not the hamburger that traveled, it’s the pizza.
Each country recycles the concept and adapts it to its culture. But pizza is everywhere. It is therefore arriving in Europe, and in Italy!
In Europe, the invasion takes place in various ways. In France, the Italian reference predominates. In Germany, it is more of an Americanized pizza, thick and strongly colored. Even in Italy it is evolving.
From a regional dish, it became culinary Esperanto. Everyone feels safe eating a pizza chosen from the 72 varieties offered by restaurants at always low prices.
This is how, in the end, we find pizzerias in Venice, pizzas that must have traveled around the world before arriving there. As they travel, they have diversified: go talk to a Neapolitan about salmon pizza! They have become standardized by borrowing new habits from various countries. The spicy oil appreciated by the French ended up arriving in Italy. They have crossed paths: in Hanoi, a chic pizzeria serves sashimi pizzas…
CULTURE AND CHAOS
The example of pizza is very significant of the process that cultures follow to develop, cross-breed and reunify.
Initially, in its initial expression, a culture is the result of chance and necessity. We make do with what we have and certain traits are determined rather than others. This culture ends up becoming strongly distinctive and claimed.
Then culture travels, it is the lightest and most essential baggage that the migrant takes with him.
In contact with others, a culture can oppose itself and we obtain racism, sectarianism, communitarianism which are all doomed to shrivel. On the contrary, cultures interpenetrate and enrich each other. The purist will cry foul, but the movement is universal and irreversible. What was distinctive melts, transforms, evolves, adapts.
In the end, a new identity takes shape. This new identity is once again perfectly distinctive and claimable. There we find traces of the initial sources as we can still read the ancient pita in the Margarita, we can also read the Margarita in the grilled pizzas of Dalat with Laughing Cow as cheese and a rice pancake as dough.

All cultures are doomed to alternate phases of singularity and entropy. Singularity is design, entropy is integration.
You would hope that Europe would be pizza, but it is not.
EXOTISM AND FILIATION
One of the common pitfalls in exploring foreign cultures is to emphasize what is visibly different from what we know, from what we think we are. No one is interesting if they are not a cannibal!
This vision of other cultures aims to create a feeling of discomfort in the face of the strangeness of the other. It also consists of attributing global and very reductive traits to an entire people, culture, or group.
Black people have a sense of rhythm, Jews only love money, Germans love to walk in step, etc. The game of stigmatization (positive, but especially negative) consists of identifying a trait that may be partly true, to make a definition in the form of a judgment. Jews who love money, yes, we obviously know some who have founded large banks, but there are also many who don’t care about money at all, and there are plenty of communities who are just as linked to money (Protestants, Swiss, Chinese, Auvergne, etc.). And if some Germans like to walk in step, there are many who hate it, just as much as other peoples who love the rhythmic walk.
These reductive attributes inevitably lead to racism and hatred. I hate what is not like me, but just as well, what is like me bores me deeply.
The reality is quite different because it plays precisely on this alternation of specificity and entropy. Specificity gives the La, entropy plays the music. It is in the integration and recycling of differences that the progress of the human being, progress in short, is at stake.
You just have to see how you blend into a new culture when you come into contact with it in depth. There is not only the mixing of races, there is also that of thought which occurs through observation and understanding of the causes, choices and effects of what constitutes the ideas, customs and beliefs of a people, of a social group. It is thus easy for us to discover solutions to our own questions.
The entropic dimension of cultures, constantly destined to cross-breed, led my friend Udo Reuter and me to work on the notion of common ground, that is to say what ensures that, despite cultural differences, the disparity of uses and decodings, a concept, a brand, a product find their coherent place with diverse audiences. It was a bit of the opposite of current global marketing which levels cultures under imposed and decontextualized models.
Pizza, which was the banner of Neapolitan identity, through its integration and cross-breeding, has become the common trait of food cultures across the world, even in Italy itself.
LE SUICIDE SYNDICAL
La France est profondément marquée par ses syndicats. Contrairement aux syndicats d’autres pays qui font le lien entre l’économie et la société, les syndicats français sont corporatistes, politiques et opposent des communautés, professionnelles ou non, à l’action politique et économique présumée nuisible par principe.
On me dira que les syndicats patronaux ne sont pas de cette eau, mais je répondrai que les syndicats patronaux n’ont de syndical que le nom, en tous cas en France.
Les syndicats protègent les travailleurs, c’est bien ! Le patronat, sans les syndicats, n’aurait aucun frein pour les exploiter. On a connu cela au XIXème siècle.
Mais les syndicats souffrent d’un mal qui n’est pas seulement français : ils s’opposent par principe à toute évolution, à tout écart de règles établies et qu’ils se refusent obstinément à voir évoluer. Qui a travaillé aux États Unis sait que les syndicats du monde capitaliste sont tout aussi nuisibles à l’évolution, voire au progrès, que les syndicats marxisants d’Europe.
Tout repose sur le fait de se cramponner à ces avantages acquis qui sont la manière polie de parler de privilèges. Ces avantages acquis qui avaient un sens au temps de la machine à vapeur, sont totalement injustifiés à l’époque du TGV.
Les syndicats américains font que mener un projet industriel aux USA est une épreuve incommensurable qui fait s’effondrer tout espoir de productivité. Mais en France le phénomène est d’autant plus grave qu’il est sous-tendu par une idéologie fossilisée et un refus obstiné de la réalité.
La France est célèbre pour ses grèves au point qu’elle est la risée du monde. On ne peut pas voyager en France sans s’interroger sur quelles grèves seront en cours pendant notre séjour. Les industriels étrangers qui veulent s’installer en France y regardent à deux fois et commencent à vraiment préférer des pays plus avenants.
Les grèves pour être mieux payé, travailler moins, partir plus tôt à la retraite, obtenir plus de vacances, plus d’avantages, de privilèges en relation avec un effort moindre sont des démarches parfaitement suicidaires qui affaaiblissent d’autant plus l’économie que les avantages demandés deviennent impossible à financer.
Le patron de la CGT, prototype du meneur fort en gueule d’un autre âge, fait penser à un modèle qui n’eût pas hésité à lui faire visiter le Kamchatka …

Au nom de principes plus ou moins socialistes ou marxistes, les syndicats se font la voix de la classe ouvrière. Pour avoir visité des pays où l’on chante encore les louanges du communisme, je peux vous assurer que la notion de syndicat fait rire (jaune).
Et pendant que le monde des « travailleurs » baguenaude en braillant et brisant les vitrines, d’autres travaillent. Ce sont souvent des immigrés de toutes origines qui ont compris de longue date que pour s’enrichir il faut quand même se donner un peu de peine.
Et notre pays se suicide lentement dans des querelles incessantes entre des gouvernements hors sol et des syndicats congelés dans leur hargne.
Cela fait le lit des mouvements populistes qui promettent de remattre de l’ordre, des populations exaspérées qui rêvent d’en découdre, et des pays qui savent gérer leurs relations sociales et deviennent des concurrents de plus en plus crédibles de notre industrie et de nos services.e industrie et de nos services.
UNION SUICIDE
France is deeply marked by its unions. Unlike unions in other countries which form the link between the economy and society, French unions are corporatist, political and oppose communities, professional or not, to political and economic action presumed harmful in principle.
They will tell me that employers’ unions are not of this type, but I will answer that employers’ unions are unions only in name, at least in France.
Unions protect workers, that’s good! The employers, without the unions, would have no brakes to exploit them. We knew this in the 19th century.
But the unions suffer from an evil which is not only French: they are opposed in principle to any evolution, to any deviation from established rules and which they stubbornly refuse to see evolve. Anyone who has worked in the United States knows that the unions of the capitalist world are just as harmful to evolution, even progress, as the Marxist unions of Europe.
It’s all about clinging to these acquired advantages which are the polite way of speaking of privilege. These acquired advantages, which made sense in the time of the steam engine, are totally unjustified in the time of the TGV.
American unions make carrying out an industrial project in the USA an immeasurable ordeal that destroys all hope of productivity. But in France the phenomenon is all the more serious because it is underpinned by a fossilized ideology and an obstinate refusal of reality.
France is famous for its strikes to the point that it is the laughing stock of the world. We cannot travel to France without wondering what strikes will be in progress during our stay. Foreign industrialists who want to settle in France are thinking twice and are really starting to prefer more friendly countries.
Strikes to be paid better, to work less, to retire earlier, to obtain more vacations, more advantages, privileges in relation to less effort are perfectly suicidal steps which weaken the economy even more as the requested advantages become impossible to finance.
The boss of the CGT, prototype of the loud-mouthed leader from another age, brings to mind a model who would not have hesitated to show him around Kamchatka…

In the name of more or less socialist or Marxist principles, the unions make themselves the voice of the working class. Having visited countries where we still sing the praises of communism, I can assure you that the notion of a union makes you laugh (yellow).
And while the world of “workers” wanders around, shouting and smashing windows, others are working. They are often immigrants of all origins who have long understood that to get rich you still have to put in a little effort.
And our country is slowly committing suicide in incessant quarrels between governments above ground and unions frozen in their anger.
This creates the basis for populist movements that promise to restore order, exasperated populations who dream of fighting back, and countries that know how to manage their social relations and become increasingly credible competitors of our industry and our services.
ESPÈCES DE RACES
Depuis longtemps déjà, j’avais envie de m’exprimer sur le sujet le plus controversé de l’histoire. Écrire sur le sujet des races me permet d’ordonner mes idées et de fermer hermétiquement les placards de la bêtise malveillante. On pardonnera mes imprécisions car elles ne bafouent pas la réalité et servent mon propos.
Dire que les races n’existent pas, c’est renier un concept clé de la biologie au nom de principes moraux certes louables, mais aveuglés par le mauvais usage qui a été fait de la notion de race pendant des siècles. La tendance généralisée à l’euphorisation qui sévit à notre époque m’exaspère car ne pas nommer les choses et les phénomènes conduit à les nier, à se défausser de la réalité crue du monde dans lequel nous vivons. Quand j’entends quelqu’un parler « d’une personne en situation de handicap », j’ai toujours envie de sortir ma moulinette à analphabètes.
Donc, il convient de mettre les choses au point, d’une manière simple et facile à appréhender par le commun des mortels.
Tout d’abord, il y a l’ESPÈCE. Une espèce est un ensemble d’animaux et de végétaux partageant le même ADN, pouvant se reproduire entre eux et présentant de nombreuses similitudes bio et morphologiques. C’est simple et clair. Il existe l’espèce des chiens, des crabes, des carottes et des bonobos (très doués pour la reproduction).
Pour sa part, l’espèce humaine s’est constituée il y a sept millions d’années environ et s’est tout de suite montrée très apte à s’exterminer.
Au sein des espèces se sont développées des RACES. Cela peut prendre de nombreuses années, mais on s’est aussi rendu compte que des races de lézards pouvaient se développer en quelques années.
Une race, c’est le fruit de l’évolution d’une espèce dans un espace délimité, en fonction de deux facteurs bien connus depuis que Jacques Monod les a décrits : le hasard et la nécessité.
Le hasard, ce sont les infimes variations qui affectent le génome et qui font se modifier très légèrement une espèce, variations qui finissent par se généraliser quand le milieu le permet et qu’elles sont compatibles avec la viabilité de l’espèce.
La nécessité, ce sont des variations qui sont dues à la meilleure adaptation et donc survie de certains traits morphologiques en fonction du milieu. Les hommes n’ont pas acquis une peau plus ou moins foncée pour s’adapter à la quantité de soleil de leur environnement, ce sont ceux qui avaient la peau la plus foncée qui survivaient mieux sous les soleils tropicaux.
Donc, en suivant ces deux facteurs, des races se sont développées dans toutes les espèces animales ou végétales, constituant des races qui peuvent sembler très différentes les unes des autres. Un pinscher et un leonberger semblent ne pas être de la même race … Et pourtant, en principe, ils peuvent se reproduire entre eux. Car la race n’abolit pas les principes de l’espèce. L’homme partage 99% de ses gènes avec le chimpanzé, mais ce ne sont pas la même espèce et on ne peut pas les faire se reproduire entre eux.

Si l’on considère l’espèce humaine, on constate que cette dernière s’est très rapidement placée au sommet de la chaîne alimentaire et au sommet de l’évolution par le développement d’attributs fondamentaux :
- la station debout avec le redressement de la colonne vertébrale
- les mains préhensiles permettant l’usage d’outils
- la vision binoculaire permettant d’appréhender l’espace
- une dentition adaptée à une alimentation omnivore
- Une boite crânienne développée, extensible, permettant le développement du cerveau.
Ces avantages sont communs à tous les humains et cela depuis que l’espèce humaine existe et qu’elle fut représentée par un petit australopithèque d’à peine un mètre de haut.

Cet ensemble de caractères bio-morphologiques s’est progressivement affirmé au fil des millions d’années pour aboutir à l’homo sapiens sapiens que nous sommes.
Cependant, au sein de l’espèce humaine se sont développées des races liées aux effets du hasard et de la nécessité. Parmi les différences les plus marquantes, on comptera bien sûr la couleur de la peau, mais aussi la stature qui font se différencier un Massai d’un Bushman.
Beaucoup d’autres variations existent et prouvent que l’évolution a permis aux hommes de trouver leur équilibre en face du milieu dans lequel ils se trouvaient. Et si l’homme n’avait pas une propension considérable à voyager, ces différences seraient encore plus visibles. Oui, mais l’homme voyage, il a toujours voyagé. Et quand il ne lui prend pas l’idée d’exterminer son prochain parce qu’il ne lui ressemble pas (sport éminemment humain), il a une forte tendance à se marier avec lui.
Si bien qu’un des traits caractéristiques du développement de l’espèce humaine est son caractère chaotique (théorie du chaos s’entend) :
- D’un côté, en se trouvant isolé dans un environnement donné, l’humain se développe en application des lois du hasard et de la nécessité, ce qui le fait lentement diverger du modèle original. C’est le principe du feed back positif, du toujours plus de la même chose qui accentue les phénomènes.
- De l’autre, en se trouvant presque toujours en présence d’autres humains venus d’ailleurs ou découverts au hasard des voyages, l’humain s’hybride, je veux dire se métisse et les traits de l’évolution se mélangent pour le plus grand profit de l’espèce en neutralisant les différences au nom de l’entropie.
Nous avons tous quelque chose de Neandertal ! La race des seigneurs est, par définition une fin de race car les races qui s’isolent en autarcie courent le risque d’un appauvrissement génétique inéluctable.
L’espèce humaine, en s’étant placé d’emblée au sommet de la chaîne de l’évolution et par le jeu des métissages enrichissant l’espèce tout en l’unifiant, ne présente pas les disparités considérables d’autres espèce comme les papillons ou les chiens. La nécessité de différenciation ne s’est pas autant faite sentir et relève souvent de spécificités liées au hasard. Cela aboutit à un principe simple et clair : aucune race ne saurait dominer et les rencontres entre les races ne sauraient qu’enrichir l’espèce humaine.

Tout ceci nous amène à une question cruciale : la race liée à une religion ou à une appartenance idéologique ou sociale. Pourrait-on imaginer d’envisager de parler d’une race juive, tzigane, d’un homo sovieticus, d’un aryen.
Bah non !
Il existe plus de différences entre un Séfarade et un Ashkénaze qu’entre un Séfarade et un Palestinien musulman, ou un Ashkénaze et un Polonais ou un Allemand chrétiens. Mais la force des croyances, l’antagonisme des singularités culturelles favorisent l’éclosion d’une idée de race fondée sur les seules méfiance et hostilité. Chacun a vécu une ou plusieurs expériences avec des gens qui se sont montrées pour le moins inélégantes, voir peu honnêtes dans leurs affaires. D’apprendre que ces gens sont Juifs conduit à conclure que les Juifs sont âpres au gain. Pas plus, en fait, qu’un Suisse ou un Hollandais pratiquant les mêmes genres d’affaires et sans compter que la grande majorité des Juifs, des Suisses et des Hollandais sont des gens comme tout un chacun, ni meilleurs ni pires. Ces généralisations abusives sont faciles à faire, contagieuses et profondément nuisibles. Elles sont le fondement des réputations et des pires clichés xénophobes parce qu’ils sont relayés par des autorités, des intellectuels et même nos propres voisins.
Même si la morphologie d’une congolaise est plutôt éloignée de celle d’une vietnamienne, que celle d’un bucheron canadien a peu à voir avec celle d’un Papou, la proximité entre ces personnes est biologiquement quasi absolue. Le sens commun a tendance à inférer des caractères intellectuels, moraux et sexuels à l’aspect extérieur des gens parce que le cerveau humain est friand d’analogies. Il est difficile de concevoir que ce qui ne se ressemble pas s’assemble tout aussi bien. Les gènes idéologiques ou religieux sont encore plus difficiles à différencier puis qu’ils n’existent pas.
Cependant, il faut bien admettre que l’homme n’essaie pas de transformer ses idées en biologie. Les religions sont particulièrement fertiles en interdits poussant à l’endogamie et il ne suffit pas de pointer le doigt vers les Juifs très doués en endogamie. Toutes les religions privilégient cette pratique, y compris le communisme qui a substitué au paradis les lendemains qui chantent. Il est en général mal vu qu’on épouse une personne d’une autre religion que soi, même quand on n’est pas croyant.
Il ne fait aucun doute qu’une des caractéristiques de l’homo sapiens est d’avoir voulu transformer des idées en privilèges biologiques pour parvenir aux pires abominations au compte desquelles la colonisation et les génocides.
J’ai parfaitement le droit de préférer les blondes, de ne pas croire en dieu, de ne pas aimer telle ou telle religion, de combattre une idéologie qui me semble contraire à la raison. Ce sont des affaires d’appréciation personnelle, culturelle. Je n’ai aucun droit de me placer comme supérieur à une ethnie au nom de généralisations (les Anglais sont fous … Les Musulmans sont fanatiques …). Je n’ai pas le droit de haïr un peuple pour le fait que ceux qui le gouvernent le font contre mes valeurs. Et de toutes les manières, les idées n’ont rien à voir avec les races.
Pour conclure, il existe bien des races dans l’espèce humaine, mais elles sont extrêmement peu différenciées du fait des avantages évolutifs de l’espèce et de l’enrichissement de cette dernière par les métissages au cours des millénaires. On ne trouvera guère d’humains avec des ailes (sauf les anges), avec de grandes canines (sauf en Valachie), ou avec des nageoires (sur dans les contes de fées).
Les effets de la théorie du chaos se sont de tous temps appliqués à l’espèce humaine : différenciation progressive liée à la confrontation et l’isolement dans des milieux spécifiques alternant par des métissages enrichissants liés aux voyages et migrations. Et pour ceux qui pensent encore que les grands blonds aux yeux bleus sont les seigneurs de ce monde, les phares de l’intelligence et des modèles pour l’humanité, il n’est que de penser à quelques hommes célèbres qui démentent cruellement cette croyance.

Si certaines cultures, religions ou idéologies se préservent de la tendance aux métissages par la proclamation d’une prétendue supériorité, pureté, antériorité, elles ne peuvent que cultiver l’idée pénible de fin de race.
BREED SPECIES
For a long time now, I have wanted to express myself on the most controversial subject in history. Writing on the subject of race allows me to order my ideas and hermetically close the closets of malicious stupidity. My inaccuracies will be forgiven because they do not flout reality and serve my purpose.
To say that races do not exist is to deny a key concept of biology in the name of moral principles that are certainly laudable, but blinded by the misuse that has been made of the notion of race for centuries. The generalized tendency toward euphorization that is rampant in our time exasperates me because not naming things and phenomena leads to denying them, to dismissing the crude reality of the world in which we live. When I hear someone talk about “a person with a disability”, I always want to take out my illiterate wheel.
So, it is appropriate to put things straight, in a simple and easy to understand way for ordinary people.
First of all, there is SPECIES. A species is a group of animals and plants that share the same DNA, can reproduce with each other and have many biological and morphological similarities. It’s simple and clear. There are the species of dogs, crabs, carrots and bonobos (very good at reproduction).
For its part, the human species was formed around seven million years ago and immediately showed itself to be very capable of exterminating itself.
Within species, BREEDS have developed. This can take many years, but it has also been found that breeds of lizards can develop in a few years.
A race is the fruit of the evolution of a species in a delimited space, depending on two factors well known since Jacques Monod described them: chance and necessity.
Chance is the tiny variations which affect the genome and which cause a species to modify very slightly, variations which end up becoming generalized when the environment allows it and they are compatible with the viability of the species.
The necessity is variations which are due to the better adaptation and therefore survival of certain morphological traits depending on the environment. Men did not acquire darker or darker skin to adapt to the amount of sunlight in their environment, it was those with darker skin who survived better under tropical suns.
So, following these two factors, races have developed in every animal or plant species, constituting races that can appear very different from each other. A pinscher and a leonberger seem not to be of the same breed… And yet, in principle, they can breed with each other. Because race does not abolish the principles of the species. Man shares 99% of his genes with chimpanzees, but they are not the same species and we cannot make them reproduce with each other.

If we consider the human species, we see that it very quickly placed itself at the top of the food chain and at the top of evolution through the development of fundamental attributes:
- standing with straightening of the spine
- prehensile hands allowing the use of tools
- binocular vision allowing us to understand space
- teeth adapted to an omnivorous diet
- A developed, extensible cranium, allowing the development of the brain.
These advantages are common to all humans and have been since the human species existed and was represented by a small australopithecus barely a meter high.

This set of bio-morphological characters has gradually emerged over millions of years to lead to the homo sapiens sapiens that we are.
However, within the human species races have developed linked to the effects of chance and necessity. Among the most striking differences, we will of course include the color of the skin, but also the stature which differentiates a Massai from a Bushman.
Many other variations exist and prove that evolution has allowed men to find their balance in the environment in which they found themselves. And if humans did not have a considerable propensity to travel, these differences would be even more visible. Yes, but man travels, he has always traveled. And when he doesn’t get the idea of exterminating his neighbor because he doesn’t look like him (an eminently human sport), he has a strong tendency to marry him.
So much so that one of the characteristic features of the development of the human species is its chaotic character (chaos theory of course):
- On the one hand, by finding themselves isolated in a given environment, humans develop in application of the laws of chance and necessity, which slowly causes them to diverge from the original model. It is the principle of positive feedback, of always more of the same thing which accentuates the phenomena.
- On the other hand, by almost always finding themselves in the presence of other humans from elsewhere or discovered through chance travel, humans hybridize, I mean crossbreed, and the traits of evolution mix for the greatest benefit of the species by neutralizing differences in the name of entropy.
We all have something of a Neanderthal! The race of lords is, by definition, the end of a race because races that isolate themselves in self-sufficiency run the risk of inevitable genetic impoverishment.
The human species, by having immediately placed itself at the top of the chain of evolution and by the play of interbreeding enriching the species while unifying it, does not present the considerable disparities of other species such as butterflies or dogs. The need for differentiation has not been felt as much and is often due to specificities linked to chance. This results in a simple and clear principle: no race can dominate and encounters between races can only enrich the human species.

All this brings us to a crucial question: race linked to religion or ideological or social affiliation. Could we imagine considering talking about a Jewish race, a gypsy, a homo sovieticus, an Aryan?
Well no!
There are more differences between a Sephardi and an Ashkenazim than between a Sephardi and a Palestinian Muslim, or an Ashkenazim and a Christian Pole or German. But the strength of beliefs, the antagonism of cultural singularities favor the emergence of an idea of race based solely on distrust and hostility. Everyone has had one or more experiences with people who have been, to say the least, inelegant, or even less than honest in their dealings. Learning that these people are Jews leads to the conclusion that Jews are greedy. No more, in fact, than a Swiss or a Dutchman practicing the same types of business and not to mention that the vast majority of Jews, Swiss and Dutch are people like everyone else, neither better nor worse. These overgeneralizations are easy to make, contagious and deeply harmful. They are the basis of reputations and the worst xenophobic clichés because they are relayed by authorities, intellectuals and even our own neighbors.
Even if the morphology of a Congolese woman is rather distant from that of a Vietnamese woman, and that of a Canadian lumberjack has little to do with that of a Papuan, the proximity between these people is biologically almost absolute. Common sense tends to infer intellectual, moral and sexual characteristics from the outward appearance of people because the human brain is fond of analogies. It is difficult to imagine that what does not look alike comes together just as well. Ideological or religious genes are even more difficult to differentiate since they do not exist.
However, it must be admitted that man does not try to transform his ideas into biology. Religions are particularly fertile in prohibitions pushing for endogamy and it is not enough to point the finger at the Jews who are very gifted in endogamy. All religions favor this practice, including communism which replaced paradise with bright tomorrows. It is generally frowned upon to marry someone of a religion other than yourself, even when you are not a believer.
There is no doubt that one of the characteristics of homo sapiens is to have wanted to transform ideas into biological privileges to achieve the worst abominations including colonization and genocides.
I have every right to prefer blondes, to not believe in God, to not like this or that religion, to fight an ideology that seems contrary to reason to me. These are matters of personal, cultural appreciation. I have no right to place myself as superior to an ethnic group in the name of generalizations (the English are crazy…the Muslims are fanatics…). I have no right to hate a people because those who govern them do so against my values. And in any case, ideas have nothing to do with race.
To conclude, there are many races in the human species, but they are extremely little differentiated due to the evolutionary advantages of the species and the enrichment of the latter through crossbreeding over the millennia. We will hardly find humans with wings (except angels), with large canines (except in Wallachia), or with fins (of course in fairy tales).
The effects of chaos theory have always been applied to the human species: progressive differentiation linked to confrontation and isolation in specific environments alternating with enriching crossbreeding linked to travel and migration. And for those who still think that tall blonds with blue eyes are the lords of this world, the beacons of intelligence and models for humanity, we only have to think of a few famous men who cruelly deny this belief.

If certain cultures, religions or ideologies protect themselves from the tendency towards interbreeding by the proclamation of an alleged superiority, purity, anteriority, they can only cultivate the painful idea of the end of the race.
PREMIERS DE LA CLASSE
Rappelez-vous votre enfance, quand vous alliez à l’école. Il y avait toujours dans la classe un ou deux enfants qui récoltaient invariablement les meilleures notes, qui répondaient juste à tous les coups, qui savaient par coeur toutes les leçons et qui obtenaient sans faillir le prix d’excellence chaque année. De mon temps, vous vous les coltiniez depuis le cours préparatoire jusqu’au passage en sixième, parce que les classes demeuraient à travers les ans.
Pour ma part, il s’appelait M…., il était russe, il était blond, le visage lisse et impeccablement habillé. À six ans avait l’air d’un adulte, et à dix ans, il n’avait pas changé. Il faut dire qu’on le voyait surtout de dos car il était toujours assis au premier rang.

Sûr de sa supériorité, il n’entretenait que très peu de relations avec ses camarades de classe, se méfient avant tout de ceux qui pourraient, par accident, lui ravir sa première place.
Aujourd’hui, dans mon souvenir, il ressemble à une plante hydroponique, poussant hors sol et se développant dans une perfection aseptique.
Derrière lui prospérait une bande de gosses beaucoup moins parfaits. Des qui ne se souvenaient pas forcément de tous les vers de la récitation, des qui rataient la multiplication pourtant facile, des qui faisaient une ou deux fautes à la dictée, des qui chahutaient et se bagarraient dans la cour de récré.
M…. ne partageait aucune de ces faiblesses coupables. Les autres le courtisaient, les bagarreurs, curieusement, l’épargnaient. Il était abstrait.
J’en ai rencontré d’autres au fil de mes études. Efficace, instruits, suffisants et parfaitement adaptés au programme, ils deviennent plus sociables, mais ne fréquentent que de loin, de manière utile sans empathie. Ils sont calibrés pour de grandes écoles, puis de grandes fonctions qu’ils rempliront appliquant scrupuleusement les règles et les méthodes qu’ils ont apprises par coeur, en résolvant chaque problème selon la procédure sans jamais s’en écarter. Ils pensent comme des wagons. Leur capacité à être premiers de la classe les prédestine à se retrouver premiers de cordée.
Pour ma part et à l’instar d’un certain nombre de garnements, Nous n’accédions aux meilleures classes qu’occasionnellement. Nous séchions devant les problèmes et oubliions souvent un vers dans les poèmes d’Albert Samain. Nous avions nos bandes dans la cour de récré, promptes à quelques bagarres. Loin d’être des cancres, pas même membres du troupeau de ceux qui ramaient désespérément pour passer les classes, nous étions les champions du Assez Bien. Nous aimions aussi nous écarter des chemins tracés, poser les questions gênantes, nous ennuyer à apprendre par coeur mille trucs ennuyeux. Pour nous, l’avenir n’était pas tracé, l’idée d’une grande école et d’une haute fonction n’était pas notre azimut.
Parvenus dans les études, nous naviguions à vue, changeant souvent de cap. N’aimant pas penser comme tout le monde, nous nous enflammons pour les idées dissidentes. Notre soupe intellectuelle contenait beaucoup de grumeaux et de saveurs inattendues.
Réussir, pour nous, n’était qu’un espoir incertain et difficile à définir. Parfois, pour des raisons difficiles à cerner, le succès nous tombait dessus par surprise. Et comme nous musardions dans toutes les directions, nous avions bien des chances de le rencontrer et, si nous avions la clairvoyance de le voir arriver, de réussir aussi bien que les premiers de la classe.
Bien entendu, les premiers de la classe et les gens comme nous (je ne sais pas comment nous qualifier), nous rencontrions.
La confrontation n’était pas toujours fructueuse. Dans bien des cas, les premiers de la classe méprisaient ces gens à la pensée désordonnée, ignorants des détails et des règles subtiles du monde. Mais il arrivait aussi souvent que les premiers de la classe fussent fascinés par ces gens qui pensaient en dehors des règles établies. Notre exotisme intellectuel leur ouvrait des horizons insoupçonnés. Ils nous traitaient comme le roi son fou, très intéressant, mais pas très sérieux. Bon nombre, aussi, recyclaient nos talents pour se les approprier car, dans leur grande supériorité, l’honnêteté n’est pas forcément dans l’horizon.
Les premiers de la classe sont des gens qui, par leur conformisme, leur capacité d’engranger des masses de connaissance sans jamais avoir eu le besoin de créer, d’imaginer, d’improviser, finissent par se retrouver aux plus hautes fonctions. Ils y remplacent des gens qui, en d’autres temps, étaient parvenus à ces fonctions de par leurs actes, leur audace, l’originalité de leur pensée, leur courage, et aussi leur perversité. Les premiers de la classe sont au sommet pour n’avoir jamais dérogé, les autres y sont pour exactement l’inverse.
L’exercice des plus hautes fonctions par l’un ou l’autre de ces deux types de personne est radicalement différent. Dire que l’un est meilleur que l’autre est peu pertinent.
Un premier de la classe (parfaitement assumé) comme Macron est incapable de gérer une crise sans nous abreuver de mensonges tellement grossiers qu’on s’interroge sur sa compétence. Il est amené à mentir car il ne sait pas anticiper, improviser, diverger. Mais De Gaulle, comme Mitterrand, nous ont gratifiés d’énorme bobards et, par leur pensée divergente, n’ont pas été loin de ruiner le pays. Mais ces deux-là sont entrés dans la mythologie de la démocratie. Macron, comme ses deux prédécesseurs, aussi ternes et sans vision, seront simplement archivés.
Quand Mitterrand ou Chirac mentaient, c’était avec une sorte de génie de l’illusion, un cynisme qui n’avait rien à faire de la réalité. Le mensonge était une part de la rhétorique politique. Lorsque Macron ment, c’est pour se prémunir de son impéritie. La réalité ne tarde jamais à le rattraper. Le premier de la classe n’est pas équipé pour le macchiavélisme.
Dans un temps de crise, la grande faiblesse du premier de la classe devient criante. D’autant plus qu’il s’entoure par nécessité de gens comme lui, mais en moins bien, car le premier de la classe ne supporte pas qu’on puisse lui faire de l’ombre. Par manque d’imagination, s’il lui vient à l’idée de s’entourer de gens de l’autre catégorie, il n’a que peu de moyens réels pour départager les génies des charlatans.

Le pays est, hélas, condamné à confier sa destinée à des premiers de la classe qui gouvernent comme des comptables. Les leaders alternatifs n’ont plus aucune chance de prendre pied dans un monde qui s’est enfoncé dans le nivelage des médias, de la bien-pensance, de la conformité, d’un langage euphémisé et analphabète, d’un sécuritarisme effréné et phobique. Et cette pensée finit par montrer ses limites, son ennui, son impuissance, ce qui risque bien d’ouvrir la porte à des pensées aussi claironnantes que néfastes, mais qui promettent de nous délivrer de l’ennui. Dans le registre du renversement des polarités, les premiers de la classe risque bien d’ouvrir la route à des cancres.des polarités, les premiers de la classe risque bien d’ouvrir la route à des cancres.
FIRST IN CLASS
Remember your childhood, when you went to school. There were always one or two children in the class who invariably got the best grades, who answered correctly every time, who knew all the lessons by heart and who without fail obtained the prize for excellence every year. In my time, you stuck with them from preparatory class to sixth grade, because the classes remained throughout the years.
For my part, his name was M…., he was Russian, he was blond, smooth-faced and impeccably dressed. At six he looked like an adult, and at ten he hadn’t changed. It must be said that we mainly saw him from behind because he was always seated in the front row.

Sure of his superiority, he had very few relationships with his classmates, being above all wary of those who could, by accident, take away his first place.
Today, in my memory, it looks like a hydroponic plant, growing above ground and thriving in aseptic perfection.
Behind him thrived a group of much less perfect kids. Those who did not necessarily remember all the verses of the recitation, those who missed the multiplication, although it was easy, those who made one or two mistakes during dictation, those who heckled and fought in the playground.
M…. shared none of these culpable weaknesses. The others courted him, the fighters, curiously, spared him. It was abstract.
I met others throughout my studies. Efficient, educated, sufficient and perfectly adapted to the program, they become more sociable, but only interact from afar, in a useful manner without empathy. They are calibrated for large schools, then large functions that they will fulfill by scrupulously applying the rules and methods that they have learned by heart, resolving each problem according to the procedure without ever deviating from it. They think like wagons. Their ability to be first in class predestines them to find themselves first in the rope.
For my part and like a certain number of brats, we only access the best classes occasionally. We shy away from problems and often forget a verse in Albert Samain’s poems. We had our gangs in the playground, prone to a few fights. Far from being dunces, not even members of the herd of those who desperately rowed to pass the classes, we were the champions of Good Enough. We also liked to deviate from the established paths, ask awkward questions, get bored learning a thousand boring things by heart. For us, the future was not mapped out, the idea of a great school and a high office was not our azimuth.
Once we reached the studies, we navigated by sight, often changing course. Not liking to think like everyone else, we get excited about dissident ideas. Our intellectual soup contained many lumps and unexpected flavors.
Succeeding, for us, was only an uncertain hope and difficult to define. Sometimes, for reasons that are difficult to pin down, success came to us by surprise. And as we wandered in all directions, we had a good chance of meeting him and, if we had the foresight to see him coming, of succeeding as well as the top of the class.
Of course, the top of the class and people like us (I don’t know how to call us) met.
The confrontation was not always fruitful. In many cases, the top of the class despised these people with disordered thinking, ignorant of the details and subtle rules of the world. But it also often happened that the top of the class were fascinated by these people who thought outside the established rules. Our intellectual exoticism opened up unsuspected horizons for them. They treated us like the king his fool, very interesting, but not very serious. Many, too, recycled our talents to make them their own because, in their great superiority, honesty is not necessarily on the horizon.
The first in the class are people who, through their conformism, their ability to amass masses of knowledge without ever having had the need to create, imagine, or improvise, end up finding themselves in the highest positions. They replace people who, in other times, had reached these positions through their actions, their audacity, the originality of their thinking, their courage, and also their perversity. The first in class are at the top for having never deviated, the others are there for exactly the opposite.
The exercise of the highest functions by one or the other of these two types of person is radically different. To say that one is better than the other is of little relevance.
A top of the class (perfectly assumed) like Macron is incapable of managing a crisis without bombarding us with lies so crude that we question his competence. He is led to lie because he does not know how to anticipate, improvise, diverge. But De Gaulle, like Mitterrand, gave us enormous lies and, through their divergent thinking, came close to ruining the country. But these two have entered the mythology of democracy. Macron, like his two predecessors, also dull and without vision, will simply be archived.
When Mitterrand or Chirac lied, it was with a sort of genius of illusion, a cynicism that had nothing to do with reality. Lying was part of political rhetoric. When Macron lies, it is to protect himself from his incompetence. Reality never takes long to catch up with him. The top of the class is not equipped for Machiavellianism.
In a time of crisis, the great weakness of the top of the class becomes glaring. Especially since out of necessity he surrounds himself with people like him, but less well, because the top of the class can’t stand being overshadowed. Due to a lack of imagination, if it occurs to him to surround himself with people from the other category, he has few real means of separating the geniuses from the charlatans.

The country is, unfortunately, condemned to entrust its destiny to the top of the class who govern like accountants. Alternative leaders no longer have any chance of gaining a foothold in a world which has sunk into the leveling of the media, of right-thinking, of conformity, of euphemistic and illiterate language, of unbridled and phobic securitarianism. And this thought ends up showing its limits, its boredom, its impotence, which risks opening the door to thoughts that are as trumpeting as they are harmful, but which promise to free us from boredom. In terms of the reversal of polarities, the top of the class risks opening the way to dunces.
PATRIOTISME ET NATIONALISME
Ces deux termes sont souvent confondus et conspués par la plupart des intellectuels. Pour avoir fréquenté trente-cinq pays, je ne me sens ni patriote, ni nationaliste, puisque je ne refuserais jamais de passer les dernières années de ma vie dans des pays aimés tels que le Vietnam ou la Grèce. La France est une bonne option aussi car je la connais bien et qu’elle est loin d’être le pire pays du monde.
Pour autant, je ne me sens pas le cœur de mourir pour un pays, je préférerais bien me sacrifier pour des idées, n’en déplaise à Georges Brassens qui regretta longtemps sa chanson malencontreuse. Il faut dire qu’à l’époque, les idées avaient des relents de dogmatisme et de totalitarisme.
Mais si on me le demandait, si le choix m’était imposé, je préférerais à coup sûr d’être patriote plutôt que nationaliste. Mais pourquoi donc ?
Le patriote aime son pays (« Amour sacré de la Patrie-i-e ! »). Le patriote tient à protéger son pays, ses valeurs, sa culture. Pour le patriote, la patrie est une ultime extension de sa famille. Dans son esprit, qui aime son pays y est bienvenu (love it or leave it). Cela peut sembler excessif, mais, il n’existe pas dans le concept de patriotisme d’exclusive qui conduirait à détester quelqu’un qui ne menacerait pas cette idée de patrie/famille.
À Hanoï, la victoire d’une coupe de football (championnat d’Asie ?) a engendré d’immenses manifestations à moto hérissées de drapeaux; il en faut peu pour que les Vietnamiens s’enthousiasment pour un exploit national.

Mais cela va un peu plus loin, les Vietnamiens s’unissent et se mobilisent pour faire triompher leur pays des adversités, par exemple la pandémie de COVID-19. C’est bien l’inverse en France où des hordes d’imbéciles défilent au nom de leur liberté sans se préoccuper un instant de l’intérêt du pays, de leurs prochains, de leur propre existence.
À la notion de patriotisme, il convient d’opposer celle de nationalisme. Le nationalisme se marie parfois au socialisme, pour le pire et l’abomination. Alors que le patriotisme est centripète, le nationalisme est centrifuge. La préférence nationale justifie tous les rejets, toutes les haines, tous les agissements criminels.
C’est au nom du nationalisme que sont nés l’antisémitisme, le colonialisme et tous les racismes. Le nationalisme, nanti de son idée de préférence, de supériorité et d’expansion de la nation. Le nationalisme prône la supériorité de ceux qui le professent au détriment de tous ceux qui ne sont pas de la même nation (race, ethnie, religion, idéologie).
Les Romains étaient extrêmement patriotes et à ce titre absorbaient dans l’idée de Rome toutes les cultures qu’ils côtoyaient tout en les romanisant. Les Gallo-Romains n’eurent pas à s’en plaindre. Ils se perdirent à se diluer à laisser leur propre culture perdre son sens, en se disséminant dans leur immensité. Il n’empêche que Rome a survécu jusqu’au XVième siècle à Constantinople et encore plus longtemps dans le Saint Empire Romain Germanique.
Hitler aurait bien voulu être un empereur conquérant, mais en éliminant les peuples et les cultures au nom d’une supériorité aryenne fondée sur la folie et l’ignorance, il a conduit le monde jusqu’en enfer. Tous les états qui se sont construits comme supérieurs aux autres ont fini (ou finiront) dans l’opprobre et la déchéance après avoir semé la mort et la dévastation. Napoléon était-il patriote ou nationaliste ?
Tout serait simple si le patriotisme et le nationalisme s’excluaient avec évidence, mais ce n’est pas le cas. Vichy fut le terrain d’une coupable confusion en parlant de patrie quand il s’agissait d’une immonde collaboration contraire à l’idée de patrie et nourrie de haine xénophobe contre les juifs et toutes les minorités.
Les nationalistes les plus haineux s’emparent du patriotisme pour capter l’adhésion de gens sincères à la tolérance chancelante. Les excès et exactions faites au nom d’un Islam dévoyé favorisent le développement d’une haine nationaliste au nom de la patrie. Les populismes de droite et de gauche font jeu commun pour brouiller les idées. L’Europe s’est construite sous les auspices délétères d’une patrie aux contours mouvants et mal définis et du développement de nationalismes provinciaux à la malveillance idiote. Trump et Poutine ont sévi et continuent de sévir sur la même confusion qui dévoie l’idée de patrie au nom d’une supériorité nationale de mauvais aloi « Make America great again ».
Je ne me sens ni patriote, ni nationaliste, mais il m’arrive quand même d’aimer la France, d’aimer être Français, pour tout le bien que je peux faire, pour tout ce que la France a de si beau qu’elle enchante le monde. Donc, malgré que j’en aie, je suis un patriote au fond de mon cœur.’elle enchante le monde. Donc, malgré que j’en aie, je suis un patriote au fond de mon coeur.
PATRIOTISM AND NATIONALISM
These two terms are often confused and ridiculed by most intellectuals. Having visited thirty-five countries, I feel neither patriotic nor nationalist, since I would never refuse to spend the last years of my life in beloved countries such as Vietnam or Greece. France is also a good option because I know it well and it is far from being the worst country in the world.
However, I don’t feel like dying for a country, I would much rather sacrifice myself for ideas, no offense to Georges Brassens who regretted his unfortunate song for a long time. It must be said that at the time, the ideas had overtones of dogmatism and totalitarianism.
But if I were asked, if the choice were imposed on me, I would definitely prefer to be a patriot rather than a nationalist. But why then?
The patriot loves his country (“Sacred Love of the Fatherland!”). The patriot wants to protect his country, its values, its culture. For the patriot, the homeland is an ultimate extension of his family. In his mind, whoever loves his country is welcome there (love it or leave it). This may seem excessive, but there is no exclusivity in the concept of patriotism that would lead to hating someone who does not threaten this idea of homeland/family.
In Hanoi, the victory of a football cup (Asian championship?) generated huge motorcycle demonstrations bristling with flags; It doesn’t take much for the Vietnamese to get excited about a national feat.
But it goes a little further, the Vietnamese unite and mobilize to make their country triumph over adversities, for example the COVID-19 pandemic. It is quite the opposite in France where hordes of imbeciles march in the name of their freedom without worrying for a moment about the interests of the country, their neighbors, their own existence.
To the notion of patriotism, it is appropriate to oppose that of nationalism. Nationalism is sometimes combined with socialism, for the worse and the abomination. While patriotism is centripetal, nationalism is centrifugal. National preference justifies all rejections, all hatred, all criminal actions.
It is in the name of nationalism that anti-Semitism, colonialism and all forms of racism were born. Nationalism, with its idea of preference, superiority and expansion of the nation. Nationalism advocates the superiority of those who profess it to the detriment of all those who are not of the same nation (race, ethnicity, religion, ideology).
The Romans were extremely patriotic and as such absorbed all the cultures they encountered into the idea of Rome while romanizing them. The Gallo-Romans had no reason to complain about it. They lost themselves in diluting themselves and letting their own culture lose its meaning, spreading across their immensity. However, Rome survived until the 15th century in Constantinople and even longer in the Holy Roman Empire.
Hitler would have liked to be a conquering emperor, but by eliminating peoples and cultures in the name of Aryan superiority based on madness and ignorance, he led the world to hell. All states that have constructed themselves as superior to others have ended (or will end) in opprobrium and decay after having sowed death and devastation. Was Napoleon a patriot or a nationalist?
Everything would be simple if patriotism and nationalism were obviously mutually exclusive, but that is not the case. Vichy was the site of guilty confusion in speaking of the homeland when it was a question of a filthy collaboration contrary to the idea of the homeland and fueled by xenophobic hatred against the Jews and all minorities.

The most hateful nationalists seize patriotism to capture the support of sincere people for faltering tolerance. The excesses and abuses committed in the name of a misguided Islam encourage the development of nationalist hatred in the name of the homeland. Right-wing and left-wing populism work together to confuse ideas. Europe was built under the deleterious auspices of a homeland with shifting and ill-defined contours and the development of provincial nationalisms with idiotic malevolence. Trump and Putin have cracked down and continue to crack down on the same confusion that distorts the idea of the homeland in the name of a bad national superiority “Make America great again”.
I neither feel patriotic nor nationalist, but I still love France, love being French, for all the good that I can do, for everything that France is so beautiful that it enchants the world. So, despite having it, I am a patriot deep in my heart.
LA MESURE DE L’HOMME
Si Dieu a créé l’homme a son image, on peut être en droit de penser que Dieu manque singulièrement de capacités tant l’homme en est si dépourvu. Mais si l’on admet que Dieu est à la mesure de toute chose, alors on considèrera que Dieu n’était pas pressé de créer l’homme puisque celui-ci n’apparaît que dans les dernières lignes du grand roman de l’univers et l’on a toutes les raisons de croire qu’il ne sera plus présent dans les tomes suivants.
Non, l’homme n’est grand qu’en comparaison avec lui-même, et encore.

Tout d’abord, il n’occupera vraisemblablement que quelques millions des milliards d’années de l’univers, sans compter les multivers. Un éclair fugace dans une journée ordinaire. Le temps d’un battement de cils du grand barbu.
Dans l’espace, l’homme n’est pas plus présent, voire moins puis qu’il n’est qu’un grain de poussière sur ce grain de poussière qu’est le système solaire. Et il n’est même pas imaginable qu’il puisse un jour atteindre la galaxie voisine située à une existence de l’humanité entière de distance comptée à la vitesse de la lumière, elle-même inatteignable.
Imaginons que des extraterrestres entreprennent de nous rendre visite, il faudra qu’ils visent juste pour atteindre ce grain de poussière qui n’existe que le temps d’un battement de cils.
Et si l’homme se mesure à son propre environnement, il n’est pas beaucoup mieux loti.
Il ne perçoit qu’une faible partie du spectre lumineux située entre l’infrarouge (un ensemble de couleurs qui sont invisibles, mais qui sont propres à le faire cuire) et l’ultraviolet (un ensemble de couleurs qui sont invisibles, mais qui le brûlent tout aussi bien). Autant dire qu’il n’y voit pas grand-chose et qu’une grande partie des phénomènes naturels et célestes échappent à ses yeux.
L’homme n’entend pas mieux. Il ne perçoit les infrasons que parce que ces derniers font trembler les murs, et il n’entend pas plus les ultrasons, même si ces derniers perturbent son équilibre. En d’autres termes, il n’entend, au mieux qu’entre 20 et 20 000 hertz. Tout le reste est hors de sa mesure.
L’homme ne peut saisir que ce qui est à sa mesure. Ce qui est trop petit lui échappe, moins d’un centième de millimètre et c’est invisible. Le micron, l’angström sont bien trop petits pour lui alors que s’y concentre une grande part de son univers. Quant à l’infiniment grand, il s’y perd assurément, déjà qu’il a passé des milliers d’années à ne pas savoir que la terre était plate (non, ronde, enfin c’est ce qu’on dit).
Mai même à pouvoir percevoir ce qui est à sa mesure, l’homme est incapable de percevoir à quel point la matière est faite de vide (99,9%). N’étaient les forces qui régissent la matière, nous devrions pouvoir passer à travers les uns les autres, sans qu’aucun de nos atomes ne se touche. Mais non, le pouvoir séparateur de notre perception nous en empêche.
De même, nous ne pouvons percevoir ce qui va trop vite, trop lentement, qui n’est pas fait de particules concevables par nos sens gourds. Les neutrinos qui passent leur temps à nous traverser en masse, la matière noire qui occuperait plus d’un quart de l’univers, existent sans que nous en ayons le moindre sens.
Nous ne pouvons concevoir que quatre dimensions. Et parmi ces dimensions, il en est une qui nous impose son déroulement sans aucune chance de revenir en arrière, alors que la physique quantique nous parle de multivers et d’intrications prouvant que rien n’est comme on croit que c’est. Non seulement nos sens nous trompent, mais nos connaissances et nos convictions aussi.
Nous avons bien-sûr construit des instruments qui nous servent de béquilles et de bésicles pour mieux y voir dans cet univers qui n’est pas à notre mesure. Ainsi, on voit plus loin, plus petit, plus fin, plus global. Mais tout cela ne fait que reculer les limites de notre myopie pour buter sur les prochaines limites.
On ne voit pas au-delà du big bang, on ne voit pas l’âme, on n’est même pas sûr qu’il y en ait une. On ne conçoit pas la mort et on ne connaît la vie qu’à notre mesure.
Et nous nous moquons des fourmis et des pucerons alors que nous nous entretuons pour un Dieu à notre image.
Et si vous ne voyez pas à quel point cette théorie est destinée à avoir des conséquences terribles, lisez mon dernier roman aux implications apocalyptiques :
THE MEASURE OF MAN
If God created man in his image, we can be right to think that God is singularly lacking in abilities since man is so devoid of them. But if we admit that God is the measure of everything, then we will consider that God was in no hurry to create man since he only appears in the last lines of the great novel of the universe and we have every reason to believe that he will no longer be present in the following volumes.
No, man is only great in comparison with himself, and even then.

First of all, it will likely only occupy a few million of the billions of years of the universe, not counting the multiverses. A fleeting flash in an ordinary day. In the time of a blink of the big bearded man’s eyelashes.
In space, man is no more present, or even less so since he is only a grain of dust on this grain of dust that is the solar system. And it is not even imaginable that it could one day reach the neighboring galaxy located an existence away from the entire humanity of a distance measured at the speed of light, itself unreachable.
Imagine that extraterrestrials undertake to visit us, they will have to aim correctly to reach this grain of dust which only exists for the blink of an eyelash.
And if man measures himself against his own environment, he is not much better off.
It only perceives a small part of the light spectrum located between infrared (a set of colors which are invisible, but which are capable of cooking it) and ultraviolet (a set of colors which are invisible, but which burn it just as well). Suffice to say that he does not see much and that a large part of natural and celestial phenomena escape his eyes.
Man doesn’t hear any better. He only perceives infrasound because it makes the walls tremble, and he does not hear ultrasound either, even if it disrupts his balance. In other words, he only hears between 20 and 20,000 hertz at best. Everything else is beyond his measure.
Man can only grasp what is within his reach. What is too small escapes him, less than a hundredth of a millimeter and it is invisible. The micron and the angstrom are far too small for him while a large part of his universe is concentrated there. As for the infinitely large, he is certainly lost, already having spent thousands of years not knowing that the earth was flat (no, round, that’s what they say).
But even being able to perceive what is within his reach, man is incapable of perceiving the extent to which matter is made of emptiness (99.9%). Were it not for the forces that govern matter, we should be able to pass through each other without any of our atoms touching. But no, the separating power of our perception prevents us from doing so.
Likewise, we cannot perceive what goes too fast, too slowly, which is not made of particles conceivable by our dull senses. The neutrinos which spend their time passing through us in mass, the dark matter which would occupy more than a quarter of the universe, exist without us having the slightest sense of it.
We can only conceive of four dimensions. And among these dimensions, there is one which imposes its unfolding on us without any chance of going back, while quantum physics tells us of multiverses and entanglements proving that nothing is as we believe it to be. Not only do our senses deceive us, but so do our knowledge and beliefs.
We have of course built instruments that serve as crutches and crutches to help us see better in this universe that is not up to our standards. Thus, we see further, smaller, finer, more global. But all this only pushes back the limits of our myopia to come up against the next limits.
We don’t see beyond the big bang, we don’t see the soul, we’re not even sure there is one. We cannot conceive of death and we only know life to our extent.
And we laugh at ants and aphids as we kill each other for a God in our image.
And if you don’t see how this theory is destined to have terrible consequences, read my latest novel with apocalyptic implications:
SUR L’ADOPTION ET SES VICISSITUDES

L’adoption est devenue, depuis la fin du vingtième siècle, une activité hautement valorisée, une sorte de solution à la dénatalité occidentale face à la misère d’un monde surpeuplé. D’innombrables couples du monde développé se sont précipités dans le monde pas développé pour y trouver des enfants. Regardons-y de plus près parce qu’il semble, aujourd’hui, que cette pratique tant louée, n’a pas eu que des conséquences heureuses.
Après de nombreuses années pendant lesquelles l’adoption (essentiellement internationale) s’est trouvée hautement valorisée, il semble que l’on se réveille avec une certaine gueule de bois, maintenant que les enfants adoptés parlent de leur expérience, de leur point de vue.
Comme j’ai occupé les deux positions d’enfant adopté et de parent adoptant, mon expérience et mon analyse peuvent être utiles.
RETOUR EN 1951
Ma mère adoptive était une toute petite femme très énergique et percluse de rhumatismes. C’était une célibataire endurcie qui avait toujours eu le « désir d’enfant » sans jamais avoir consenti à partager sa vie avec un homme. Elle avait quarante ans quand on lui proposa de m’adopter. Il existait à cette époque des réseaux d’adoptions dont le but principal était de se débarrasser des bébés accidentellement produits par de riches hommes peu prudents. Je lus, plus tard, dans les « mémoires » de mon père biologique que « c’était comme ça qu’on faisait ».
C’est ainsi que je me retrouvai le fils d’une femme de quarante ans vivant dans un minuscule appartement avec sa propre mère, une ancienne femme de service dans les écoles.
Pour la bonne forme, on m’attribua un « tuteur ad hoc », un homme un peu simplet dont la femme passa une grande partie de mon enfance à me faire détester ma mère adoptive.
La famille de ma mère adoptive, un ensemble de rustres brutaux, ne cessa jamais de lui reprocher mon adoption, me rappelant à l’occasion que je n’étais pas « de leur sang ».
Chaque année de mon enfance, à l’école, je dus répondre à la question lancinante des autres gamins : « Pourquoi t’as pas de père ? »
Ma mère m’avait caché avec soin l’identité de mes parents biologiques. Ma grand-mère, quand elle ne me traitait de « peau de lapin de sale Polac », me glissait dans l’oreille que mon père était un ingénieur très riche et fort méchant. Ce n’est qu’à l’âge de quatorze ans que, forçant un tiroir mystérieux, je découvris que mes grands-parents biologiques étaient ces gens très gentils chez qui nous allions diner une fois par mois et qui m’offraient des cadeaux extraordinaires à Noël.
Ce fut le point de départ d’une crise d’identité considérable qui se soldat par un conflit ouvert et violent avec ma mère adoptive. Il fallut près de trois ans pour que, aidé par la femme de mon père biologique, qui avait découvert mon existence et exigé qu’on prit enfin soin de moi, je renoue avec ma mère adoptive et prenne la mesure de ses sacrifices. Cet apaisement allait de soi quand les enjeux de l’adoption cessaient d’avoir cours, je ne me trouvais plus dans une situation contradictoire puisque les deux univers familiaux fusionnaient. Souvenir de ma mère adoptive discutant avec mon père biologique sur un banc de Brighton, avant que je ne me marie.
Je compris le sens de l’adoption et des problèmes qu’elle pose à un enfant qui voit bien qu’il a été coupé de ses origines, sans même pouvoir se faire une idée de ce qu’elles étaient vraiment. Partagé entre le ressentiment pour une famille adoptive honnie et la rancune pour une famille biologique inconséquente.
PASSAGE PAR 1995, 2003, 2008, 2018 …
Et pourtant, par une sorte d’atavisme, poussé par l’impossibilité d’avoir des enfants, ma femme et moi décidâmes d’adopter à notre tour. Pas un bébé, mais notre fantasme d’une petite fille de deux ans avec une frange brune sur le front. Donc Vietnam !
Toute adoption passe par une grossesse administrative qui consiste à de voir s’expliquer devant toutes sortes d’instances sociales, médicales, psychologiques, administratives, économiques. Certaines d’une malveillance consommée car l’adoption y est fort mal considérée. A l’une d’elle, la psychologue de service, qui me demandait pour l’énième fois à quoi devait ressembler l’enfant que nous cherchions, je répondis « rouge avec un toit ouvrant ».
Nous partîmes au Vietnam et, au lieu de nous agglutiner avec les autres adoptants français vitupérant le pays, sa misère en 1995, son climat, l’administration locale, la nourriture, dans des hôtels misérables empli des pleurs des bébés, dans une atmosphère de Ricard et de belote, nous décidâmes de faire connaissance avec le pays et les Vietnamiens. Et ce furent les Vietnamiens, après nous avoir observés, étudiés, sondés, qui nous proposèrent d’adopter une petite fille de deux ans aux cheveux en pétard.
Les procédures d’adoption au Vietnam, à cette époque étaient les suivantes. Les hôpitaux avec des maternités donnaient pour adoption tous les enfants non désirés. Il suffisait que la mère signe un document d’abandon. On mettait un X à la place du nom du père. Tout cela se passait par l’intermédiaire d’associations installées en France. Ces associations devaient gérer une demande considérable et acceptaient en regardant ailleurs, des bébés provenant des provinces avec deux X sur la fiche de naissance. On sait aujourd’hui que beaucoup de ces enfants étaient arrachés sans scrupule ni indemnités (ou si peu) à des paysannes pauvres de villages lointains. Les adoptants ne s’en plaignaient pas car ils ne voulaient rien savoir de la famille biologique de leurs bébés. Dès que les formalités étaient achevées, ils se précipitaient dans les avions dont la cabine était traversée de nombreux hamacs pour les bébés hurlants qu’on emmenait en France. Des centaines, voire des milliers par an.
Les Américains étaient encore plus organisés, un couple que nous avions rencontré nous montra la photo du bébé qu’ils allaient avoir sur un catalogue avec descriptifs et tarifs en dollars.
Tout ceci me troublait énormément car le « désir d’enfant » de ces gens n’était pas différent de l’envie d’une poupée dont on ne veut pas savoir par qui et comment elle a été fabriquée. Et je soupçonnais que ces enfants devraient faire le deuil de leurs origines dans des familles qui n’auraient de cesse d’essayer de gommer leur singularité.
Pour notre part, nous étions aussi mus par ce terrible « désir d’enfant ». Mais les circonstances en décidèrent autrement. Au lieu de ne rester qu’une quinzaine de jours à Hanoï, nous y restâmes près de quatre mois. Et durant ces quatre mois, nous fûmes adoptés nous-mêmes par nos amis vietnamiens, de la comptable de l’hôtel à la directrice d’orphelinat. Nous passâmes un temps infini dans l’orphelinat à nous occuper des enfants. Nous rencontrâmes la mère de notre petite fille avec laquelle ma femme sortait presque tous les jours une fois que je fus rentré en France. La mère affirma à ma femme qu’elle nous avait aussi choisis parce qu’elles avaient toutes les deux le même anniversaire et le même signe du zodiac asiatique.
Mais ce qui eut le plus d’influence, ce fut la sœur de notre petite fille, une gamine de six ans qui commença par nous détester, disant à sa cadette que nous n’étions pas ses parents. Nous essayâmes de l’adopter en même temps que sa sœur, mais l’administration française s’y opposa avec toute la force de sa bêtise.
Après notre retour en France, la fille de la directrice de l’orphelinat vint s’installer chez nous. Elle finit par épouser mon neveu, le petit fils de ma mère biologique que j’avais fini par rencontrer à l’âge de 58 ans… La mère de ce neveu, ma sœur, m’avait retrouvé quinze ans plus tôt pour connaître enfin ce frère disparu qu’on avait arraché à sa mère.
Après une seconde grossesse administrative, je retournai au Vietnam chercher la grande sœur qui avait huit ans en arrivant en France. Pendant ce séjour de plus de deux mois, je vécus entre l’orphelinat et la maison de sa directrice. La gamine ne me quittait jamais et me secouait les puces quand je ne réagissais pas assez vite aux mystères de l’administration locale. Et bien entendu, au fameux « désir d’enfant », s’était substitué un projet commun, une aventure vécue ensemble.
Mais une fois en France, la petite fille ne cessa pas de penser à ses parents, surtout à sa mère.
Pendant des mois, elle déroba tout l’argent qu’elle pouvait dans le but de l’envoyer à sa mère qui était « très pauvre et très malade ». Et année après année, elle ne cessera jamais de penser à sa mère biologique, décidant, in fine, de nous appeler par nos prénoms.
Je suis retourné souvent au Vietnam, deux fois avec ma grande fille et, chaque fois nous avons rencontré sa mère et, même toute la famille.
ET MAINTENANT …
Malgré tout, parvenues à leur adolescence, les deux filles, chacune à sa manière, ont fortement mis en question leur adoption en prenant avec nous des distances qui nous disaient plus ou moins implicitement « vous n’êtes pas nos vrais parents ».
Il faut dire que, toute leur enfance, étant asiatiques, elles furent en butte aux réflexions des autres enfants qui voyaient bien que nous n’étions pas des « Chinois » comme elles. Ainsi, tout leur environnement leur affirmait qu’elles n’étaient pas comme les autres, que nous étions des parents pour le moins bizarres.
Toutes les deux, tout comme moi-même en mon temps, sont partagées entre l’idée de leur famille biologique et leur perception de leur famille adoptive, ce qui justifie, au bout du temps une prise de distance pour mieux juger, mieux se construire. Aucun des deux mondes ne saurait répondre à leurs questions essentielles.
Puis la plus grande m’appela un jour, pour me demander comment on écrivait 1997 en chiffres romains. Pas facile ! Une semaine plus tard, elle vint nous voir et j’aperçut qu’elle s’était fait tatouer la date de son arrivée en France, en chiffres romains, bien en vue sur le haut de sa poitrine. On lui posa la question, elle répondit que sans cela, elle serait morte.
Puis la famille se scella encore un peu plus quand elle eut son propre bébé, notre petit-fils qu’elle tient, maintenant qu’il a quatre ans, à nous confier en se moquant de notre maladresse.
Grace aux moyens informatiques, sa mère biologique aussi a vu son petit-fils. Et à chaque fois que je peux le dire, j’affirme que si ce petit garçon est si beau et intelligent, c’est qu’il tient cela de moi…
Aujourd’hui, l’adoption d’enfants au Vietnam par les Français s’est énormément réduite. Beaucoup d’enfants adoptés aux Vietnam découvrent les ombres de leurs origines et en souffrent énormément, au point de décider de retourner dans leur beau pays. Ce faisant, les Vietnamiens ont décider d’adopter les enfants abandonnés dans leur propre pays. Il y a fort à parier que les abus des années 90 n’ont plus court.
Pour ma part, si j’ai adopté deux enfants au Vietnam, c’est le Vietnam qui m’a adopté.
LES PARADIGMES DE LA PARENTALITÉ
Adopter n’est pas un acte innocent. C’est inéluctablement placer un enfant entre deux réalités contradictoires qui finiront forcément par s’affronter dans son esprit.
J’abomine cette expression « désir d’enfant » qui relève d’un égoïsme qui, pour être innocent, ne prend pas en compte le fait que nos enfants ne nous appartiennent pas, c’est nous qui devons tout à nos enfants, que nous le voulions ou non. Tout, je veux dire tout ce qui constitue un environnement qu’ils peuvent appréhender sans entrer en conflit avec eux-mêmes. Nous ne sommes pas esclaves de nos enfants, nous sommes seulement responsables du devoir de vérité à leur égard ainsi que de celui de leur procurer l’intégralité de ce que la nature exige de nous.
Nous n’avons pas totalement réussi à éliminer cette charge bipolaire, que j’avais tant ressenti, chez nos propres enfants, mais nous ne leur avons rien caché ni volé de leur intégrité.
Ce « désir d’enfant » que l’on retrouve aujourd’hui dans les débats sur la GPA ou l’adoption par des couples homosexuels m’inspire des sentiments ambivalents. La question n’est absolument pas d’ordre moral, on l’aura compris. L’évolution de notre culture nous permet enfin de considérer que le couple hétérosexuel n’est pas le seul à offrir le meilleur à son enfant. La GPA n’a rien de critiquable quand elle permet à une mère de devenir mère. Mais, comme dans le cas des enfants adoptés dont j’espère avoir mis en lumière les conflits qui se développent inéluctablement en eux, il est question, à mes yeux, de mettre au premier plan les implications de ces procédures dans l’esprit des enfants, en eux et entre eux.
Cela nous amène à considérer le paradigme de la parentalité et son évolution.
L’ensemble des débats sur la famille repose sur le concept de famille nucléaire (père, mère, kid) qui est né avec les congés payés (le moment où la famille se concentre sur son lieu de vacances). Il prend corps dans les années cinquante (avec la voiture et la table familiale où s’invite la télé. Il sert de fondement au cinéma américain qui insiste sur le fait que la rupture de ce modèle produit des monstres. Puis, Truffaut le dynamite dans les 400 coups.
Avant cela, la famille nucléaire est un mythe. La famille bourgeoise qui singe l’aristocratie, a tendance à se dissocier, les enfants étant relégués ailleurs aux bons soins d’une bonne, d’une nourrice, d’un précepteur, voire d’un autre membre de la famille. On les voit à l’occasion et on exige d’eux le silence, la discrétion et les bonnes manières. On les envoie dans des internats pour se défausser de leur éducation. Les revendications familiales portées par l’extrême droite (Travail, Famille, Patrie) sont des manifestations rancies de préjugés sans fondements historiques.
La famille nucléaire ne tient que jusque dans les années soixante-dix, quand la notion de divorce cesse d’être stigmatisante. Être un enfant de divorcés devient parfaitement courant, voire avantageux, même si, dans bien des cas, l’enfant de divorcés est dans le même entre-deux que l’enfant adopté.
Désormais, la famille nucléaire n’est plus qu’un avatar un rien vieillot de la famille. Donc, pourquoi ne pas admettre toutes les configurations possibles, du moment que l’enfant y trouve sa place, pour lui-même et dans ses représentations sociales ?
Et si l’on en revient à l’adoption, on se rend compte que cette dernière ne s’apparente à aucun des modèles familiaux, puisqu’elle place l’enfant entre deux réalités, sur un pont fragile risquant de s’effondrer. Masquer les origines ne peut que contribuer à cet effondrement. Mais, ne rien cacher, garder les deux mondes en lumière n’est pas non plus sans risque.
Si l’on a fait la part belle au statut de l’adoption, le statut de l’adopté n’existe toujours pas et c’est peut-être ce qui sert de point de départ au malaise de tant d’enfants adoptés devenus des adultes.
Pour en savoir plus :
ON ADOPTION AND ITS VICISSITUDES

Since the end of the twentieth century, adoption has become a highly valued activity, a sort of solution to the decline in Western birth rates faced with the misery of an overpopulated world. Countless couples from the developed world rushed to the undeveloped world to find children. Let’s take a closer look because it seems, today, that this much-praised practice has not only had happy consequences.
After many years during which adoption (mainly international) was highly valued, it seems that we are waking up with a bit of a hangover, now that adopted children are talking about their experience, from their point of view.
As I have held both positions of adopted child and adoptive parent, my experience and analysis can be useful.
RETURN TO 1951
My adoptive mother was a very small, very energetic woman crippled with rheumatism. She was a hardened spinster who had always had the “desire for children” without ever having agreed to share her life with a man. She was forty years old when she was asked to adopt me. At that time, there were adoption networks whose main goal was to get rid of babies accidentally produced by rich, careless men. I later read in my biological father’s “memoirs” that “that was how we did it.”
This is how I found myself the son of a forty-year-old woman living in a tiny apartment with his own mother, a former school worker.
As a matter of form, I was assigned an “ad hoc guardian,” a somewhat simple-minded man whose wife spent much of my childhood making me hate my adoptive mother.
My adoptive mother’s family, a brutal collection of boors, never stopped blaming her for my adoption, occasionally reminding me that I was not “of their blood.”
Every year of my childhood, at school, I had to answer the nagging question from the other kids: “Why don’t you have a father? »
My mother had carefully hidden the identity of my biological parents from me. My grandmother, when she did not call me a “dirty Polac rabbit skin”, whispered in my ear that my father was a very rich and very mean engineer. It was only at the age of fourteen that, opening a mysterious drawer, I discovered that my biological grandparents were these very kind people with whom we went for dinner once a month and who gave me extraordinary gifts at Christmas.
This was the starting point of a considerable identity crisis which was resolved by an open and violent conflict with my adoptive mother. It took almost three years for me, helped by my biological father’s wife, who had discovered my existence and demanded that I was finally taken care of, to reconnect with my adoptive mother and understand the extent of her sacrifices. This appeasement went without saying when the issues of adoption ceased to be relevant, I no longer found myself in a contradictory situation since the two family worlds merged. Memory of my adoptive mother talking to my biological father on a bench in Brighton, before I got married.
I understood the meaning of adoption and the problems it poses for a child who sees clearly that he has been cut off from his origins, without even being able to form an idea of what they really were. Shared between resentment for a despised adoptive family and resentment for an inconsistent biological family.
PASSAGE THROUGH 1995, 2003, 2008, 2018…
And yet, through a sort of atavism, driven by the impossibility of having children, my wife and I decided to adopt in our turn. Not a baby, but our fantasy of a two-year-old girl with brown bangs on her forehead. So Vietnam!
Any adoption goes through an administrative process which consists of having to explain oneself to all kinds of social, medical, psychological, administrative and economic authorities. Some of it is of consummate malice because adoption is very poorly regarded there. To one of them, the psychologist on duty, who asked me for the umpteenth time what the child we were looking for should look like, I replied “red with a sunroof”.
We went to Vietnam and, instead of gathering with the other French adopters railing against the country, its poverty in 1995, its climate, the local administration, the food, in miserable hotels filled with crying babies, in an atmosphere of Ricard and belote, we decided to get to know the country and the Vietnamese. And it was the Vietnamese, after observing us, studying us, and probing us, who suggested we adopt a two-year-old girl with wild hair.
The adoption procedures in Vietnam at that time were as follows. Hospitals with maternity wards gave up all unwanted children for adoption. It was enough for the mother to sign an abandonment document. We put an X in place of the father’s name. All this happened through associations based in France. These associations had to manage a considerable demand and, looking elsewhere, accepted babies from provinces with two Xs on the birth certificate. We know today that many of these children were taken without scruple or compensation (or very little) from poor peasant women in distant villages. The adopters did not complain because they did not want to know anything about the biological family of their babies. As soon as the formalities were completed, they rushed onto the planes, the cabin of which was crossed with numerous hammocks for the screaming babies who were being taken to France. Hundreds, if not thousands per year.
The Americans were even more organized, a couple we had met showed us the photo of the baby they were going to have in a catalog with descriptions and prices in dollars.
All this disturbed me greatly because these people’s « desire for a child » was no different from the desire for a doll that we don’t want to know by who and how it was made. And I suspected that these children would have to mourn their origins in families who would constantly try to erase their singularity.
For our part, we were also driven by this terrible “desire for a child”. But circumstances decided otherwise. Instead of only staying a fortnight in Hanoi, we stayed there for almost four months. And during these four months, we ourselves were adopted by our Vietnamese friends, from the hotel accountant to the orphanage director. We spent endless time in the orphanage taking care of the children. We met the mother of our little girl with whom my wife went out almost every day once I returned to France. The mother told my wife that she had also chosen us because they both had the same birthday and the same Asian zodiac sign.
But what had the most influence was our little girl’s sister, a six-year-old who began to hate us, telling her younger sister that we were not her parents. We tried to adopt him at the same time as his sister, but the French administration opposed it with all the force of its stupidity.
After our return to France, the daughter of the director of the orphanage came to stay with us. She ended up marrying my nephew, the grandson of my biological mother whom I ended up meeting at the age of 58… This nephew’s mother, my sister, had found me fifteen years earlier to finally know this missing brother who had been torn from his mother.
After a second administrative pregnancy, I returned to Vietnam to look for my big sister who was eight years old when she arrived in France. During this stay of more than two months, I lived between the orphanage and the house of its director. The kid never left my side and shook me when I didn’t react quickly enough to the mysteries of local administration. And of course, the famous “desire for a child” was replaced by a common project, an adventure experienced together.
But once in France, the little girl did not stop thinking about her parents, especially her mother.
For months, she stole all the money she could in order to send it to her mother who was “very poor and very sick.” And year after year, she will never stop thinking about her biological mother, deciding, ultimately, to call us by our first names.
I returned to Vietnam often, twice with my older daughter, and each time we met her mother and even the whole family.
AND NOW…
Despite everything, when they reached their adolescence, the two girls, each in their own way, strongly questioned their adoption by distancing themselves from us which told us more or less implicitly “you are not our real parents”.
It must be said that, throughout their childhood, being Asian, they were subject to the reflections of other children who saw clearly that we were not “Chinese” like them. Thus, their entire environment assured them that they were not like the others, that we were strange parents to say the least.
Both of them, just like myself in my time, are torn between the idea of their biological family and their perception of their adoptive family, which justifies, at the end of time, distancing themselves to better judge, better build themselves. Neither world can answer their essential questions.
Then the oldest called me one day to ask me how to write 1997 in Roman numerals. Not easy! A week later, she came to see us and I saw that she had had the date of her arrival in France tattooed in Roman numerals, clearly visible on the top of her chest. We asked her the question, she replied that without that, she would have died.
Then the family bonded even more when she had her own baby, our grandson whom, now that he is four years old, she wants to confide in us, making fun of our clumsiness.
Thanks to computer technology, his biological mother also saw her grandson. And every time I can say it, I affirm that if this little boy is so handsome and intelligent, it’s because he gets it from me…
Today, the adoption of children in Vietnam by the French has been enormously reduced. Many children adopted from Vietnam discover the shadows of their origins and suffer enormously, to the point of deciding to return to their beautiful country. In doing so, the Vietnamese decided to adopt abandoned children in their own country. It’s a safe bet that the abuses of the 90s are no longer around.
For my part, if I adopted two children in Vietnam, it was Vietnam that adopted me.
PARADIGMS OF PARENTING
Adopting is not an innocent act. This inevitably places a child between two contradictory realities which will inevitably end up clashing in his mind.
I abominate this expression “desire for a child” which is based on a selfishness which, to be innocent, does not take into account the fact that our children do not belong to us, it is we who owe everything to our children, whether we want it or not. Everything, I mean everything that constitutes an environment that they can understand without coming into conflict with themselves. We are not slaves to our children, we are only responsible for the duty of truth towards them as well as that of providing them with all that nature demands of us.
We did not completely succeed in eliminating this bipolar charge, which I had felt so much, in our own children, but we did not hide anything from them or steal anything from their integrity.
This “desire for a child” that we find today in debates on surrogacy or adoption by homosexual couples inspires ambivalent feelings in me. The question is absolutely not a moral one, as we will have understood. The evolution of our culture finally allows us to consider that the heterosexual couple is not the only one to offer the best to their child. There is nothing objectionable about GPA when it allows a mother to become a mother. But, as in the case of adopted children, for whom I hope to have shed light on the conflicts which inevitably develop within them, it is a question, in my view, of bringing to the fore the implications of these procedures in the minds of the children, within them and between them.
This brings us to consider the parenting paradigm and its evolution.
All debates on the family are based on the concept of the nuclear family (father, mother, child) which was born with paid leave (the time when the family concentrates on its vacation spot). It took shape in the 1950s (with the car and the family table where the TV appeared). It served as the foundation of American cinema which insisted on the fact that the rupture of this model produced monsters. Then, Truffaut dynamited it in 400 Blows.
Before that, the nuclear family was a myth. The bourgeois family, which apes the aristocracy, tends to dissociate, the children being relegated elsewhere to the good care of a maid, a nanny, a tutor, or even another member of the family. We see them occasionally and we demand silence, discretion and good manners from them. They are sent to boarding schools to throw away their education. The family demands made by the extreme right (Work, Family, Homeland) are stale manifestations of prejudices without historical foundations.
The nuclear family only lasted until the 1970s, when the notion of divorce ceased to be stigmatizing. Being a child of divorced people is becoming perfectly common, even advantageous, even if, in many cases, the child of divorced people is in the same in-between situation as the adopted child.
From now on, the nuclear family is nothing more than a slightly outdated avatar of the family. So, why not admit all possible configurations, as long as the child finds his place there, for himself and in his social representations?
And if we come back to adoption, we realize that the latter is not similar to any of the family models, since it places the child between two realities, on a fragile bridge at risk of collapsing. Hiding the origins can only contribute to this collapse. But, hiding nothing, keeping both worlds in the light is not without risk either.
If we have given pride of place to the status of adoption, the status of the adoptee still does not exist and this is perhaps what serves as the starting point for the discomfort of so many adopted children who have become adults.
L’Ukraine, les Cosaques et Poutine

Parmi les noms que j’ai portés, il y a celui de Bedrjczuk, celui de ma mère biologique… On peut aussi l’écrire Bedritchouk, comme Bondartchouk. Un nom tellement ukrainien qu’un jour, alors que je contactai un officiel ukrainien en vue d’adopter dans son pays, il me répondit que j’avais d’office la nationalité ukrainienne. Autant dire que je me sens quelques affinités avec ce pays. Si je n’ai pas démesurément les traits d’un Ukrainien, ma soeur, elle semblait tout droit sortie d’un film des grandes plaines. De plus elle adorait les chevaux et avait le caractère bien trempé de ce peuple.

Il faut dire que le terme d’Ukraine (qui signifie en gros « bordure, marche « ) a été forgé pour définir ce pays aux formes mouvantes s’il en est.
Les Ukrainiens, ce sont de Vikings, des Tatars, des Mongols, des Lithuaniens, des Moldaves et des Polonais et, bien sûr des Russes et des Biélorusses. Vous secouez bien et vous obtenez des Cosaques.
Je suis donc un descendant de Cosaque, à moins que je ne sois un Polonais allié aux Lithuaniens. Mais mon matronyme me porte à l’Est.
Les Cosaques, ce sont des gens charmants qui naissent, vivent et meurent à cheval en portant des toques en fourrure de loup.
Cauchemar des envahisseurs, ils ont chassé les Mongols, les Turcs et tout ce qui entrait dans le pays sans y avoir été invités.
Napoléon (enfin sa grande armée) en firent l’expérience quand ils les harcelèrent pendant toute la retraite de Russie jusqu’à en décimer les neuf dixième.
Les communistes en firent l’expérience également durant de longues années après la révolution d’octobre. Les Cosaques étant de fervents orthodoxes et parfaitement étanches à l’idée d’ »internationale ».

Les nazis crurent se les allier misant sur leur caractère violemment anti-communiste (et souvent antisémite), mais ils ne tardèrent pas à devenir la cible de ces combattants ombrageux qui contribuèrent très largement à leur défaite. Un Cosaque, ça n’aime pas qu’un étranger s’installe sur ses terres.
La Russie prétend que l’Ukraine est une de ses provinces, alors que l’Histoire nous apprend qu’elle fut d’abord une province du royaume de Kiev. Et cela, un Cosaque ne saurait l’oublier. Ce n’est que par un revers de l’Histoire que la Moscovie s’empara du royaume de Kiev et renverse la lecture de l’Histoire.

Il faut dire que l’Ukraine, à l’instar de la Pologne, est un pays aux frontières terriblement mouvantes et élastiques. Tellement mouvantes qu’Alfred Jarry a pu faire s’exclamer le père Ubu : « Vive la Pologne, car s’il n’ y avait pas de polonais, il n’y aurait pas de Pologne ! ». L’Ukraine a d’ailleurs été un long moment, une province de Pologne avant de se faire digérer par la Russie et ressortir bien vivante à l’effondrement de l’URSS.

Quand Poutine revendique des morceaux entiers de l’Ukraine, l’Histoire ne peut lui donner complètement tort : des parties entières de l’Ukraine ont bien été des morceaux de Russie. Mais le couloir de Dantzig a bien appartenu à la Prusse et le Piémont fut un temps français. Venise devrait aussi appartenir à l’Autriche ou à la Croatie. La carte du monde est faite de pays dont les contours n’ont jamais plus que deux ou trois cents ans. Et il est convenu de ne plus y revenir pour ne pas ranimer les guerres territoriales qui ont divisé le monde depuis son commencement.
En mettant les pieds en Ukraine, Poutine a commis l’irréparable. Il a déployé son immense armée à la motivation incertaine, dans un pays farouchement attaché à son identité. Car, même si l’Ukraine est divisée entre une partie occidentale très européenne et une partie orientale russophile, mais aussi plus asiatique, le peuple ukrainien est avant tout farouchement attaché à sa nation. La Crimée, presqu’île massivement occupée par les Russes, a pu être amputée sans coup férir. Mais il n’en est pas de même quand des troupes pénètrent dans le pays et s’y livrent à des exactions inqualifiables et dont oserait presque parler comme d’un génocide. Une mauvaise armée ne peut se comporter que comme de mauvais soldats.

Poutine, à l’instar d’Hitler, a misé sur la lâcheté inconsciente des gouvernements occidentaux. Daladier et Chamberlain ont ouvert la porte àl’invasion nazie en se contentant de promesses et de sanctions économiques. Nous faisons de même, laissant les hordes russes, souvent analphabètes et abruties de slogans envahir l’Ukraine.
Face à cette invasion : les Cosaques.
Il est bien possible que Poutine parvienne, au prix de pertes et de crimes de guerre astronomiques, à s’emparer de tout le pays au bout de quelques mois. Mais un bon Cosaque se sera juré que chaque soldat russe ayant franchi ses frontières sera tué d’une manière ou d’une autre jusqu’à ce qu’il n’en reste aucun.
Pour cela, ils n’ont plus de sabres et de chevaux, mais des lance-roquettes et des drones de dernière génération. L’armée invincible piétine, recule, revoit à la baisse ses objectifs. Marche à reculons vers une défaite aussi longue à venir qu’inéluctable.
Et nous autres, Européens, regarderons le régime de Poutine se défaire comme une toile mangée par les mites.
Les envahisseurs sont toujours dévorés par leurs conquêtes. Tôt ou tard.ont toujours dévorés par leurs conquêtes. Tôt ou tard.
UKRAINE, THE COSSACKS AND PUTIN

Among the names I have had, there is that of Bedrjczuk, that of my biological mother… We can also write it Bedritchouk, like Bondartchouk. A name so Ukrainian that one day, when I contacted a Ukrainian official with a view to adopting in his country, he told me that I automatically had Ukrainian nationality. Suffice to say that I feel some affinities with this country. If I don’t have excessively Ukrainian features, my sister seemed straight out of a film from the Great Plains. In addition, she loved horses and had the strong character of these people.

It must be said that the term Ukraine (which roughly means “border, step”) was coined to define this country with its ever-changing forms.
Ukrainians are Vikings, Tatars, Mongols, Lithuanians, Moldovans and Poles and, of course, Russians and Belarusians. You shake well and you get Cossacks.
So I am a Cossack descendant, unless I am a Pole allied with the Lithuanians. But my surname takes me to the East.
The Cossacks are charming people who are born, live and die on horseback, wearing wolf fur hats.
A nightmare of invaders, they drove out the Mongols, Turks and anything else that entered the country uninvited.
Napoleon (well his great army) experienced this when they harassed them throughout the retreat from Russia until nine-tenths of them were decimated.
The communists also experienced this for many years after the October Revolution. The Cossacks being fervently Orthodox and perfectly impervious to the idea of “international”.

The Nazis believed they were allying with them, banking on their violently anti-communist (and often anti-Semitic) character, but they soon became the target of these shady fighters who contributed very largely to their defeat. A Cossack doesn’t like a foreigner settling on his land.
Russia claims that Ukraine is one of its provinces, while History tells us that it was first a province of the Kingdom of kyiv. And that, a Cossack cannot forget. It was only through a reversal of History that Muscovy seized the Kingdom of kyiv and reversed the reading of History.

It must be said that Ukraine, like Poland, is a country with terribly moving and elastic borders. So moving that Alfred Jarry was able to make Father Ubu exclaim: “Long live Poland, because if there were no Poles, there would be no Poland! « . Ukraine was a province of Poland for a long time before being digested by Russia and emerging alive and well after the collapse of the USSR.

When Putin claims entire pieces of Ukraine, History cannot prove him completely wrong: entire parts of Ukraine were indeed pieces of Russia. But the Danzig corridor did belong to Prussia and Piedmont was once French. Venice should also belong to Austria or Croatia. The map of the world is made up of countries whose outlines are never more than two or three hundred years old. And it was agreed not to return to it again so as not to rekindle the territorial wars which have divided the world since its beginning.
By setting foot in Ukraine, Putin has committed the irreparable. He deployed his immense army with uncertain motivation, in a country fiercely attached to its identity. Because, even if Ukraine is divided between a very European western part and a Russophile eastern part, but also more Asian, the Ukrainian people are above all fiercely attached to their nation. Crimea, a peninsula massively occupied by the Russians, was able to be amputated without firing a shot. But it is not the same when troops enter the country and commit unspeakable abuses that one would almost dare to speak of as a genocide. A bad army can only behave like bad soldiers.

Putin, like Hitler, banked on the unconscious cowardice of Western governments. Daladier and Chamberlain opened the door to the Nazi invasion by making do with promises and economic sanctions. We do the same, letting the Russian hordes, often illiterate and stupefied with slogans, invade Ukraine.
Facing this invasion: the Cossacks.
It is quite possible that Putin will manage, at the cost of astronomical losses and war crimes, to take over the entire country after a few months. But a good Cossack will have sworn to himself that every Russian soldier who crosses his borders will be killed in one way or another until none remain.
For this, they no longer have sabers and horses, but rocket launchers and latest generation drones. The invincible army is stalling, retreating, revising its objectives downwards. March backwards towards a defeat as long in coming as it is inevitable.
And we Europeans will watch Putin’s regime unravel like a moth-eaten web.
The invaders are always devoured by their conquests. Sooner or later.
LE CERCLE POLITIQUE
Depuis de nombreuses années la représentation de la politique s’inspire de l’image qu’en donne l’Assemblée Nationale : Un demi-cercle où se disposent les différents courants politiques de la gauche à la droite.


Cette représentation, bien que commode, ne correspond plus à la réalité des mouvements politiques.
En effet, d’une part, le mouvement majoritaire se revendique de n’être ni de gauche ni de droite, mais de s’inspirer des deux tendances, sans pour autant se dire centriste.
D’autre part, les mouvements extrémistes se disent profondément ancrés dans la notion de peuple, de mouvement populaire (le plus récent avatar de la France Insoumise). Ces mouvements sont incarnés par des tribuns au verbe plus haut que leur compétence (cf débats et saillies diverses de ces tribuns).
Ces mouvements se veulent sociaux et nationaux, éveillant en moi l’idée nauséeuse d’un passé pas si lointain. Hitler et Staline sont tapis au fond des caaves humides de leur pensée.
Ce qui est encore plus frappant, c’est la valse-hésitation plus ou moins opportuniste des partis anciens, Les Républicains et Parti Socialistes, qui hésitent entre le mouvement majoritaire et les extrêmes.
Le monde politique se représenterait de façon plus réaliste selon ce schéma :

LREM, en dépit de toutes les critiques qu’on peut adresser à ce parti, constitue un pôle de compétence et d’efficacité sur la scène internationale. Son technocratisme et son manque d’empathie sont les principales faiblesses d’un parti qui a passé son temps irriter autant qu’il réussissait à gérer les crises.
Cette représentation montre à la fois les enjeux réels des choix politiques et la véritable nature de l’opposition entre une politique réaliste et les égarements d’idéologies amnésiées.
La progressive acculturation de notre pays ouvre la voie aux démagogues et renforce l’hostilité aux élites intellectuelles. Dans un temps où l’on ne sait plus écrire, où les dyslexiques fleurissent comme les chardons, où les étudiants français sont considérés comme faibles en math face aux pays émergeants, la capacité de raisonnement cède la place à l’invective et à la crédulité propre au succès des coups de gueule d’opportunistes de tous poils.
On est carrément mal barrés !
THE POLITICAL CIRCLE
For many years the representation of politics has been inspired by the image given by the National Assembly: A semi-circle where the different political currents are arranged from left to right.


This representation, although convenient, no longer corresponds to the reality of political movements.
Indeed, on the one hand, the majority movement claims to be neither left nor right, but to be inspired by both trends, without calling itself centrist.
On the other hand, extremist movements say they are deeply anchored in the notion of the people, of popular movement (the most recent avatar of France Insoumise). These movements are embodied by tribunes whose words are higher than their competence (see debates and various pronouncements of these tribunes).
These movements are intended to be social and national, awakening in me the nauseating idea of a not-so-distant past. Hitler and Stalin lurk deep in the damp caaves of their thoughts.
What is even more striking is the more or less opportunistic hesitation of the old parties, the Republicans and the Socialist Party, which hesitate between the majority movement and the extremes.
The political world would be represented more realistically according to this diagram:

LREM, despite all the criticisms that can be leveled at this party, constitutes a center of competence and efficiency on the international scene. Its technocratism and its lack of empathy are the main weaknesses of a party which has spent its time irritating as much as it succeeded in managing crises.
This representation shows both the real stakes of political choices and the true nature of the opposition between a realistic policy and the errors of amnesiac ideologies.
The gradual acculturation of our country opens the way to demagogues and reinforces hostility to intellectual elites. In a time where we no longer know how to write, where dyslexics flourish like thistles, where French students are considered weak in math compared to emerging countries, the ability to reason gives way to invective and the credulity specific to the success of the rants of opportunists of all stripes.
We’re in a really bad place!
LE WOKISME ET LA BÊTISE
J’attends avec impatience ce fameux film où Louis XIV sera un gay transgenre d’origine congolaise (vous savez, cette région où les habitants ont un teint d’ébène). J’exagère ? Allons donc ! On ne peut pas voir un film sur la Renaissance sans avoir de ministre d’origine africaine. Une version de Germinal fait tenir un estaminet du Nord par un Africain bon teint. Sans compter tous ces films inspirés de romans célèbres où l’on fait de personnages parfaitement définis par l’auteur des gens de l’autre secte, d’une ethnie différente, de mœurs et de croyances imprévues.
Et ainsi, au nom d’une norme morale parfaitement justifiée, mais dévoyée par l’inculture, le savonarolisme et la une certaine forme de putasserie, on dénature tranquillement la culture, le patrimoine littéraire.
Je n’ai rien contre les choix ethno sexuels d’œuvres nouvelles, mais, que diable, pourquoi dénaturer les œuvres et se torcher avec la réalité historique ?
Cela intervient dans un environnement culturel et social qui s’est totalement effondré. Il n’est que de lire ou écouter les médias, même les plus évolués pour se rendre compte que l’inculture, l’illettrisme et la pensée rétrécie prédominent au nom d’une prétendue mixité sociale.
Je sais et je soutiens que la notions de race a été détournée et a servi aux pires excès criminels, pas seulement par les Allemands, mais par toutes les cultures occidentales. Là n’est absolument pas le sujet de ma réflexion. On a maintenant éradiqué le mot au lieu d’en réviser la signification. La race, dans sa définition, c’est une variation spécifique à l’intérieur d’une espèce, en général due à l’adaptation évolutive à un environnement à des contraintes. La frontière entre les races es fractale, c’est à dire que, plus on rapproche une race d’une autre, plus la différence se fait floue, imprécise, interconnectée. Tout cela sur les bases d’une espèce qui partage un patrimoine biologique, psychologique et intellectuel fondamentalement équivalent. Il n’existe pas de race supérieure et l’hybridation est la source de tous les enrichissements, voire, même, une clé de l’évolution.
Je me refuse à mélanger au nom d’une morale à deux balles, je préfère et préconise la mise en valeur des cultures spécifiques. On parle aujourd’hui de négritude, d’africaniste, c’est à dire une revendication d’un patrimoine historique et culturel et ceux qui s’y réfèrent sont loin de tomber dans le piège du nivellement par la médiocrité ambiante. Et quand on parle d’africanité, il s’agit de la représentation de l’identité africaine par elle-même et non pas sous le regard, même bienveillant de l’Occidental.
J’ai peu connu l’Afrique. Le peu que j’en ai vu m’a frappé intensément : je n’y comprenais rien et il me faudrait beaucoup apprendre pour m’en approcher. En revanche, je connais l’Asie, en particulier le Vietnam, et j’y ai fait le travail que je n’ai pas pu faire en Afrique. J’ai découvert et pris la mesure de la capacité d’une culture, d’une ethnie, d’une race, à se confronter avec le monde, les épreuves, l’éducation, la morale et le progrès. Juste une caricature pour plaire à ceux qui écument de colère à me lire : Au Vietnam, la règle est d’être « utile à la société », pendant qu’en France on nous serine les « avantages acquis ».
Le nivellement que nous impose le wokisme est le signe le plus évident de la déréliction d’un monde qui ne plus revendiquer ses spécificités parce qu’il ne sait même pas qu’elles existent.
Étendons ce propos au féminisme.
J’ai à ce propos la même opinion. La femme n’est pas l’égale de l’homme , pas le moins du monde et heureusement. Elle en est l’équivalent, c’est à dire qu’elle partage avec lui tous les caractères de l’humanité, mais qu’elle a des spécificités qui lui permettent de se confronter au monde avec des moyens qui lui sont propres. Le féminisme, en prônant que la femme est un homme comme un autre, annihile ce qui est le fondement même de l’existence de la femme, voire de l’homme. Cramponné à une morale désexualisante, cette prise de position dénature l’ensemble des valeurs fondatrices de l’espèce humaine.
La femme et l’homme sont équivalents dans des approches sensiblement différentes de la réalité. J’ai travaillé pendant des années à observer les comportements d’hommes et de femmes face à divers problèmes et situations. Cette différence est enrichissante, productive, stimulante. La dénier est réducteur et dogmatique. Même si cette différence est le fruit de pratiques sociales historiques qui ont accentué les disparités. On s’en fout, tout autant que je me fous de mon héritage néandertalien.
Comme on peut parler d’africanité, on est en droit de parler de féminité. Non pas pour exprimer les exotismes, mais pour mettre en valeur ce qui les constitue et contribue à l’évolution de l’espèce humaine. Là aussi, l’idée de féminité n’est pas celle que se font les hommes, mais celle de la femme sur la femme.
Je vis dans un monde qui a remplacé la domination des gros cons blancs par celle d’humanoïdes incultes et asexués. Je ne suis pas certain qu’on y ait beaucoup gagné.
Oui, bon ! Que proposes-tu sagace satrape pour remédier à l’inconsistance intellectuelle de ton temps ?
Je ne recommande rien car on ne fait pas d’un âne un cheval de course. Je me contente d’observer que, dans mille contrées, toute une jeunesse travaille avec acharnement à se libérer du poids de lois écrites par mille tyrans abrutis par les religions et les idéologies putréfiées par la haine et l’ignorance.
Et il me plait de marcher d’un pas de chancelier vers une vieillesse ironique.
WOKISM AND STUPIDITY
I am impatiently awaiting this famous film where Louis XIV will be a gay transgender of Congolese origin (you know, this region where the inhabitants have an ebony complexion). Am I exaggerating? Come on then! You can’t see a film about the Renaissance without having a minister of African origin. A version of Germinal has a northern tavern run by a good-looking African. Not to mention all these films inspired by famous novels where characters perfectly defined by the author are made into people of the other sect, of a different ethnic group, of unforeseen customs and beliefs.
And so, in the name of a perfectly justified moral norm, but distorted by ignorance, Savonarolism and a certain form of whoredom, culture and literary heritage are quietly distorted.
I have nothing against the ethno-sexual choices of new works, but what the heck, why distort the works and mess with historical reality?
This occurs in a cultural and social environment that has completely collapsed. You only have to read or listen to the media, even the most advanced, to realize that ignorance, illiteracy and narrow thinking predominate in the name of a so-called social diversity.
I know and I maintain that the notion of race has been misused and used for the worst criminal excesses, not only by the Germans, but by all Western cultures. This is absolutely not the subject of my reflection. We have now eradicated the word instead of revising its meaning. Race, in its definition, is a specific variation within a species, generally due to evolutionary adaptation to a constrained environment. The border between races is fractal, that is to say that the closer we bring one race to another, the more the difference becomes blurred, imprecise, interconnected. All this on the basis of a species which shares a fundamentally equivalent biological, psychological and intellectual heritage. There is no superior race and hybridization is the source of all enrichments, and even a key to evolution.
I refuse to mix in the name of double-minded morality, I prefer and advocate the promotion of specific cultures. Today we speak of negritude, of Africanism, that is to say a demand for a historical and cultural heritage and those who refer to it are far from falling into the trap of leveling by ambient mediocrity. And when we talk about Africanness, it is about the representation of African identity by itself and not under the gaze, even benevolent of the Westerner.
I knew little about Africa. What little I saw of it struck me intensely: I didn’t understand anything about it and I would have to learn a lot to get close to it. On the other hand, I know Asia, in particular Vietnam, and I have done the work there that I could not do in Africa. I discovered and took stock of the capacity of a culture, an ethnic group, a race, to confront the world, trials, education, morality and progress. Just a caricature to please those who are foaming with anger reading me: In Vietnam, the rule is to be “useful to society”, while in France we are lectured about “acquired advantages”.
The leveling imposed on us by Wokism is the most obvious sign of the dereliction of a world which no longer claims its specificities because it does not even know that they exist.
Let’s extend this to feminism.
I have the same opinion on this subject. Women are not the equal of men, not in the least and fortunately. It is the equivalent, that is to say that it shares with it all the characteristics of humanity, but that it has specificities which allow it to confront the world with means which are specific to it. Feminism, by advocating that women are men like any other, annihilates what is the very foundation of the existence of women, and even of men. Clinging to a desexualizing morality, this position distorts all of the founding values of the human species.
Women and men are equivalent in significantly different approaches to reality. I have worked for years observing the behavior of men and women when faced with various problems and situations. This difference is enriching, productive, stimulating. To deny it is reductive and dogmatic. Even if this difference is the result of historical social practices which have accentuated the disparities. We don’t care, just as much as I don’t care about my Neanderthal heritage.
As we can speak of Africanness, we are entitled to speak of femininity. Not to express exoticisms, but to highlight what constitutes them and contributes to the evolution of the human species. Here too, the idea of femininity is not that of men, but that of woman on woman.
I live in a world that has replaced the domination of big white idiots with that of uneducated, asexual humanoids. I’m not sure we gained much.
Yes, good! What do you propose, sagacious satrap, to remedy the intellectual inconsistency of your time?
I don’t recommend anything because you don’t make a racehorse out of a donkey. I am content to observe that, in a thousand countries, an entire youth is working relentlessly to free themselves from the weight of laws written by a thousand tyrants stupefied by religions and ideologies putrefied by hatred and ignorance.
And I like to walk with a chancellor’s step towards an ironic old age.
GRAVITÉ
Imaginez que vous vivez dans un monde en deux dimensions. Dans ce monde, il n’y a ni haut, ni bas, ni profondeur. Vous êtes une tache qui se déplace sur la surface d’une Terre absolument plate. Vous n’avez aucune notion de ce que pourrait être le ciel, l’espace. Et si on vous explique que vous êtes attaché à cette surface par une force, vous ne parvenez même pas à comprendre la nature de cette force puisque, par nature, tout est collé à la surface. Le fait que vous ne puissiez pas traverser d’autres taches ou d’autres dessins sur cette surface est la seule manifestation de cette force incompréhensible. Et si quelqu’un vous explique que cette force agit dans une autre dimension que les deux que vous connaissez, vous pouvez l’admettre sans, toutefois, parvenir à vous la représenter. Cela ne veut pas dire que votre personne n’est qu’en deux dimensions, vous ne pouvez tout simplement pas percevoir la troisième dimension de votre corps et de votre environement. Et quand vous essayez de l’imaginer, vous avez souvent recours à la religion qui vous parle d’un autre monde qui a tous les pouvoirs pour vous opprimer, même quand elle est contredite par la science, car l'(homme, même en deux dimensions, est un être magique.
Il en va de même dans notre espace à trois dimensions. Nous constatons chaque jour que les objets tombent toujours vers le bas et nous avons convenu qu’il s’agissait de la gravité expliquée par Galilée et Newton. Puis Einstein est venu et a tout simplement chamboulé toutes nos connaissances en affirmant que la gravité résultait de la courbure de l’espace engendrée par la masse des objets. Une planète aussi massive que la Terre courbe énormément l’espace, au point que tout ce qu’on lâche, au lieu d’orbiter, se rapproche à une vitesse croissante du sol.

Courber l’espace ? Comment peut-on se représenter cela ? Tous les dessins explicatifs se contentent de nous montrer une surface qui se creuse sous le poids de la planète. On peut clairement en constater les effets : les objets tombent réellement. Dans un autre ordre de grandeur, on peut clairement voir la lumière de certaines étoiles être déroutée et offrir à nos yeux une forme en arc de cercle. Mais la courbure de l’espace, en tant que telle, échappe à notre perception. Tout simplement parce que nous vivons dans un monde en trois dimensions qui nous interdit d’en percevoir une de plus.
La gravité opère donc dans une dimension supplémentaire, une quatrième dimension dont nous percevons les effets sans pouvoir nous la représenter.
En définitive, pour nous, êtres de la troisième dimension, il est impossible de se représenter ce que nous sommes dans la quatrième dimension et les multiples autres, tout comme l’être qui se voit comme une tache en deux dimensions est incapable de s’imaginer en volume.
La physique quantique complique encore les choses en nous affirmant que les intrications entre particules opèrent dans des dimensions qui dépassent nos trois bonnes vieilles dimensions de l’espace. Nous pouvons le constater, mais cela défie les principes de nous sens.
Et c’est alors que certains physiciens quantiques nous affirment que nos rêves, ces moments où notre cerveau n’est plus asservi par le poids des connaissances acquises, nous exposent à des manifestations de dimensions supplémentaires, le temps et l’espace, dans les rêves, n’obéissent pas complètement aux lois de notre espace-temps et soulèvent le voile d’un monde infiniment plus complexe. C’est ce qui en fait, d’ailleurs, tout le charme déconcertant qui nous échappe tant quand nous sommes éveillés.

Un film comme Inception tente bien de nous le montrer, sans toutefois à dépasser des effets de zoom et de déformation bien en deçà d’un véritable monde multi-dimensionnel. Nous ne sommes que des taches sur une surface à deux dimensions, incapables d’imaginer la profondeur. A moins que … On peut rêver ! N’allons pas croire que les rêves nous emmènent dans la quatrièmpe dimension et que nos songes sont la représentation de cet univers, ce serait trop beau ou un véritable cauchemar. Non, c’est tout simplement le fait que le rêve fait tomber les barrières de la raison et se rend perméable à des propriétés issues de dimensions différentes. On y assiste à des phénomènes de non-linéarité du temps, à des condensations et expansions de l’espace, à des intrications de phénomènes. Le rêve serait quantique. Mais il ne s’agit là que d’une hypothèse, pour séduisante soit-elle.
GRAVITY
Imagine that you live in a two-dimensional world. In this world, there is no up, no down, no depth. You are a speck moving on the surface of an absolutely flat Earth. You have no concept of what the sky, the space, could be like. And if we explain to you that you are attached to this surface by a force, you cannot even understand the nature of this force since, by nature, everything is stuck to the surface. The fact that you cannot cross other spots or other designs on this surface is the only manifestation of this incomprehensible force. And if someone explains to you that this force acts in another dimension than the two that you know, you can admit it without, however, being able to imagine it. This does not mean that you are only two-dimensional, you simply cannot perceive the third dimension of your body and your environment. And when you try to imagine it, you often resort to religion which tells you of another world which has all the powers to oppress you, even when it is contradicted by science, because man, even in two dimensions, is a magical being.
The same is true in our three-dimensional space. We see every day that objects are always falling downward and we agreed that this was gravity explained by Galileo and Newton. Then Einstein came along and simply turned all our knowledge upside down by asserting that gravity resulted from the curvature of space caused by the mass of objects. A planet as massive as the Earth curves space enormously, to the point that everything we release, instead of orbiting, approaches the ground at an increasing speed.

Curve space? How can we imagine this? All the explanatory drawings are content to show us a surface which is hollowing out under the weight of the planet. We can clearly see the effects: the objects actually fall. In another order of magnitude, we can clearly see the light of certain stars being diverted and presenting an arcuate shape to our eyes. But the curvature of space, as such, escapes our perception. Quite simply because we live in a three-dimensional world which prevents us from perceiving one more.
Gravity therefore operates in an additional dimension, a fourth dimension whose effects we perceive without being able to represent it to ourselves.
Ultimately, for us, beings of the third dimension, it is impossible to imagine what we are in the fourth dimension and the multiple others, just as the being who sees himself as a spot in two dimensions is incapable of imagining himself in volume.
Quantum physics further complicates things by telling us that the entanglements between particles operate in dimensions that go beyond our good old three dimensions of space. We can see it, but it defies the principles of our senses.
And it is then that certain quantum physicists tell us that our dreams, these moments when our brain is no longer enslaved by the weight of acquired knowledge, expose us to manifestations of additional dimensions, time and space, in dreams, do not completely obey the laws of our space-time and lift the veil of an infinitely more complex world. This is what gives it, moreover, all the disconcerting charm that escapes us so much when we are awake.

A film like Inception tries to show us this, without however going beyond zoom and distortion effects well below a true multi-dimensional world. We are just spots on a two-dimensional surface, incapable of imagining depth. Unless… We can dream! Let’s not believe that dreams take us to the fourth dimension and that our dreams are the representation of this universe, that would be too beautiful or a real nightmare. No, it is quite simply the fact that the dream breaks down the barriers of reason and makes itself permeable to properties from different dimensions. We witness phenomena of non-linearity of time, condensations and expansions of space, and entanglements of phenomena. The dream would be quantum. But this is only a hypothesis, however attractive it may be.
MENSONGE ET TYRANNIE
Il n’existe pas d’exemple qu’une tyrannie n’ait pas abouti à l’effondrement du pays qui l’a vu naître. Cela n’a pas commencé avec les deux champions de la tyrannie que furent Hitler et Staline. Ces deux-là étaient à ce point des tyrans que leur déchéance fut à la mesure de leur ignominie.
L’Antiquité n’a pas manqué de tyrans qui se sont succédé à un tel rythme et dans tant de lieux qu’on ne peut discerner leurs effondrements dans le chaos de leurs excès. Il n’en est pas moins vrai que le régime impérial de Rome a succé&dé à une république déliquescente. Son effondrement a donné naissance, après de longues convulsions, à la féodalité qui est tout l’opposé de la monarchie (le roi n’y est qu’un seigneur un peu plus égal que les autres et soumis aux allégeances). Et la féodalité fut remplacée par la monarchie absolue.
En Chine, il est connu que les empereurs les plus tyranniques furent tous remplacés par des régimes de mandarins qui, eux-mêmes, à force de corruption, furent remplacés par des empereurs toujours plus autocratiques. Un mouvement de balancier que la révolution n’a absolument pas rompu.
En France, Louis XIV, pour grand qu’il fut, se transforma vite en un tyran absolu, aussi doué pour les arts que pour la répression. C’est ainsi que, à force d’une autorité sans partage, il coupa le pays de l’État, ce qui fut le germe de la Révolution. On peut lui reconnaître d’avoir contribué à l’unification de la France et au développement de l’industrialisation par les manufactures, mais on ne peut négliger le coût démesuré de son règne qui finit dans la misère, la famine, la colère grandissante d’un peuple bafoué.
Napoléon, dans une moindre mesure n’en finit pas moins sur un îlot éloigné à méditer l’effondrement de son empire. Il aura porté la guerre partout en Europe en se prétendant menacé par des ennemis coalisés. Il aura persécuté les intellectuels et aggravé la censure. Il aura favorisé un quasi génocide en Espagne et rétabli l’esclavage. Pratiquant un culte de sa propre personne exacerbé, il aura ruiné le pays dans ses entreprises sans avenir, tout en plaçant à la tête de nombreux états les membres de sa famille. Il aura aussi fait canoner le peuple à Paris et à Toulon et abandonné ses troupes en déroute en Égypte, en Russie et à Waterloo. Il aura pris le pouvoir par un coup d’état visant à renverser la République naissante et encore instable. On lui doit le fameux Code Civil qu’il se contenta de signer avant de s’asseoir dessus pour avoir l’air plus grand sur son trône. Et pourtant, tout comme Louis XIV, il suscite encore une admiration sans borne, signe d’une propagande si efficace qu’elle lui a survécu des siècles.

Bien entendu, ni Louis XIV, ni Napoléon, ni les principaux tyrans du passé, n’atteignent l’abomination d’Hitler, Staline, Mao et autres monstres des XXième et XXIième siècle, mais le mécanisme est le même et se résume à quelques principes simples.
Le premier principe est la conversion du patriotisme en nationalisme. Alors que le patriotisme consiste en l’amour de son pays, de son peuple, de sa culture et de ses lois, le nationalisme retraduit par la haine de l’étranger, de ceux qui ne partagent pas la culture, la religion, les lois promues par l’état au pouvoir. Le patriotisme est intégrateur, le nationalisme est discriminateur. D’abord sous l’habit de la protection de la patrie, mais très vite mu par la haine et la paranoïa. La frontière entre les deux notions est fragile et facile à franchir, d’autant que les mouvements qui mettent les tyrans au pouvoir se complaisent à revendiquer la patrie pour pratiquer un nationalisme sans frein. De Gaulle, qui a bien été effleuré par l’idée de dictature (censure, contrôle social, planification, centralisme et personnification de l’état), n’a jamais confondu patriotisme et nationalisme ce qui fait qu’il n’a jamais été un tyran. À ceux qui pensent que les référendums sont une preuve de démocratie, il est bon de rappeler que bien des dictatures se sont bâties à partir de plébiscites. Le nationalisme conduit presque naturellement à revendiquer des territoires hors des frontières au motif qu’ils ont un jour appartenu au pays ou qu’ils sont peuplés de groupes ethniques apparentés au notre. Ce qui est un bon motif de faire la guerre afin de récupérer ces territoires ou ces peuples. Le nazisme a poussé le principe bien plus loin en développant l’idée de lebensraum.
Le second principe est la revendication sociale et démocratique. Toutes les tyrannies s’ancrent dans le peuple et la promesse de jours meilleurs pour mieux s’attaquer à la corruption des classes dirigeantes (parlementaires, ploutocrates ou mandarins) accusées de s’enrichir contre le peuple. Et, dans les faits, toutes les tyrannies se développent dans un climat de réalisations spectaculaires propres à soulever l’enthousiasme populaire. Ce sont les lendemains qui chantent du fascisme, du nazisme et du communisme. Lendemains qui chantent beaucoup moins quand l’économie s’effondre à force d’incompétence, de corruption, d’endettement massif et d’effondrement monétaire. Ce qui a pour conséquence d’engendrer la recherche de boucs émissaires dans, et hors le pays.
Le troisième principe est la personnification paranoïaque du pouvoir. Le tyran ne supporte pas l’ombre et tient à ce que tout le pouvoir parte de lui-même et demeure sous son seul contrôle. « L’État, c’est moi » déclarait Louis XIV, ce qui n’est pas le moindre signe de son statut de tyran. Son règne prend racine dans les désordres de la Fronde, ce qui le conduit à se débarrasser de tous ceux qui brillent autant que lui (Fouquet …) et à regrouper l’ensemble du pouvoir autour de lui, à portée de main dans cette prison dorée qu’est Versailles. Hitler, Staline, Mao feront exactement la même chose, mais à une échelle infiniment supérieure, tant dans la personnalisation que dans la paranoïa. La personnification rapproche le tyran du dieu, ce qui a pour avantage de le rendre infaillible, de susciter une ferveur religieuse et considérer ceux qui le remettent en cause comme des hérétiques soumis à la vindicte populaire. En général, les intellectuels ont un esprit plus critique que le peuple facile à endoctriner, ce qui conduit le tyran à s’attaquer en priorité aux intellectuels. Même après leur mort ou leur chute, leur culte reste vivace chez des sectateurs aveuglés par des nostalgies haineuses.
Le quatrième principe est le mensonge et la distorsion de la réalité. Il est bien connu que la propagande est un moteur indispensable au pouvoir. Les meilleurs démocrates du monde sont tenus de faire de la propagande pour rallier les suffrages. Ce n’est donc pas la propagande qui est en cause, mais son contenu. Or les tyrans font la promotion d’un nationalisme haineux pour se dire patriotes. Ils fondent donc leur propagande sur le dénigrement des étrangers ou des minorités dont on fait les boucs émissaires du patriotisme. C’est ainsi qu’on a fait des Juifs des étrangers dans le pays où leur famille était née. De la même manière la propagande des tyrans réécrit l’histoire pour faire des étrangers des ennemis tutélaires et des dangers imminents.
Les tyrans se voient aussi obligés de mentir pour mettre en valeur leurs réalisations économiques et leurs échecs. Ils auront aussi tendance à affirmer que les étrangers vivent dans la misère et l’oppression pour justifier la misère et l’oppression dans laquelle ils ont plongé leur propre pays.
Et le mensonge prendra sa plus grande ampleur en affirmant que seul le tyran peut préserver le pays, son peuple, son état contre les menaces de l’intérieur comme de l’étranger.
Un bon tyran est un bon menteur, sinon, il échoue. Hitler, Staline et Mao furent des menteurs émérites qui ont été crus par la grande majorité de leurs peuples jusqu’à ce qu’un jour la réalité crue ne viennent enfin les démentir et les faire chuter. C’est bien certainement parce qu’il ne pratiquait pas le mensonge pour assurer son pouvoir que Louis XIV échappe à la qualification de tyran et demeure coiffé de l’image de Roi Soleil.
C’est parce qu’il pratique le mensonge comme la clé essentielle de son pouvoir que Poutine a décroché son brevet de tyran criminel digne héritier d’Hitler et Staline.
C’est probablement parce que les médias et les moyens de communiquer rendent le mensonge de plus en plus contingent, que les tyrans d’aujourd’hui sont bien plus vite démasqués et remis en cause. Que ce soit en Iran, en Chine ou en Russie, les dictateurs en place finissent par se trouver confrontés à leurs propres mensonges et à la colère grandissante de leurs propres peuples. Quand le mensonge devient visible, les excès de la tyrannie deviennent insupportables et forcent peu à peu les dictateurs à reculer puis, espérons le, à se prendre les pieds dans le tapis sanglant de leurs exactions.

Hélas, il arrive souvent que les tyrans soient souvent renversés par d’autres tyrans, parfois bien pire encore qu’eux. Il n’est qu’à considérer ce qui suivi le Printemps Arabe. Mais les tyrans sont voués à être rejetés dans les égouts de l’Histoire, surtout quand leurs mensonges ont conduit à la guerre et à la misère de leurs peuples.
Face aux démocrates d’inspiration républicaine et parlementaire, les politiques hérités des régimes tyranniques se construisent comme des candidats tyrans : « La République, c’est moi ! » hurle un héritier du stalinisme, tandis que ses pendant d’extrême droite se font les chantres du racisme et de la xénophobie, tout en se proclamant proches des préoccupations populaires.
Je ne peux que ressentir une sourde inquiétude quant à la démocratie qui porte en elle sa propre fin, tout comme la tyrannie porte la sienne. Il n’est pas innocent que, dans de nombreux pays, des populistes et apprentis dictateurs s’emparent du pouvoir en s’appuyant uniquement sur les lois républicaines et la lassitude d’une foule oublieuse, ingrate et ignorante. Les tentations autocratiques de De Gaulle (Le Génértal), Mitterand (Tonton), Sarkozi (l’hyperprésident) et Macron (Jupiter), sont bien loin de conduire à la tyrannie car, pour personnel que soit leur exercice du pouvoir et abusifs les intérêts de certains, ils reposent sur le respect des institutions républicaines. Les tyrans s’appuient sur la République pour mieux la faire culbuter à leur seul profit.
Vous pouvez aussi lire mon dernier roman qui parle de la tyrannie stalionienne et de ses conséquences sur ma famille :
LIES AND TYRANNY
There is no example of a tyranny not leading to the collapse of the country in which it was born. It did not start with the two champions of tyranny, Hitler and Stalin. These two were such tyrants that their decline was the measure of their ignominy.
Antiquity had no shortage of tyrants who succeeded one another at such a pace and in so many places that one cannot discern their collapses in the chaos of their excesses. It is no less true that the imperial regime of Rome succeeded a decaying republic. Its collapse gave birth, after long convulsions, to feudalism which is the complete opposite of monarchy (the king is only a lord a little more equal than the others and subject to allegiances). And feudalism was replaced by absolute monarchy.
In China, it is known that the most tyrannical emperors were all replaced by regimes of mandarins who, themselves, through corruption, were replaced by ever more autocratic emperors. A pendulum movement that the revolution has absolutely not broken.
In France, Louis XIV, great as he was, quickly transformed into an absolute tyrant, as gifted for the arts as for repression. This is how, by dint of undivided authority, he cut the country off from the State, which was the germ of the Revolution. We can recognize him for having contributed to the unification of France and the development of industrialization through manufacturing, but we cannot neglect the disproportionate cost of his reign which ended in poverty, famine, the growing anger of a flouted people.
Napoleon, to a lesser extent, nevertheless ended up on a distant islet contemplating the collapse of his empire. He carried the war all over Europe, claiming to be threatened by allied enemies. He will have persecuted intellectuals and worsened censorship. He will have favored a near genocide in Spain and reestablished slavery. Practicing an exacerbated cult of his own person, he will have ruined the country in his companies without a future, while placing members of his family at the head of numerous states. He also had the people cannonarded in Paris and Toulon and abandoned his routed troops in Egypt, Russia and Waterloo. He took power through a coup d’état aimed at overthrowing the nascent and still unstable Republic. We owe him the famous Civil Code which he was content to sign before sitting on it to appear taller on his throne. And yet, just like Louis XIV, he still arouses boundless admiration, a sign of propaganda so effective that it has survived for centuries.

Of course, neither Louis
The first principle is the conversion of patriotism into nationalism. While patriotism consists of love for one’s country, its people, its culture and its laws, nationalism translates into hatred of foreigners, of those who do not share the culture, the religion, the laws promoted by the state in power. Patriotism is integrative, nationalism is discriminatory. First under the guise of protecting the homeland, but very quickly moved by hatred and paranoia. The border between the two notions is fragile and easy to cross, especially since the movements which put tyrants in power take pleasure in claiming the homeland to practice unbridled nationalism. De Gaulle, who was well touched by the idea of dictatorship (censorship, social control, planning, centralism and personification of the state), never confused patriotism and nationalism which means that he was never a tyrant. For those who think that referendums are proof of democracy, it is worth remembering that many dictatorships were built on plebiscites. Nationalism almost naturally leads to claiming territories outside the borders on the grounds that they once belonged to the country or that they are populated by ethnic groups related to ours. Which is a good reason to wage war in order to recover these territories or these peoples. Nazism took the principle much further by developing the idea of lebensraum.
The second principle is the social and democratic demand. All tyrannies are anchored in the people and the promise of better days to better tackle the corruption of the ruling classes (parliamentarians, plutocrats or mandarins) accused of enriching themselves against the people. And, in fact, all tyrannies develop in a climate of spectacular achievements capable of arousing popular enthusiasm. These are the tomorrows that sing of fascism, Nazism and communism. Tomorrows which sing much less when the economy collapses due to incompetence, corruption, massive debt and monetary collapse. Which has the consequence of generating the search for scapegoats inside and outside the country.
The third principle is the paranoid personification of power. The tyrant cannot stand the shadow and wants all power to come from himself and remain under his sole control. “The State is me” declared Louis XIV, which is not the slightest sign of his status as tyrant. His reign takes root in the disorders of the Fronde, which leads him to get rid of all those who shine as much as he does (Fouquet, etc.) and to regroup all power around him, within reach in this golden prison that is Versailles. Hitler, Stalin, Mao will do exactly the same thing, but on an infinitely greater scale, both in personalization and in paranoia. Personification brings the tyrant closer to the god, which has the advantage of making him infallible, of arousing religious fervor and considering those who question him as heretics subject to popular vindictiveness. In general, intellectuals have a more critical mind than people who are easy to indoctrinate, which leads the tyrant to attack intellectuals as a priority. Even after their death or fall, their cult remains alive among followers blinded by hateful nostalgia.
The fourth principle is lies and distortion of reality. It is well known that propaganda is an essential engine of power. The best democrats in the world are required to carry out propaganda to win votes. It is therefore not the propaganda that is in question, but its content. But tyrants promote hateful nationalism to call themselves patriots. They therefore base their propaganda on the denigration of foreigners or minorities who are made scapegoats for patriotism. This is how Jews were made foreigners in the country where their family was born. In the same way, the propaganda of tyrants rewrites history to make foreigners tutelary enemies and imminent dangers.
Tyrants are also forced to lie to highlight their economic achievements and their failures. They will also tend to assert that foreigners live in misery and oppression to justify the misery and oppression into which they have plunged their own country.
And the lie will take on its greatest extent by asserting that only the tyrant can preserve the country, its people, its state against threats from within and abroad.
A good tyrant is a good liar, otherwise he fails. Hitler, Stalin and Mao were skilled liars who were believed by the vast majority of their people until one day harsh reality finally came to contradict them and make them fall. It is certainly because he did not practice lies to ensure his power that Louis XIV escapes the qualification of tyrant and remains adorned with the image of Sun King.
It is because he practices lying as the essential key to his power that Putin has earned his patent as a criminal tyrant, worthy heir to Hitler and Stalin.
It is probably because the media and the means of communication make lying more and more contingent that today’s tyrants are much more quickly unmasked and called into question. Whether in Iran, China or Russia, the dictators in place end up finding themselves confronted with their own lies and the growing anger of their own people. When the lie becomes visible, the excesses of tyranny become unbearable and gradually force the dictators to back down and then, hopefully, to get caught in the bloody carpet of their abuses.

Unfortunately, it often happens that tyrants are often overthrown by other tyrants, sometimes even worse than them. Just consider what followed the Arab Spring. But tyrants are doomed to be washed into the sewers of History, especially when their lies have led to war and the misery of their people.
Faced with democrats of republican and parliamentary inspiration, the policies inherited from tyrannical regimes are constructed as tyrannical candidates: “The Republic is me! » shouts an heir of Stalinism, while his far-right counterparts champion racism and xenophobia, while proclaiming themselves close to popular concerns.
I can only feel a dull worry about democracy which carries its own end, just as tyranny carries its own end. It is not innocent that, in many countries, populists and apprentice dictators seize power by relying solely on republican laws and the weariness of a forgetful, ungrateful and ignorant crowd. The autocratic temptations of De Gaulle (Le Génértal), Mitterand (Tonton), Sarkozi (the hyperpresident) and Macron (Jupiter), are far from leading to tyranny because, however personal their exercise of power may be and abusive of the interests of some, they are based on respect for republican institutions. Tyrants rely on the Republic to better bring it down for their sole benefit.
You can also read my latest novel which talks about Stalinist tyranny and its consequences on my family: The Last Cossack :
QUAND LA MOUTARDE ME MONTE AU NEZ

Comment on essaie de nous fourguer une moutarde de pacotille au double du prix de la vraie. Comment le marketing nous trompe sans scrupule sur des produits authentiques.
J’ai beaucoup travaillé pour Unilever. Conseiller en études de marché internationales, j’ai participé au développement de marques et de produits de cette entreprise aux échelons français, européens, voire mondiaux.
A de nombreuses reprises, j’ai pu assister aux jeux de passe-passe marketing qui rendaient acceptables, voire attirant les concoctions de l’entreprise prétendant innover pour exploiter les ressources disparates à sa disposition et les lacunes et les interdits qui limitaient son action.
C’est ainsi que j’ai pu observer, sans trop m’émouvoir, la transformation de l’huile Puget, marque d’un produit traditionnellement français chargé d’authenticité, en un produit international, homogène et fait uniquement d’olive provenant d’Espagne, de Grèce et d’Italie. Aujourd’hui encore, on a du mal à me croire quand j’avertis que Puget n’est plus qu’un nom authentique apposé sur un produit qui ne l’est pas.


Unilever a absorbé bien des marques, tant dans les produits d’entretien que dans l’alimentation. C’est dans ce dernier domaine que cette multinationale s’est emparé de marques emblématiques de la tradition culinaire française. Puget, Amora, Maille, Lesieur, mais aussi de toutes sortes de marques de grande qualité de la gastronomie mondiale comme Lipton, Twinings, Carte d’or et toutes sortes de marques dissimulées dans des entreprises discrètement absorbées.
Sachons seulement que Unilever est la manœuvre dans les pénuries d’huile et de condiments qui ont sévi depuis la guerre d’Ukraine.
Mais pour mieux comprendre ce qui se passe, observons le cas de la moutarde Maille.

La moutarde de Dijon Maille est une sorte de mètre étalon de la moutarde française. Maille, c’est la version luxe d’Amora qui fabrique les mêmes produits pour un petit peu moins cher. Hélas, comme pour l’huile d’olive, Unilever a opté pour répudier les producteurs français pour des origines différents où dominent le Canada, le Népal et la Russie. Rien de France !
La guerre d’Ukraine et les canicules ont bouleversé la production et l’approvisionnement. Et pendant ce temps, la moutarde de Dijon est devenue très à la mode chez les cuisiniers de tous les horizons, notamment les USA. Des gens qui ne savaient rien de la moutarde de Dijon il y a un an.
Pendant un temps, il a fallu faire avec la pénurie : les marketeux ont besoin de temps pour trouver des solutions rentables.
Puis, tout doucement, la moutarde est revenue. D’abord sous des marques locales, périphériques, inconnues, mais heureuses de l’opportunité que le diplodocus américano-hollandais se retourne.

Puis la marque est revenue avec deux produits. Le premier, c’était la moutarde Maille originale. Une moutarde vraie à 100%, sans fard, juste un peu plus chère, mais aussi beaucoup plus forte, aux limites de l’immangeable. Au mieux, elle peut servir à confectionner des cataplasmes comme ceux qu’on m’infligeait dans mon enfance.
Puis est apparu un autre produit, tout ce qu’il y a de plus séduisant, Une sorte de mélange de vraie moutarde forte, de moutarde (52%) à l’ancienne (18%) et de plein de trucs, dont de la pomme de terre (40%) qui font qu’on ne peut pas appeler cette mixture moutarde. On se contente de la présenter exactement comme une moutarde.


Contrairement à la moutarde devenue volcanique, ce nouveau produit nous offre un goût agréable, peu éloigné de celui de la moutarde à laquelle on était habitué.
En passant, on réduit la contenance de 360g à 320g et on fait passer le prix de 1,85 € à 2,79€, ce qui correspond à une augmentation de pas loin du double du prix pour un produit à la composition plus que douteuse.
C’est ainsi que le marketing vous prend par la main pour vous conduire d’un produit authentique à une soupe frelatée que l’on vous vent à un prix indécent pour le plus grand profit d’actionnaires qui n’ont jamais entendu parler de moutarde, de Dijon, d’authenticité.
Si je vous parle de cet exemple particulièrement édifiant, c’est parce qu’il ne constitue pas une exception, mais une tendance qui est en vogue chez les multinationales de production comme de distribution. Je crois qu’on parle de « downsizing », sorte d’euphémisme pour dire qu’on vous prend pour ce que vous n’êtes pas.
WHEN THE MUSTARD RUNS UP MY NOSE

How they try to sell us a cheap mustard at double the price of the real thing. How marketing shamelessly misleads us about authentic products.
I worked a lot for Unilever. Advisor in international market research, I participated in the development of this company’s brands and products at French, European and even global levels.
On numerous occasions, I was able to witness the marketing sleight of hand which made acceptable, even attractive, the concoctions of the company claiming to innovate to exploit the disparate resources at its disposal and the gaps and prohibitions which limited its action.
This is how I was able to observe, without getting too moved, the transformation of Puget oil, a brand of a traditionally French product full of authenticity, into an international, homogeneous product made only from olives from Spain, Greece and Italy. Even today, it is hard to believe me when I warn that Puget is nothing more than an authentic name affixed to a product that is not.


Unilever has absorbed many brands, both in cleaning products and in food. It is in this last area that this multinational has taken over brands emblematic of the French culinary tradition. Puget, Amora, Maille, Lesieur, but also all kinds of high-quality brands from world gastronomy like Lipton, Twinings, Carte d’or and all kinds of brands hidden in discreetly absorbed companies.
Let us just know that Unilever is the maneuver in the shortages of oil and condiments which have raged since the Ukrainian war.
But to better understand what is happening, let’s look at the case of Maille mustard.

Dijon Maille mustard is a sort of benchmark for French mustard. Maille is the luxury version of Amora which makes the same products for a little less money. Unfortunately, as with olive oil, Unilever has opted to repudiate French producers for different origins where Canada, Nepal and Russia dominate. Nothing from France!
The Ukrainian war and heatwaves disrupted production and supplies. And during this time, Dijon mustard has become very fashionable among cooks from all walks of life, especially in the USA. People who knew nothing about Dijon mustard a year ago.
For a time, we had to deal with shortages: marketers need time to find profitable solutions.
Then, slowly, the mustard returned. First under local, peripheral, unknown brands, but happy for the opportunity that the American-Dutch diplodocus is turning around.

Then the brand came back with two products. The first was the original Maille mustard. A 100% real mustard, without makeup, just a little more expensive, but also much stronger, bordering on inedible. At best, it can be used to make poultices like those that were inflicted on me as a child.
Then another product appeared, the most attractive, a sort of mixture of real hot mustard, old-fashioned mustard (52%) and lots of stuff, including potato (40%) which means that this mixture cannot be called mustard. We just present it exactly like a mustard.


Unlike mustard which has become volcanic, this new product offers us a pleasant taste, not very different from that of the mustard to which we are accustomed.
By the way, we are reducing the capacity from 360g to 320g and we are increasing the price from €1.85 to €2.79, which corresponds to an increase of almost double the price for a product with a more than doubtful composition.
This is how marketing takes you by the hand to lead you from an authentic product to an adulterated soup that is sold to you at an indecent price for the greater benefit of shareholders who have never heard of mustard, of Dijon, of authenticity.
If I tell you about this particularly edifying example, it is because it is not an exception, but a trend that is popular among production and distribution multinationals. I think we’re talking about « downsizing », a sort of euphemism to say that you are taken for what you are not.
DE LA DÉCADENCE DE LA CULTURE AU COURAGE D’APPRENDRE

Quand un gouvernement perd toute sa crédibilité à dire n’importe quoi, à agir au gré des circonstances et dans le seul souci de calmer les esprits sous la houlette d’un président qui hésite entre l’autocratie et la vulgarité.
Quand une jeunesse désœuvrée, devenue ignare, inculte, débilitée par les médias et un sport d’équipe qui se joue naturellement avec la partie la plus éloignée du cerveau se met à manifester sa rage contre tout ce qui l’entoure, soutenue en cela par les réseaux sociaux.
Quand une population d’immigrés, même de générations anciennes s’empare de quartiers entiers, de villes entières, parce qu’elle n’a pas de place ailleurs, parce que les bons Français ne veulent pas d’elle, et abandonne sa jeunesse aux pires excès.
Quand une police, que l’on a déguisée en cow-boys ou en Terminators, exaspérée par sa fonction de maintien de l’ordre, se met à agir comme on l’a costumée, elle dégaine et elle tire comme on le lui a montré dans les films.
Quand les bons Français passent leur temps à se plaindre de leur travail et à préférer manifester à l’envi contre les contraintes de l’époque, servant d’exemple à leur progéniture en mal d’idéaux.
Quand toutes sortes de mouvements, allant des séides du stalinisme et héritiers du nazisme, en passant par des idéalismes imbéciles et des théories absurdes, ignorantes de la réalité du monde, occupent le devant de la scène par leurs éructations.
Quand on revoit la littérature et la langue pour les édulcorer, les euphémiser jusqu’à l’imbécilité, que plus personne ne sait écrire la langue, avec la bénédiction de linguistes idiots. Ce pays ne parle plus la langue de Molière, il bave la crétinerie des rappeurs de seconde zone.
Il ne reste plus de terreau pour que pousse une jeunesse digne de son futur.
Des générations d’immigrés font le travail que nous méprisons avec suffisance. Elles le font honnêtement avec un courage que j ‘aimerais bien connaître chez les bons Français.
Je vois arriver du Vietnam des jeunes gens, garçons et filles, qui débarquent avec le seul bagage d’un français étudié pendant un an à Hanoï ou Saigon. Ils vivent dans des colocations souvent affreuses, inconfortables et coûteuses. Ils parviennent à se dégoter des stages, des alternances, un travail de jour et un autre le soir, tout en travaillant à leurs diplômes. Ils parlent volontiers leur langue, la nôtre et, bien sûr, l’anglais.
Bien entendu, ils travaillent, ne se plaignent jamais et réussissent tous à obtenir des diplômes qui assureront leur avenir. Tous ne sont pas des génies, tous sont animés d’une seule volonté, acquérir le savoir, préparer la société de demain.
Et pendant ce temps là, des hordes d’imbéciles désoeuvrés, se promènent masqués par des cagoules, détruisant tout ce qu’ils trouvent et, avant tout, leur avenir.
J’admire mille fois plus les immigrés qui ont le courage de faire leur chemin en France que cette population qui est devenue la plus bête du monde.
Pourquoi faut-il qu’à la république des grands esprits succède la tyrannie des imbéciles ?
FROM CULTURAL DECADE TO THE COURAGE TO LEARN

When a government loses all its credibility by saying anything, by acting according to circumstances and with the sole aim of calming minds under the leadership of a president who hesitates between autocracy and vulgarity.
When an idle youth, who has become ignorant, uneducated, debilitated by the media and a team sport which is naturally played with the furthest part of the brain, begins to manifest its rage against everything around it, supported in this by social networks.
When a population of immigrants, even older generations, takes over entire neighborhoods, entire cities, because they have no place elsewhere, because the good French don’t want them, and abandons their youth to the worst excesses.
When a police force, which we have disguised as cowboys or terminators, exasperated by their function of maintaining order, begins to act as we have costumed them, they draw and they shoot as they were shown in the films.
When good French people spend their time complaining about their work and preferring to demonstrate against the constraints of the time, serving as an example to their offspring in need of ideals.
When all kinds of movements, ranging from the minions of Stalinism and heirs of Nazism, through imbecile idealisms and absurd theories, ignorant of the reality of the world, occupy the front of the stage with their belching.
When we review literature and language to water them down, euphemize them to the point of imbecility, that no one knows how to write the language anymore, with the blessing of idiot linguists. This country no longer speaks the language of Molière, it drools over the stupidity of second-rate rappers.
There is no more soil left for young people worthy of their future to grow.
Generations of immigrants are doing the work we smugly despise. They do it honestly with a courage that I would like to know among good French people.
I see young people arriving from Vietnam, boys and girls, who arrive with only the baggage of a Frenchman who studied for a year in Hanoi or Saigon. They live in shared accommodation that is often awful, uncomfortable and expensive. They manage to find internships, work-study programs, a day job and another in the evening, while working on their diplomas. They happily speak their language, ours and, of course, English.
Of course, they work, never complain and all manage to obtain diplomas that will ensure their future. Not all are geniuses, all are driven by a single desire, to acquire knowledge, to prepare the society of tomorrow.
And meanwhile, hordes of idle idiots are walking around masked by balaclavas, destroying everything they find and, above all, their future.
I admire the immigrants who have the courage to make their way in France a thousand times more than this population which has become the stupidest in the world.
Why must the republic of great minds be succeeded by the tyranny of imbeciles?
DU RÉALISME EN PHOTOGRAPHIE
C’est l’éternel débat de la carte et du territoire.
On lit souvent, chez certains photographes (surtout amateurs), qu’ils ne retouchent surtout pas leurs photos car ils tiennent à ne pas déformer la réalité de ce qu’ils ont vu. C’est, de la part de ces gens, faire peu de cas, ne serait-ce que du regard. Notre œil est le premier filtre qui transforme radicalement la réalité qu’un chat voit tout à fait différemment de nous.
Puis viennent la pellicule, ou désormais, le capteur qui n’enregistrent que ce qu’ils peuvent de cette réalité qui est passée à travers un objectif qui a inscrit son angle et sa profondeur de champ. Les adeptes du 50mm affirment qu’il s’agit de l’objectif qui reproduit le mieux la vision humaine, ce qui est un vœu pieux des tenants d’un réalisme aussi intact qu’illusoire.


Turner et Canaletto ont regardé Venise avec leurs yeux et n’ont pas du tout vu la même chose, le premier était myope comme une taupe, l’autre était architecte. Il en va de même de la photographie. Elle produit des images qui sont la transcription d’un regard chargé de ses caractères spécifiques. Doisneau et Cartier Bresson n’ont jamais cherché à reproduire la prétendue réalité, mais à exprimer le regard qu’ils portaient sur elle. Ce n’est pas pour rien qu’ils ont presque toujours préféré le noir et blanc qui épure la réalité pour n’en garder que l’essence formelle.


La photographie est une discipline, un art, au conservatisme tenace. La plupart des photographes ont refusé longtemps le numérique pour mille motifs qui se sont vite avérés faux. Il suffit de savoir qu’un capteur de 10 MP est à lui seul bien supérieur à la plupart des pellicules 24 x 36 et que, désormais, les capteurs sont infiniment supérieurs à tout ce qui a pu être fait en argentique. Mais cela n’empêche pas cette nostalgie qui fait que les appareils photos numériques continuent encore d’imiter les bons vieux réflexes et tous leurs défauts hérités de technologies dépassées.
C’est un peu comme dans l’industrie musicale où certains ne jurent plus que par le vinyle alors que les technologies numériques « lossless » sont infiniment plus performantes, au nom de nostalgies pour des époques qu’ils n’ont pas connues.
Pourtant, le progrès avance, indifférent aux réticences et conservatismes. Et, avec lui, le débat du réalisme continue de battre son plein. Les smartphones proposent des images aux qualités visuelles de plus en plus stupéfiantes, rendant souvent le recours à un gros appareil superflu. 40 MP sont devenus courants et le post traitement des logiciels du smartphone fait le reste. Ce n’est sûrement pas aussi proche de la réalité que prônent les tenants de la photo réaliste, mais ce sont des images qui flattent l’œil et la mémoire. Et c’est ce qu’on attend d’une image, qu’elle soit photographique ou autre. Car la photo est l’héritière de la peinture qui montre autant qu’elle voit. Les traitement « live », les capacités HDR, les dispositifs faisant varier la profondeur de champ, sont autant de moyens de multiplier les points de vue sur cette fameuse réalité immuable et cependant mouvante.

Cette photo réalisée sans trucage montre une réalité altérée par la prise dez vue qui donne la sensation que l’avion s’est arrêté à un feu rouge.
Puis les logiciels de retouche, à commencer par l’incontournable Photoshop, permettent de revisiter l’image au gré de celui qui veut la voir comme ceci ou comme cela. La retouche « générative » permet d’augmenter cette réalité de tout ce qui permet d’en effacer les imperfections. Parce que les inventeurs de toutes ces procédures n’ont pas l’esprit encombré par les préjugés réalistes, ils nous livrent tout ce qui permet à l’image de se modeler au gré de notre imagination. Et c’est cela que j’aime avant tout. J’aime retravailler à l’infini des images que j’ai saisies au vol, dans l’instant, au hasard de mes regards, et les faire s’envoler au gré de ma fantaisie.

Je pars toujours en voyage avec mon sac photo bourré d’appareils et d’objectifs coûteux Et, lorsque je rentre, je me rends compte que je n’ai utilisé que mon smartphone qui, lui, ne pèse presque rien et est toujours à portée de ma main et de mon œil. Puis, à partir de ce matériau brut, je fais des images.
REALISM IN PHOTOGRAPHY
It is the eternal debate of the map and the territory.
We often read, among certain photographers (especially amateurs), that they do not retouch their photos because they want to not distort the reality of what they have seen. This is, on the part of these people, showing little regard, even if only with a glance. Our eye is the first filter that radically transforms reality that a cat sees completely differently from us.
Then comes the film, or now, the sensor which only records what it can of this reality which has passed through a lens which has recorded its angle and depth of field. Fans of the 50mm claim that it is the lens that best reproduces human vision, which is wishful thinking for those who believe in a realism that is as intact as it is illusory.


Turner and Canaletto looked at Venice with their own eyes and did not see the same thing at all, the first was as short-sighted as a mole, the other was an architect. The same goes for photography. She produces images which are the transcription of a look charged with its specific characteristics. Doisneau and Cartier Bresson never sought to reproduce so-called reality, but to express the way they viewed it. It is not for nothing that they almost always preferred black and white which purifies reality to retain only its formal essence.


Photography is a discipline, an art, with tenacious conservatism. Most photographers refused digital for a long time for a thousand reasons which quickly turned out to be false. You just need to know that a 10 MP sensor alone is much superior to most 24 x 36 film and that, from now on, sensors are infinitely superior to anything that has been done on film. But that does not prevent this nostalgia which means that digital cameras still continue to imitate the good old reflexes and all their faults inherited from outdated technologies.
It’s a bit like in the music industry where some people no longer swear by vinyl while « lossless » digital technologies are infinitely more efficient, in the name of nostalgia for eras they have not known.
However, progress advances, indifferent to reluctance and conservatism. And, with it, the realism debate continues to be in full swing. Smartphones offer images with increasingly stunning visual qualities, often making the use of a large device superfluous. 40 MP have become common and the post-processing of smartphone software does the rest. It is certainly not as close to reality as proponents of photo realistic advocate, but they are images that flatter the eye and the memory. And that’s what we expect from an image, whether photographic or otherwise. Because photography is the heir of painting which shows as much as it sees. “Live” processing, HDR capabilities, devices that vary the depth of field, are all means of multiplying the points of view on this famous immutable yet moving reality.

This photo taken without special effects shows a reality altered by the shooting which gives the sensation that the plane has stopped at a red light.
Then retouching software, starting with the essential Photoshop, allows you to revisit the image as you wish to see it like this or like that. “Generative” retouching makes it possible to augment this reality with everything that allows imperfections to be erased. Because the inventors of all these procedures do not have their minds cluttered by realistic prejudices, they give us everything that allows the image to be shaped according to our imagination. And that’s what I love above all. I like to endlessly rework images that I have captured on the fly, in the moment, at random glances, and make them fly away according to my imagination.

I always go on a trip with my camera bag stuffed with expensive cameras and lenses. And when I come home, I realize that I only used my smartphone, which weighs almost nothing and is always within reach of my hand and my eye. Then, from this raw material, I make images.
À QUI PROFITE LE CRIME ?
Je contemple avec horreur l’agression du Hamas contre Israël.
Comme le reste du monde civilisé, je condamne ce crime qui combine l’inhumanité et la stupidité. Tout le monde sait cela.
Puis je me pose une question digne de Columbo et Hercule Poirot : À qui profite le crime ?
Nous savons tous que Benjamine Netanyahu est un homme d’extrême droite qui a appris beaucoup de ceux qui ont exterminé ses coreligionnaires. Sa politique prospère depuis de nombreuses années et cherche à accroitre ses effets en dépit de l’opposition de nombreux Juifs humanistes réduits au silence par ses agissements ainsi que ceux des factions les plus ultra-orthodoxes qui sévissent dans son pays.
En d’autres termes il ne faut condamner ni l’Islam, ni je judaïsme, mais seulement l’extrémisme et l’intolérance.
Nous savons tous que le Hamas est un de ces groupes religieux et terroristes aveuglé par ses haines.
Nous savons tous que le Mossad est l’un des plus efficaces service de renseignement au monde.
Nous savons tous que la Bande de Gaza et la Cisjordanie sont des ambitions d’annexion par l’extrême droite israélienne.
Il est désormais connu que les préparatifs du Hamas étaient connus d’Israël bien avant leur attaque. Les médias ont fait état de témoignage des préparatifs de l’agression.
Et puis le monde a été surpris et épouvanté par cette action criminelle qui a couté la vie à plus de mille Israéliens et à des occidentaux de passage.
La condamnation mondiale par les pays qui soutiennent Israël a été immédiate, unanime et s’est même étendue aux pays arabes, tant l’agression était ignoble et, que pour certains de ces pays, les actes de terrorisme religieux et politique sont aussi un risque patent.
La réponse du gouvernement israélien ne s’est pas faite attendre, tant sur le terrain que dans ses propos. Des tapis de bombes sur Gaza, des « singes d’apparence humaine »… Autant dire que ceux qui sont à la tête d’Israël aujourd’hui ont trouvé un motif d’agir avec la plus grande violence contre des Palestiniens qui n’ont jamais souhaité la disparition d’Israêl, seulement le droit de vrivre sur la terre de leurs ancêtres.
Mon sentiment est que la bande de Gaza va cesser d’exister, il est aussi que la Cisjordanie sera totalement annexée sans que personne ne daigne contester cette invasion non reconnue par la communauté internationale. Ce que je pense peut naturellement être faux, le Hamas a toujours brillé par son sens stratégique et la subtilité de ses opérations. En revanche, je n’ai jamais douté de la malveillance de Bibi, prêt à tout pour faire triompher ses idées douteuses.
Et je me pose toujours la question d’à qui profite le crime. Une question qui ne me rend pas antisémite, ni même anti-israélien. Une question qui interroge la conscience de ceux qui gouvernent leur pays au nom de leurs haines et préjugés.

Comme bien des gens, la question de cet antagonisme meurtrier se pose à moi. Les peuples juifs et palestiniens sortent du même moule, ont traversé l’histoire, chacun à sa manière et pour son propre malheur, ont occupé la même terre et, depuis trois quarts de siècle sont amenés à voir cohabiter trois religions monothéistes, toutes issues des mêmes mythes et prônant la tolérance. On se prend parfois de l’espoir de les voir se réconcilier et construire ensemble un avenir radieux.
Mais c’est sans compter avec la folie criminelle qui anime les factions extrémistes qui exhibent les morts comme des trophées. Et, après tout cela, n’allez pas croire que cela va changer !
WHO BENEFITS FROM CRIME?
I contemplate with horror the aggression of Hamas against Israel.
Like the rest of the civilized world, I condemn this crime which combines inhumanity and stupidity. Everyone knows this.
Then I ask myself a question worthy of Columbo and Hercule Poirot: Who benefits from the crime?
We all know that Benjamin Netanyahu is a far-right man who learned a lot from those who exterminated his co-religionists. His policy has prospered for many years and seeks to increase its effects despite the opposition of many humanist Jews silenced by his actions as well as those of the most ultra-orthodox factions plaguing his country.
In other words, neither Islam nor Judaism should be condemned, but only extremism and intolerance.
We all know that Hamas is one of those religious and terrorist groups blinded by its hatred.
We all know that Mossad is one of the most effective intelligence services in the world.
We all know that the Gaza Strip and the West Bank are ambitions for annexation by the Israeli far right.
It is now known that Hamas’s preparations were known to Israel well before their attack. The media reported testimony of preparations for the attack.
And then the world was surprised and appalled by this criminal action which cost the lives of more than a thousand Israelis and passing Westerners.
The global condemnation by countries that support Israel was immediate, unanimous and even extended to Arab countries, as the aggression was despicable and, for some of these countries, acts of religious and political terrorism are also a clear risk.
The response from the Israeli government was not long in coming, both on the ground and in its comments. Carpet bombs on Gaza, “monkeys in human appearance”… Suffice to say that those who are at the head of Israel today have found a reason to act with the greatest violence against Palestinians who never wanted the disappearance of Israel, only the right to live in the land of their ancestors.
My feeling is that the Gaza Strip will cease to exist, it is also that the West Bank will be totally annexed without anyone deigning to contest this invasion not recognized by the international community. What I think may naturally be false; Hamas has always stood out for its strategic sense and the subtlety of its operations. On the other hand, I never doubted the malevolence of Bibi, ready to do anything to make his dubious ideas triumph.
And I always ask myself the question of who benefits from the crime. A question that does not make me anti-Semitic, or even anti-Israeli. A question that questions the conscience of those who govern their country in the name of their hatred and prejudices.

Like many people, the question of this murderous antagonism arises for me. The Jewish and Palestinian peoples come from the same mold, have gone through history, each in their own way and to their own misfortune, have occupied the same land and, for three quarters of a century, have seen three monotheistic religions coexist, all coming from the same myths and promoting tolerance. We sometimes hope to see them reconcile and build a bright future together.
But that’s without taking into account the criminal madness that drives the extremist factions who display the dead like trophies. And, after all this, don’t think that this will change!
QUE J’AIME TA DOULEUR !
C’était en juillet 1996, nous avions été invités à Vancouver pour animer des groupes de travail pendant un congrès consacré au SIDA. Le thème de nos groupes était le traitement de la douleur. C’étaient des groupes francophones, donc composés de médecins français et francophones.
J’avais annoncé à mon premier groupe que je n’étais pas médecin, ce qui avait suscité chez un abominable mandarin de la faculté de Paris une réflexion : « ça commence bien ! »

Sous son autorité, le groupe est parti comme un seul homme sur le thème qu’il faut bien souffrir pour guérir. Puis on est allé baguenauder dans les sous-bois de la douleur subjective et, enfin on s’est échoué dans les marais de la douleur signal ou de la douleur qui soigne en te révélant à toi-même.
Les médecins francophones du groupe, venant du Canada et de n’importe où sauf de France, furent absolument révoltés par cette doxa menée par mon mandarin qui avait une jambe dans le plâtre, posée sur un tabouret.
C’est alors qu’un de ses confrères, un médecin canadien d’un format de bucheron chasseur d’ours, lui appliqua une très amicale bourrade sur la jambe qui tira au vieux Diafoirus un hurlement de douleur et un chapelet de jurons et insultes.
« Eh bah vous voilà révélé à vous-même ! » lui fit le généreux chirurgien.
Le bonhomme n’intervint plus qu’avec beaucoup de prudence.
Le groupe s’accorda rapidement à constater que la France était un des pays où la notion de douleur est la moins prise en compte dans tout le monde.
Les clichés judéo-chrétiens sur la douleur rédemptrice dansaient la valse avec la trop grande sensibilité à la souffrance et la méfiance pour l’antalgie qui masque le symptôme.
Quand on leur rappelait l’adage de « primum non nocere », ils répondaient que cela avait des limites. A cela s’ajoutait une critique, parfois justifiée, des dangers de l’anesthésie et de la nocivité démontrée des anti-douleurs, de l’aspirine à la morphine.
Certains jeunes médecins, français, comme francophones, s’insurgèrent violemment contre cette doxa de la souffrance utile. Je me souviens, en particulier de ce pédiatre qui avait vu trop d’enfants hurler pour ne pas s’être fait la religion de ne jamais les faire souffrir.
Il est absolument vrai que l’usage des antalgiques s’est transformé en une épidémie d’addiction aux substances morphiniques dans des pays tels que les États-Unis. Mais, c’est jeter le bébé avec l’eau du bain. Un vrai médecin sait sevrer son patient quand les sources de douleurs sont éteintes. Le mauvais médecin n’est pas celui qui traite efficacement la douleur, c’est celui qui abandonne son patient à une addiction.
En travaillant depuis des décennies sur la douleur sur le marché français, pour étudier les attitudes et comportements vis-à-vis de la douleur, j’ai pu vérifier, année après année, que la situation à très peu évolué.

La priorité n’a jamais été de supprimer la douleur, mais tout simplement pouvoir intervenir sans être gêné. L’anesthésie est toujours considérée comme une pratique à risque, qu’il faut maintenir à son niveau minimal.
La connaissance même des canaux de la douleur est extrêmement lacunaire. Alors que des recherches tout à fait respectables ont démontré que la douleur n’est pas seulement neuronale mais qu’elle se transmet par d’autres canaux souvent inattendus tels que la vibration et la résonnance.
J’en ai fait l’expérience récemment chez mon dentiste. C’est un jeune chirurgien moderne et empathique. Sa première promesse a été que je ne sentirais absolument rien, sauf, peut-être, la première piqure d’anesthésique.
Lorsque j’ai fait un premier saut de carpe sous l’effet de sa foreuse à vibration, il s’est trouvé complètement confus. Il m’a affirmé que je n’avais rien senti à ces coups de bistouri, que sa machine était prévue pour adoucir l’impact du forage dans l’os et, enfin qu’il n’y avait aucun nerf dans cette région. Alors, pourquoi ressentis-je une douleur fulgurante allant jusque dans le bras ?
Il n’en savait rien. En médecin moderne, très éloigné de mon mandarin et très habitué à soigner des enfants dont aucun ne me semblait craindre d’aller se faire soigner par lui, je suis persuadé qu’il a, de longue date, intégré la nécessité de maîtriser la douleur.
Mais, dans le même temps, nul n’échappe aux conditions préalables de son éducation. Mon sympathique dentiste a forcément reçu l’enseignement d’un confrère de mon mandarin malveillant, ce qui l’aura amené, probablement, à s’en démarquer, tout en marquant la mesure d’un équilibre entre le trop et le pas assez. Ce qui ne peut qu’avoir des conséquences discutables.
Le débat est loin d’être clos car c’est le concept même de douleur qui demeure extrêmement lacunaire. Lors de ce fameux congrès, la conception que l’on a de la douleur, celle qui prévaut partout dans les corps médicaux, est insuffisante, simpliste et mal maîtrisée.
Ma meilleure amie est assommée de perfusions massives de morphine tandis qu’elle revient d’une opération effroyable, sacrifiant sa conscience et sa santé à l’ignorance de la douleur.
La logique rationnelle à la Claude Bernard, action-réaction, est profondément impuissante face à cette dimension inconnue que notre logique judéo-chrétienne nous a enseigné de mépriser tout en faisant l’apologie de la mortification salvatrice.
À cette vision judéo-chrétienne, ou plutôt judéo-catholique, il convient d’opposer le regard protestant qui considère le corps comme un temple sacré qui ne doit jamais être profané par la souffrance. Et, comme par hasard, un praticien américain pratiquera des anesthésies infiniment plus fortes, prescrira des antalgiques jusqu’à l’excès pour se prémunir de tout risque de douleur. Cela ne veut pas dire qu’il connaît mieux les mécanismes de cette dernière, mais l’attitude est clairement opposée. De ce fait, on peut se poser la question du juste milieu et progrès qui tardent à venir.
Il y a un quart de siècle, les médecins de ce congrès en étaient venus à se donner le projet de comprendre la douleur pour mieux la maitriser. Une génération entière et aucun progrès ne s’est produit. Pas même dans le domaine des antalgiques où règne le paracétamol depuis 150 ans, l’aspirine et l’opium, sous la forme de morphine ou de codéine, qui n’a pas d’âge. Les corticoïdes et les AINS sont également des vieilleries déjà en usage chez les hommes de Néandertal.
Ça me fait mal !Ça me fait mal !
I LOVE YOUR PAIN!
It was in July 1996, we were invited to Vancouver to lead working groups during a conference devoted to AIDS. The theme of our groups was pain treatment. These were French-speaking groups, therefore composed of French and French-speaking doctors.
I had announced to my first group that I was not a doctor, which had prompted a remark from an abominable mandarin at the Paris faculty: “That’s a good start! »

Under his authority, the group started as one on the theme that one must suffer to heal. Then we wandered around in the undergrowth of subjective pain and, finally, we ended up stranded in the swamps of signal pain or pain that heals by revealing yourself to yourself.
The French-speaking doctors in the group, coming from Canada and anywhere except France, were absolutely revolted by this doxa led by my mandarin who had one leg in a cast, placed on a stool.
It was then that one of his colleagues, a Canadian doctor of the stature of a bear-hunting lumberjack, gave him a very friendly shove on the leg which elicited from old Diafoirus a howl of pain and a string of curses and insults.
“Well, here you are revealed to yourself! » said the generous surgeon.
The man only intervened with great caution.
The group quickly agreed that France was one of the countries where the notion of pain is least taken into account in the entire world.
Judeo-Christian clichés on redemptive pain waltzed with too much sensitivity to suffering and distrust of analgesia which masks the symptom.
When reminded of the adage “primum non nocere,” they responded that it had limits. Added to this was criticism, sometimes justified, of the dangers of anesthesia and the proven harmfulness of painkillers, from aspirin to morphine.
Some young doctors, both French and French-speaking, violently rebelled against this doctrine of useful suffering. I remember, in particular, this pediatrician who had seen too many children screaming not to have made it a religion never to make them suffer.
It is absolutely true that the use of painkillers has transformed into an epidemic of opioid addiction in countries such as the United States. But that’s throwing the baby out with the bathwater. A real doctor knows how to wean his patient when the sources of pain are gone. The bad doctor is not the one who treats pain effectively, it is the one who abandons his patient to an addiction.
By working for decades on pain on the French market, to study attitudes and behaviors towards pain, I have been able to verify, year after year, that the situation has changed very little.

The priority has never been to eliminate pain, but simply to be able to intervene without being embarrassed. Anesthesia is still considered a risky practice, which must be kept at a minimum level.
Even the knowledge of pain channels is extremely incomplete. While very respectable research has demonstrated that pain is not only neuronal but that it is transmitted through other often unexpected channels such as vibration and resonance.
I experienced this recently at my dentist. He is a young, modern and empathetic surgeon. His first promise was that I would feel absolutely nothing, except, perhaps, the first injection of anesthetic.
When I first made a carp jump under the effect of his vibration drill, he found himself completely confused. He told me that I had felt nothing from these scalpel strokes, that his machine was designed to soften the impact of drilling into the bone and, finally, that there was no nerve in this region. So why did I feel a searing pain all the way up my arm?
He didn’t know anything about it. As a modern doctor, very far from my Mandarin and very used to treating children, none of whom seemed to me to fear being treated by him, I am convinced that he has, for a long time, understood the need to control pain.
But, at the same time, no one escapes the prerequisites of their education. My friendly dentist necessarily received teaching from a colleague of my malicious mandarin, which will probably have led him to stand out from it, while marking the measure of a balance between too much and not enough. Which can only have questionable consequences.
The debate is far from over because it is the very concept of pain that remains extremely incomplete. During this famous congress, the conception we have of pain, that which prevails everywhere in medical professions, is insufficient, simplistic and poorly controlled.
My best friend is blasted with massive morphine drips as she returns from a horrific operation, sacrificing her consciousness and health to ignoring the pain.
The rational logic of Claude Bernard, action-reaction, is profoundly powerless in the face of this unknown dimension that our Judeo-Christian logic has taught us to despise while advocating saving mortification.
To this Judeo-Christian, or rather Judeo-Catholic, vision, it is appropriate to oppose the Protestant view which considers the body as a sacred temple which must never be desecrated by suffering. And, as if by chance, an American practitioner will practice infinitely stronger anesthesia and prescribe excessive painkillers to protect against any risk of pain. This does not mean that he knows the mechanisms of the latter better, but the attitude is clearly the opposite. Therefore, we can ask ourselves the question of the golden mean and progress which is slow to come.
A quarter of a century ago, the doctors at this conference came to the goal of understanding pain in order to better control it. An entire generation and no progress has happened. Not even in the field of analgesics where paracetamol has reigned for 150 years, aspirin and opium, in the form of morphine or codeine, which has no age. Corticosteroids and NSAIDs are also old items already in use among Neanderthals.
It hurts!
LA DÉMOCRATIE EST-ELLE LE PIRE DES RÉGIMES ?
Ce que Winston Churchill affirmait, lui qui n’était en rien le plus grand des démocrates, c’était qu’elle était le pire des régimes, à l’exception de tous les autres.
Il faut bien admettre que la démocratie moderne s’appuie sur les grands principes que la devise de la France résume si bien : Liberté, Égalité, Fraternité. C’est selon ces trois principes que le plus humble des citoyens devient l’égal du plus puissant des richissimes.
La démocratie naît en général de l’abolition des royautés. Elle se construit sur le reniement des privilèges, de la supériorité de classe et de l’iniquité des puissants. Les lettres de cachet finissent toujours par soulever les foules.
Dans son principe, la démocratie est le plus vertueux des régimes car elle met fin à l’injustice. Elle naît sur les vestiges d’un renversement. Ce n’est donc pas dans son intention première qu’on peut accuser la démocratie d’être le pire des régimes. On peut même affirmer sans risque que tous les autres régimes sont, d’une manière ou d’une autre, pires.
Mais il faut aussi constater que la démocratie est un système politique qui mène inéluctablement à sa propre déréliction. Elle aboutit, à Rome, à l’établissement des empereurs. Elle aboutit en France à l’Empire et la Restauration, puis encore au second Empire. Elle aboutit en Allemagne à l’instauration du troisième Reich. Ne parlons, ni de l’Italie fasciste ni de l’Espagne. Elle donne naissance à la dictature stalinienne et dans tous les pays communistes, qui revendiquent dans l’appellation le terme de démocratie. Le Chili, l’Argentine, tous les pays d’Amérique Latine, obéissent à cette loi. La démocratie aboutit à la dictature.
Parlons de l’Europe. Dans tous les pays d’Europe, le principe de la démocratie est considéré comme l’essence de notre système politique. Or, que voit-on ? La moitié des pays européens mettent au pouvoir des dirigeants d’extrême droite qui se revendiquent plus ou moins explicitement des doctrines criminelles des fascistes et des nazis.
Les États-Unis s’apprêtent à remettre au pouvoir un authentique criminel. La Russie s’est jetée dans les bras d’un dictateur criminel reconnu par la communauté mondiale. Et n’oublions pas l’Inde et toutes les théocraties comme la Turquie et l’Iran.
La démocratie est atteinte d’un mal incurable, celui de donner naissance, tôt ou tard à des régimes immondes. Si beaucoup de dictatures ne sont pas passée par l’étape de la démocratie, presque toutes les démocraties finissent par mettre au pouvoir des dictateurs.
A quoi tient cette dérive ?
Au principe même qui sous-tend la démocratie, le suffrage universel. Supprimer le suffrage universel, voire le limiter, c’est renoncer à la démocratie. C’est donc dans son principe fondamental que la démocratie porte en germe sa propre abolition.
Le suffrage universel donne le droit de vote à tout le monde dans des limites de plus en plus larges, du fait de l’amélioration permanente des droits humains. Cet élargissement confère le droit de voter à une majorité massive de gens qui ne voient le monde politique que par le truchement de leur situation économique et sociale et par celui de la propagande politique de partis qui promettent de raser gratis, surtout quand ils se réclament de dictatures (fasciste ou prolétarienne).
La démocratie emphatise la parole des extrêmes tout en se soumettant aux voix d’un peuple de moins en moins éduqué et de plus en plus mécontent, déçu, défiant des instituions mêmes qui leur permettent de voter. Les extrèmes, bien entendu font des promesses qui n’engagent que ceux qui y croient. C’est sa grande différence avec les dictatures qui ne font m^me plus de promesses.


Mettre en question l’idée de Suffrage Universel est inéluctablement s’exposer au délit de dictature. L’idée de conditionner le droit de vote à un minimum de connaissance des institutions, c’est renvoyer à la notion de suffrage censitaire, à faire prévaloir la supériorité de certains sur les autres.
C’est pour cela que le destin de la démocratie est inéluctable. D’autant plus que les dirigeants du XXIème siècle n’ont plus l’ampleur et l’empathie des dirigeants de la seconde partie du XXème siècle. L’effondrement progressif de la qualité de vie de toutes les catégories de la population qui se sentent dévalorisées, ponctionnées par les taxes, agressées par la mondialisation, envahies par une immigration de plus en plus visible, tout cela fait prêter l’oreille aux pires propagandes.
Il est donc presque inéluctable que la démocratie d’auto-détruise tôt ou tard, en donnant le droit au plus grand nombre de se choisir des chefs « à poigne », pour résoudre des problèmes qui sont devenus insupportables.
En conclusion, la démocratie n’est pas le pire des régimes, mais tous les autres régimes n’attendent que son effondrement dans ses propres faiblesses. Et si l’on me demande de formuler des recommandations, je me garderai bien de le faire car je n’en connais aucune qui résolve le dilemme exprimé par Churchill.
IS DEMOCRACY THE WORST REGIME?
What Winston Churchill affirmed, he who was by no means the greatest of democrats, was that it was the worst of regimes, with the exception of all the others.
It must be admitted that modern democracy is based on the great principles that France’s motto sums up so well: Liberty, Equality, Fraternity. It is according to these three principles that the humblest of citizens becomes the equal of the most powerful of the wealthy.
Democracy generally arises from the abolition of royalty. It is built on the denial of privileges, class superiority and the inequity of the powerful. Lettres de cachet always end up stirring up crowds.
In principle, democracy is the most virtuous of regimes because it puts an end to injustice. It is born on the remains of a reversal. It is therefore not with its primary intention that we can accuse democracy of being the worst of regimes. It is even safe to say that all other diets are, in one way or another, worse.
But we must also note that democracy is a political system which inevitably leads to its own dereliction. It led, in Rome, to the establishment of emperors. It led in France to the Empire and the Restoration, then again to the Second Empire. It led in Germany to the establishment of the Third Reich. Let’s not talk about fascist Italy or Spain. It gave birth to the Stalinist dictatorship and in all communist countries, which claimed the term democracy in the name. Chile, Argentina, all Latin American countries obey this law. Democracy leads to dictatorship.
Let’s talk about Europe. In all European countries, the principle of democracy is considered the essence of our political system. Now, what do we see? Half of European countries put far-right leaders in power who more or less explicitly adhere to the criminal doctrines of fascists and Nazis.
The United States is preparing to put a real criminal back in power. Russia has thrown itself into the arms of a criminal dictator recognized by the world community. And let’s not forget India and all the theocracies like Turkey and Iran.
Democracy is suffering from an incurable disease, that of giving birth, sooner or later, to filthy regimes. If many dictatorships do not go through the democratic stage, almost all democracies end up putting dictators in power.
What is behind this drift?
To the very principle which underlies democracy, universal suffrage. Suppressing universal suffrage, or even limiting it, means renouncing democracy. It is therefore in its fundamental principle that democracy carries the seeds of its own abolition.
Universal suffrage gives everyone the right to vote within increasingly wider limits, due to the constant improvement of human rights. This enlargement confers the right to vote to a massive majority of people who only see the political world through their economic and social situation and through that of the political propaganda of parties who promise to shave for free, especially when they claim to be dictatorships (fascist or proletarian).
Democracy emphasizes the words of the extremes while submitting to the voices of a people who are less and less educated and more and more dissatisfied, disappointed, defying the very institutions that allow them to vote. The extremes, of course, make promises that only bind those who believe in them. This is its big difference with dictatorships which no longer even make promises.


To question the idea of Universal Suffrage is inevitably to expose oneself to the crime of dictatorship. The idea of making the right to vote conditional on a minimum of knowledge of institutions refers to the notion of census suffrage, of making the superiority of some prevail over others.
This is why the destiny of democracy is inevitable. Especially since the leaders of the 21st century no longer have the breadth and empathy of the leaders of the second part of the 20th century. The progressive collapse of the quality of life of all categories of the population who feel devalued, burdened by taxes, attacked by globalization, invaded by increasingly visible immigration, all this makes people listen to the worst propaganda.
It is therefore almost inevitable that democracy will self-destruct sooner or later, by giving the greatest number of people the right to choose “strong” leaders, to resolve problems that have become unbearable.
In conclusion, democracy is not the worst regime, but all other regimes are only waiting for its collapse into its own weaknesses. And if I am asked to make recommendations, I will be careful not to do so because I do not know of any that resolves the dilemma expressed by Churchill.
LES CONTES DE FÉE FINISSENT MAL
On s’est plu à penser que le remplacement de Biden par Kamala Harris était l’événement providentiel qui renverserait la vapeur, substituant une femme humaniste et cultivée à un vieillard sénilisant, face au clown atroce qui occupait la scène.

C’était oublier que les États Unis, à l’exception de quelques cités phares, telle que New York ou San Francisco, sont un peuple de paysans butés, fondus de religions sectaires et animés par un appât du gain irrépressible. C’était oublier que les Américains se considèrent comme le seul monde viable, à l’exception de tous les autres, ce qui est confirmé par l’immigration et le rôle de gendarme planétaire que l’on veut leur faire jouer.
Kamala Harris plait aux Européens bien plus qu’aux millions de Red Neck qui peuplent l’Amérique qui lui préfèrent à coup sûr un clown sans scrupule, inculte et malhonnête. Les Américains qui détestent Trump vivent à l’étranger.
Les Démocrates américains ne sont pas à gauche, ils sont beaucoup plus proches de la démocratie chrétienne, pétrie de principes, souvent dogmatiques et empêtrés dans un discours théorique illisible pour la grande majorité de la population.
Si la croissance des USA est indéniable, elle ne leur est pas imputés, on préfère les accuser de l’inflation, de l’insécurité croissante et de l’immigration incontrôlée amenant son lot de désordres. On ne parle jamais des trains qui arrivent à l’heure.
Hilary Clinton et Kamala Harris procèdent de cette même incompréhension de la part du peuple américain et de cette engeance de l’histoire qui veut que les démocraties sont particulièrement douées pour engendrer des tyrannies.
Trump est un clown, un menteur compulsif, une brute épaisse, un imbécile congénital, un violeur et un séditieux. C’est le méchant sublime des westerns. C’est le super héros qui sait faire rire et qui lance à l’Amérique des slogans qu’elle sait entendre. Si les Américains avaient deux onces de raisons, il serait en taule. Mais, dans les films, on préfère les évadés aux shérifs bien-pensants. Il dit n’importe quoi, promet la lune. Il n’en fera rien, mais personne ne fait jamais rien des promesses électorales.
Comme dans les films de Christopher Nolan, les problèmes philosophiques se règlent à la mitrailleuse. La grande majorité des Américains a horreur des intellectuels, surtout quand le porte-monnaie crie misère. On préfère les promesses tonitruantes aux analyses nuancées.
Ce qui aide à se remonter le moral, c’est que les tyrans finissent presque toujours par se faire renverser, refermant le cycle de l’histoire qui les a conduits au pouvoir. Presque toujours …
C’était oublier que les États Unis, à l’exception de quelques cités phares, telle que New York ou San Francisco, sont un peuple de paysans butés, fondus de religions sectaires et animés par un appât du gain irrépressible. C’était oublier que les Américains se considèrent comme le seul monde viable, à l’exception de tous les autres, ce qui est confirmé par l’immigration et le rôle de gendarme planétaire que l’on veut leur faire jouer.
Kamala Harris plait aux Européens bien plus qu’aux millions de Red Neck qui peuplent l’Amérique qui lui préfèrent à coup sûr un clown sans scrupule, inculte et malhonnête. Les Américains qui détestent Trump vivent à l’étranger.
Les Démocrates américains ne sont pas à gauche, ils sont beaucoup plus proches de la démocratie chrétienne, pétrie de principes, souvent dogmatiques et empêtrés dans un discours théorique illisible pour la grande majorité de la population.
Si la croissance des USA est indéniable, elle ne leur est pas imputés, on préfère les accuser de l’inflation, de l’insécurité croissante et de l’immigration incontrôlée amenant son lot de désordres. On ne parle jamais des trains qui arrivent à l’heure.
Hilary Clinton et Kamala Harris procèdent de cette même incompréhension de la part du peuple américain et de cette engeance de l’histoire qui veut que les démocraties sont particulièrement douées pour engendrer des tyrannies.
Trump est un clown, un menteur compulsif, une brute épaisse, un imbécile congénital, un violeur et un séditieux. C’est le méchant sublime des westerns. C’est le super héros qui sait faire rire et qui lance à l’Amérique des slogans qu’elle sait entendre. Si les Américains avaient deux onces de raisons, il serait en taule. Mais, dans les films, on préfère les évadés aux shérifs bien pensants. Il dit n’importe quoi, promet la lune. Il n’en fera rien, mais personne ne fait jamais rien des promesses électorales.
Comme dans les films de Christopher Nolan, les problèmes philosophiques se règlent à la mitrailleuse. La grande majorité des Américains a horreur des intellectuels, surtout quand le porte-monnaie crie misère. On préfère les promesses tonitruantes aux analyses nuancées.
Ce qui aide à se remonter le moral, c’est que les tyrans finissent presque toujours par se faire renverser, refermant le cycle de l’histoire qui les a conduit au pouvoir. Presque toujours …
FAIRY TALES ENDS BADLY
We liked to think that the replacement of Biden by Kamala Harris was the providential event that would turn the tide, substituting a humanist and cultured woman for a senilizing old man, facing the atrocious clown who occupied the stage.

It was forgetting that the United States, with the exception of a few flagship cities, such as New York or San Francisco, are a people of stubborn peasants, steeped in sectarian religions and driven by an irrepressible lure of profit. It was forgetting that the Americans consider themselves to be the only viable world, with the exception of all the others, which is confirmed by immigration and the role of planetary policeman that we want them to play.
Kamala Harris appeals to Europeans much more than to the millions of Red Necks who populate America who certainly prefer an unscrupulous, uneducated and dishonest clown. Americans who hate Trump live abroad.
The American Democrats are not on the left, they are much closer to Christian democracy, steeped in principles, often dogmatic and mired in a theoretical discourse that is illegible for the vast majority of the population.
If the growth of the USA is undeniable, it is not attributed to them, we prefer to accuse them of inflation, growing insecurity and uncontrolled immigration bringing its share of disorders. We never talk about trains arriving on time.
Hilary Clinton and Kamala Harris stem from this same incomprehension on the part of the American people and from this breed of history which says that democracies are particularly gifted at generating tyrannies.
Trump is a clown, a compulsive liar, a thick bully, a congenital imbecile, a rapist and a seditious person. He is the sublime villain of westerns. He is the superhero who knows how to make people laugh and who gives America slogans that it knows how to hear. If the Americans had two ounces of reason, he’d be in jail. But in the movies, escapees are preferred to right-thinking sheriffs. He says anything, promises the moon. He won’t do anything about it, but no one ever does anything about election promises.
As in Christopher Nolan’s films, philosophical problems are resolved with machine guns. The vast majority of Americans hate intellectuals, especially when their wallets are in dire straits. We prefer thunderous promises to nuanced analyses.
What helps to boost morale is that tyrants almost always end up being overthrown, closing the cycle of history that brought them to power. Almost always…
LES « LIBÉRATEURS »
Les Européens sont saisis par la double contrainte qui oppose l’idée que les États Unis sont un pays impérialiste et celle qu’ils on joué un rôle essentiel dans la libération de l’Europe à la fin de la seconde guerre mondiale. En ne pouvant décider, on cultive une ambivalence permanente vis-à-vis des Américains.
Cette ambivalence va jusqu’à toucher les Américains cultivés qui vivent en France ou ceux qui forme l’intelligentsia de New York ou de San Francisco.
L’arrivée triomphale de Donald Trump et de sa bande de malfaisants incultes accroît encore cette dissonance éthique. Le mieux qu’on puisse invoquer est que seuls les Républicains sont responsables de cette déchéance morale. Les Démocrates sont des gens bien ! La preuve ? Barrack Obama est un homme parfait. Soit.
Pour ma part, je pense que seule une minorité de ce peuple est exempte des tares congénitales de cette nation. Une minorité qui suscite notre admiration, à laquelle on a envie de s’identifier, d’autant plus que cette minorité revendique de penser comme nous. Les démocrates sont plus proches de nous que les red-necks républicains. C’est peut-être vrai, mais c’est terriblement réducteur. Le plus grand démocrate américain, Lincoln, n’avait aucun tropisme pour les noirs et les juifs et n’avait pas grand-chose à reprocher à l’esclavage. Il se contenta d’adopter des idées qui permettaient de le distinguer des sudistes qui voulaient faire sécession et diviser le pays.
Les États Unis ont joyeusement exterminé la plus grande part de la nation indienne qu’ils ont envahis, pillé et exploité pour leur seul profit. On parle, sur trois siècles de près de 160 millions de morts. Si ce n’est pas un génocide, alors Hitler était un saint …
Les États Unis, comme l’Union Soviétique, sont des états qui ont persécuté sans scrupules tous ceux qui ne correspondaient pas à leurs idéaux sociaux. Pour les Américains, c’étaient d’être blancs et chrétien, pour les Russes, c’était de douter de la dictature du prolétariat. Leur antisémitisme a été amnésié pendant des décennies. Henri Ford, Rockefeller haïssaient les Juifs et n’avaient rien contre leur persécution. Les Français et les Anglais ne valaient guère mieux. Quant à Staline…
Bon, ils se se sont rachetés en venant nous libérer.
Les Américains ne sont pas venus nous libérer. Ils sont venus nous envahir pour renverser les Allemands et prendre le pouvoir en Europe. Ils sont venus aussi pour aider les Russes à vaincre l’Allemagne et, ainsi, s’allier à eux pour vaincre le Japon,.
Lorsque les Américains ont débarqué en Normandie, ils ont tout détruit sur leur passage. Il n’est que demander aux habitants du Cotentin et de Normandie qui ont connu cette époque le souvenirs qu’ils ont de leur passage. Paris n’était même pas dans leurs plans. C’est la deuxième DB, contre les ordres qui s’est chargée de sauver Paris. Le projet américain était d’occuper la plus grande partie possible de l’Europe, rien d’autre. Staline partageait exactement la même ambition.
Ce sont Churchill et De Gaulle qui ont contrecarré les projets hégémoniques de Roosevelt et de Truman. De Gaulle, dès qu’il le put, mit les Yankees à la porte et, pour ma part, j’eu le plaisir de ne plus voir leurs gros bus passer rue de Passy pour rejoindre leurs baraquements qui défiguraient le Trocadéro.
Cette même volonté d’envahissement à n’importe quel prix s’est manifestée avec Hiroshima et Nagasaki faisant des « libérateurs » le premier état à utiliser la bombe atomique.
Puis ce furent la Corée, le Vietnam, l’Irak et l’Afghanistan qui se soldèrent par des échecs répétés, tout comme les Russes se sont heurtés à la révolte des peuples épris de liberté.
Trump et Poutine ne sont pas des accidents de parcours, ils sont l’expression sans voile de la barbarie des incultes, ils vomissent leur rage d’analphabètes ignorants des leçons de l’Histoire.
Pour gouverner un pays, il est nécessaire d’être investi par l’humanisme et la culture qui fonde la pérennité d’une nation. Pour ne parler que de la France, il n’est que de songer à De Gaulle, Pompidou, Mitterrand, Chirac et même Macron et de leur comparer des imbéciles gouverner au nom de leur prétendu sens des affaires, leur vulgarité et leur ignorance qui rappellent indubitablement les pratiques de gangsters de Chicago. Vouloir s’accaparer le bien d’autrui par la force et le chantage n’est pas un acte de pouvoir, c’est un crime.

En résumé, Trump n’est pas une exception, un accident, il est l’expression des pires instincts d’une nation qui s’est construite par sa violence et sa cupidité. Noam Chomsky, Barrack Obama, Robert de Niro et tous les intellectuels américains que cet état de fait afflige et révolte n’ont plus que leurs yeux pour pleurer.
À moins que les monstres finissent par se bouffer eux-mêmes, ce qui semble devoir être le cas.À moins que les monstres finissent par se bouffer eux-mêmes, ce qui semble devoir être le cas.
THE “LIBERATORS”
Europeans are gripped by the double constraint which opposes the idea that the United States is an imperialist country and that it played an essential role in the liberation of Europe at the end of the Second World War. By not being able to decide, we cultivate a permanent ambivalence towards the Americans.
This ambivalence goes so far as to affect cultured Americans who live in France or those who form the intelligentsia of New York or San Francisco.
The triumphant arrival of Donald Trump and his band of uneducated evildoers further increases this ethical dissonance. The best that can be said is that only the Republicans are responsible for this moral decline. Democrats are good people! The proof? Barrack Obama is a perfect man. Either.
For my part, I think that only a minority of this people is exempt from the congenital defects of this nation. A minority which arouses our admiration, with which we want to identify, especially since this minority claims to think like us. The Democrats are closer to us than the Republican red-necks. This may be true, but it is terribly reductive. The greatest American Democrat, Lincoln, had no tropism for blacks and Jews and had little to complain about slavery. He was content to adopt ideas that made it possible to distinguish him from the southerners who wanted to secede and divide the country.
The United States happily exterminated most of the Indian nation, invading, plundering and exploiting it for their own benefit. We are talking about nearly 160 million deaths over three centuries. If it’s not genocide, then Hitler was a saint…
The United States, like the Soviet Union, are states that unscrupulously persecuted anyone who did not correspond to their social ideals. For the Americans, it was about being white and Christian, for the Russians, it was about doubting the dictatorship of the proletariat. Their anti-Semitism was amnesia for decades. Henry Ford and Rockefeller hated the Jews and had nothing against their persecution. The French and the English were not much better. As for Stalin…
Well, they redeemed themselves by coming to free us.
The Americans did not come to liberate us. They came to invade us to overthrow the Germans and take power in Europe. They also came to help the Russians defeat Germany and, thus, ally with them to defeat Japan.
When the Americans landed in Normandy, they destroyed everything in their path. We only have to ask the inhabitants of Cotentin and Normandy who experienced this era what memories they have of their visit. Paris wasn’t even in their plans. It was the second DB, against orders, which took charge of saving Paris. The American project was to occupy as much of Europe as possible, nothing else. Stalin shared exactly the same ambition.
It was Churchill and De Gaulle who thwarted the hegemonic projects of Roosevelt and Truman. De Gaulle, as soon as he could, kicked out the Yankees and, for my part, I had the pleasure of no longer seeing their big buses passing rue de Passy to reach their barracks which disfigured the Trocadéro.
This same desire to invade at any cost was manifested with Hiroshima and Nagasaki making the “liberators” the first state to use the atomic bomb.
Then it was Korea, Vietnam, Iraq and Afghanistan which ended in repeated failures, just as the Russians encountered the revolt of freedom-loving peoples.
Trump and Putin are not accidents, they are the unveiling expression of the barbarity of the uneducated, they vomit their rage as illiterates ignorant of the lessons of History.
To govern a country, it is necessary to be invested in humanism and the culture which underpins the sustainability of a nation. To speak only of France, one only has to think of De Gaulle, Pompidou, Mitterrand, Chirac and even Macron and compare them to imbeciles governing in the name of their supposed business sense, their vulgarity and their ignorance which undoubtedly recall the practices of Chicago gangsters. Wanting to take the property of others by force and blackmail is not an act of power, it is a crime.

In summary, Trump is not an exception, an accident, he is the expression of the worst instincts of a nation that was built by its violence and greed. Noam Chomsky, Barrack Obama, Robert de Niro and all the American intellectuals who are afflicted and revolted by this state of affairs have only their eyes left to cry.
Unless the monsters end up eating themselves, which seems likely to be the case.
DERRIDA, MA THÈSE ET MOI
1 – Ma thèse
On dira que cela commence en 1974. Je venais de présenter mon mémoire de maîtrise à mon professeur qui m’avait chaudement félicité pour mon travail sur les marques, sujet dont il ignorait tout et qui lui permettait de se débarrasser de moi en d’excellents termes.
« Maintenant, j’aimerais bien me lancer dans un doctorat d’état …
– Un doctorat d’état ? Vous n’y songez pas ?
– Mais si, mais si. J’ai même un sujet !
– Mais vous devez d’abord obtenir l’agrégation, on ne peut pas préparer un doctorat sans agrégation !
– Mais non, mais non. Rien n’indique que l’on doive passer l’agrégation avant le doctorat. Ce n’est qu’un usage, pas une règle !
– Bien, si vous le dites, je vais vérifier.
– Et vous serez mon directeur de thèse.
– Pourquoi pas ? »
Parfaitement convaincu que je ne pouvais pas préparer un doctorat sans être agrégé, le professeur Arrivé était prêt à toutes les promesses qui ne l’engageaient à rien.
Quatre ans plus tard, je vins le revoir avec un ouvrage de 666 pages à la numérotation matricielle, c’est-à-dire incompréhensible. Comme directeur de thèse, il ne m’avait pas dérangé, tant et si bien qu’il découvrit ce jour-là le sujet réel de ma thèse.
Il prit les trois volumes de mon œuvre tout en m’avertissant qu’il était très possible (probable, évident, inéluctable) qu’il me demanderait de tout revoir, d’en réécrire la plus grande part.
Un mois plus tard, il me déclara qu’il était tout à fait d’accord pour que je soutienne ma thèse et qu’il entreprenait, dès lors, les démarchez pour réunir un jury adapté à l’originalité de mon travail.
La soutenance fut épique. Le jury réunit pour me juger était globalement hostile au premier degré à un jeunot de 26 ans sans agrégation et qui parlait de publicité et de communication. Les questions étaient perfides, l’ambiance pesante. Ce fut alors qu’entra dans la salle de soutenance une jeune femme longue et mince, vêtue d’une fine robe noire qui vint jusqu’à moi et planta dans le verre d’eau qui était sur ma tablette une rose rouge.
On me fit jurer que je n’enseignerais jamais et on me décerna mon doctorat avec la mention honorable, un truc pour dire qu’on aurait préféré ne pas me le donner.
Plus de cinquante ans ont passé et ma thèse s’est perdue dans un déménagement. Bien entendu, j’ai passé ma vie à enseigner, à donner des cours et des conférences.
Et nous voici en 2025.
2 – Jacques Derrida

En 1969, j’avais comme prof de philo, le frère de Bastien Thiry, le mec qui avait tenté d’assassiner De Gaulle au Petit Clamart. Contrairement aux autres profs de philo du lycée, le mien était un tenant d’un courant de pensée qui part de Platon pour s’achever chez Heidegger, c’est-à-dire qui passe son temps à remettre en question la réalité de la réalité. Les grands arrêts de cette voie de pensée sont Descartes, Spinoza, Kant, Nietzsche, Hegel, Husserl. J’y arrivais jusqu’à Spinoza et commençai à patauger dans les critiques kantiennes et l’univers de Hegel. La pensée de Husserl était du tartaro-mandchou à mes yeux et le Dasein de Heidegger un insondable mystère. Je passais mon temps à confondre la philosophie et la littérature et à être accusé de confondre le style et l’analyse. Dans un monde ou sévissaient marxisme et structuralisme, j’étais un mouton noir.
En fac, à Nanterre, dans les départements de linguistique et de sémiotique littéraire, je fus vite confronté au discours obscurantiste de Tel Quel et de la nouvelle critique d’où surgissaient les noms de Julia Kristeva, de Philippe Sollers et de Jacques Derrida. Quand on ne s’échignait pas sur Chomsky, on (se) débattait dans les élucubrations de Jacques Lacan.
J’avais l’impression de vivre dans un monde à part où mes propres travaux se développaient indépendamment de ces discours outrageusement alambiqués et aux enjeux abstraits.
Ce n’est que cinquante ans plus tard, dans le but louable de ne pas mourir idiot, que j’ai entrepris, depuis quelques mois de mettre mon nez chez les penseurs de cette époque dont j’étais persuadé de ne rien connaître.
Et, comme porte d’entrée, je choisis celui dont je vois encore le nom paraître dans le champ de mes préoccupations, Jacques Derrida. A commencer par une monumentale biographie qui lui fut consacrée. J’aurais pu sauter à pieds joints dans un de ses nombreux livres, mais je préfère savoir un peu mieux chez qui je les mets, ces pieds.
La vie de Derrida ne présente aucun intérêt, c’est celle d’un intellectuel besogneux et un rien obsessionnel anxieux. Mais, dès le début, son parcours universitaire me frappe : il passe sa vie à ne pas marcher au pas cadencé de l’enseignement académique. Il fouille là où on n’a pas l’habitude de fouiller, il remet en question les dogmes et fait volontiers l’inverse de ce qu’on attend de lui. Je me sens curieusement proche de ses aventures intellectuelles. Surprise.
Si, contrairement à moi, il est extrêmement doué pour la philosophie, nageant avec aisance dans les marais de la phénoménologie heideggérienne, il opère aussi un rapprochement entre la littérature et la philosophie, mettant en valeur les influences mutuelles de ces deux domaines. C’est pour cela aussi qu’il privilégie l’écriture sur la parole. Après tout, que serait devenu Socrate sans les écrits de Platon.
La lecture de sa biographie me conduit à m’interroger sur la phénoménologie. Contrairement au rationalisme de mes jeunes années, étanche aux développements de la pensée de Hegel, de Husserl et de Heidegger, Derrida reprend à son compte l’incidence du sujet sur la réalité qu’il observe. Malraux, parlant des signes cunéiformes sumériens, affirmait qu’ils passaient pour des traces de pattes d’oiseaux tant qu’on n’avait pas compris qu’il s’agissait d’une écriture. La phénoménologie repose sur le postulat que la réalité n’est ce qu’elle est qu’à travers le regard, le savoir, l’expérience et les convictions de l’observateur. Cela remet bien entendu en question deux principes : celui d’une réalité intangible visée par la science, celui d’une réalité parfaite créée par un dieu omniscient, omnipotent. L’univers des principes et relations fixes, unitaires et mesurables cède la place à un monde de contingences, de relations complexes, changeantes, imprévisibles, échappant à la mesure. Mes travaux et mes recherches dans le domaine de la théorie du chaos, de la systémique, des approches interculturelles me poussent à adhérer à cette hypothèse. Une hypothèse qui commence à être prouvée quand on en vient aux principes de la physique quantique.
Le plus rigolo, c’est que j’avais écrit ma thèse dans la conviction qu’il existait une réalité fixe et rationnelle, alors qu’elle finissait par démontrer l’inverse. Visant à identifier un « hypersigne » apte à rendre compte de la réalité engendrée par les médias, elle aboutissait à la démonstration que la rassurante stabilité de la relation signifiant/signifié saussurienne n’existait pas, l’hypersigne consistait en en une nébuleuse de signifiants en liaison avec une nébuleuse de signifiés en fonction de la situation de communication. Cette notion d’hypersigne, plutôt que de conduire à des référents uniques, stables, universels menait à une vision instable, « tremblante » d’une réalité en perpétuel changement. Une vérité kaléidoscopique plutôt qu’un dogme figé.
3 – Différance et Déconstruction
Parmi les nombreuses notions que l’on doit à Derrida, il en est deux qui marquent une rupture considérable dans la compréhension de la pensée, mais aussi de la communication.
La première est un jeu de mot, un mot valise qui joue sur la polysémie du verbe différer qui peut aussi bien signifier être différent que retarder, remettre à plus tard. La différAnce exprime ce double sens qui est lié à l’écriture. Cette dernière vient après la parole qu’elle reformule, restructure, corrige et élucide. Ce même phénomène se produit à une autre échelle dans le monde de la communication, dans les médias et dans les nouveaux moyens d’expression. Aujourd’hui, on pourrait tout aussi bien se demander comment opère la différance dans le contexte de l’intelligence artificielle.
En écrivant ma thèse, je ne savais pas que je me servais de cette notion pour démontrer que les médias des années 70 provoquaient le même phénomène en recomposant la réalité, la restructurant et en changeant le temps. Si j’aurais su !!!
La seconde notion est celle de déconstruction qui se distingue aussi bien de l’analyse classique que de l’idée de destruction issue de la pensée de Nietzche. La déconstruction est une démarche qui consiste à identifier tous les mécanismes qui sous-tendent un texte, une œuvre, un message, un discours, une démonstration. Ce faisant, cette démarche permet aussi d’identifier tout ce que la logique du texte ou de l’œuvre a éliminé, écarté pour constituer sa propre vraisemblance. Il ne s’agit pas d’une méthode au sens d’un pas à pas, mais d’un principe de réflexion qui change en fonction de l’objet observé. Point de recette, mais un point de vue, cela ne s’applique pas à la manière d’une procédure, c’est une façon de penser. De quoi révulser les rhéteurs de l’académisme.
Contrairement à l’analyse classique qui considère le texte comme un objet singulier et en explore tous les ressorts internes, la déconstruction consiste à replacer le même texte dans un univers plus vaste et à identifier les choix, les exclusions, les raccourcis et les procédés qui ont permis de le produire.
Au-delà de la déconstruction, Derrida pousse sa réflexion sur l’art et la littérature en défaisant le lien binaire entre l’auteur et son oeuvre. Une fois l’oeuvre close, signée, elle devient celle (aussi) de ses lecteurs, de ses spectateurs qui contribuent à la compléter, la décliner, l’enrichir de leur propre regard, expérience, imaginaire. La phénomènologie montre là son nez en liant la réalité, la vérité, le discours à l’expérience de ceux qui la reçoivent. L’auteur n’est que le premier lecteur de son roman. À preuve, si personne ne le lit, le roman n’existe pas. Ce simple constat peut irriter, mais il est aussi le fondement du discpours publicitaire et, désormais des publications sur les réseaux.
Derrida et ses suiveurs se sont servis de la déconstruction pour mener des réflexions philosophiques, politiques et littéraires. Cette même déconstruction sert aussi dans les approches psychanalytiques. De fait, elle est avant tout un moyen de mieux comprendre les philosophes du passé. Elle est aussi un moyen de se libérer des dogmes originels. Pas de point de départ unique, ce qui permet de se débarrasser aussi bien de la Genèse que du Big Bang. Avec la déconstruction, le monde est flou !
Pour ma part, lors de ma thèse, je l’applique, sans me douter que je me sers de cet outil, pour démontrer les mécanismes qui sous-tendent les médias, la publicité, la communication. La déconstruction est pour moi une procédure de détective à la recherche d’indices pour démasquer les intentions des communicateurs.
C’est probablement ce que vit mon directeur de thèse quand il décida comme un seul homme de me permettre de soutenir ma thèse.
Avais-je donc réinventé la différance et la déconstruction ?
Mais non, mais non !
Je me contentais de faire du Derrida sans le savoir. Les huit années que j’avais passé à Nanterre à me promener dans cours que je suivais en dilettante, allant d’un département à l’autre, lisant çà et là des textes plus ou moins obscurs et en tirant des recettes et des idées force sans jamais adhérer pour de vrai aux courants de pensée où s’agitaient mille cuistrots en quête de gloire, m’avaient peu à peu imprégné des idées et des méthodes de Derrida et de ses suiveurs. Mon approche involontaire des méthodes de Derrida fut qualifiée de « bricolage », ce qui permettait de disqualifier mes analyses du concours de l’analyse universitaire. Mais on ne la récusa pas tant que je ne prétendais pas faire partie du cénacle.
C’est ainsi, qu’avec mon doctorat de Mamamouchi, je quittai le monde universitaire pour entrer dans celui du marketing, de la publicité et des études de marché où je sévis pendant quarante années.
L’univers de Derrida et des penseurs de son époque, faite d’un savant mélange de phénoménologie (L’existence précède l’essence …), de structuralisme (structures apparentes et profondes), de déconstruction (à la recherche du texte caché), sans compter les élucubrations marxistes (vive Mao !) n’ont pas eu que des effets positifs. Le discours juridique, politique et moral de Derrida et de ses contemporains a très mal vieilli. Il m’exaspérait déjà à l’époque. Masqué par un langage abscons et un style opaque, il s’embourbait dans de vaines querelles de cénacles dont on ne saurait que faire. À force de reléguer l’auteur dans l’arrière-plan de l’œuvre on perd sa place dans l’époque, sa fonction de porte-parole de son milieu social, culturel et moral.
Les linguistes de cette époque, dont Chomsky, sont à la source de nouvelles méthodes d’enseignement qui ont engendrée des générations d’analphabètes (lecture globale) ; le structuralisme s’est momifié avant de produire quelque résultat ; le marxisme s’est embourbé dans ses propres mensonges. Cela a donné naissance à une pensée encore plus aseptisée par une morale de plus en plus puritaine dont le wokisme est l’illustration la plus flagrante. On est passé du Siècle des Lumières à celui de la censure bien-pensante. Derrida pleurerait de se trouver aujourd’hui parmi les faux penseurs.
Cela dit, la découverte des approches systémiques de Palo Alto, puis celle de de la théorie du chaos et, enfin, des implications de la physique quantique, loin de me dissuader des méthodes d’analyse venue de Derrida, m’ont permis de confirmer et affiner ses hypothèses. Et pendant toutes les années de ma vie professionnelle, elles me permirent de pratiquer une sémiologie d’une pertinence impertinente.
Pour aller plus loin :
LE SOLIPSISME : LA RÉALITÉ FANTOME
APPROCHE SYSTÉMIQUE DE LA RÉALITÉ
RÉFLEXION SUR L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE
DERRIDA, MY THESIS AND ME
1 – My thesis
We would say that it began in 1974. I had just presented my master’s thesis to my professor who had warmly congratulated me for my work on brands, a subject about which he knew nothing and which allowed him to get rid of me on excellent terms.
“Now I would like to start a state doctorate…
– A state doctorate? You don’t think about it?
– But yes, but yes. I even have a topic!
– But you must first obtain the aggregation, you cannot prepare a doctorate without an aggregation!
– But no, but no. Nothing indicates that one must take the aggregation before the doctorate. This is just a practice, not a rule!
– Well, if you say so, I’ll check.
– And you will be my thesis director.
– Why not? »
Perfectly convinced that I could not prepare for a doctorate without being a graduate, Professor Arrivé was ready for all the promises which did not commit him to anything.
Four years later, I came to see him again with a work of 666 pages with matrix numbering, that is to say incomprehensible. As thesis director, he did not bother me, so much so that he discovered the real subject of my thesis that day.
He took the three volumes of my work while warning me that it was very possible (probable, obvious, inevitable) that he would ask me to review everything, to rewrite most of it.
A month later, he told me that he was completely in agreement for me to defend my thesis and that he was therefore approaching them to bring together a jury suited to the originality of my work.
The defense was epic. The jury assembled to judge me was generally hostile in the first degree to a 26-year-old young man without accreditations and who spoke about advertising and communication. The questions were treacherous, the atmosphere heavy. It was then that a long, slender young woman entered the defense room, dressed in a thin black dress, who came up to me and planted a red rose in the glass of water on my tablet.
They made me swear that I would never teach and they awarded me my doctorate with honorable mention, a trick to say that they would have preferred not to give it to me.
More than fifty years have passed and my thesis was lost in a move. Of course, I have spent my life teaching, giving courses and conferences.
And here we are in 2025.
2 – Jacques Derrida

In 1969, my philosophy teacher was the brother of Bastien Thiry, the guy who tried to assassinate De Gaulle at Petit Clamart. Unlike the other high school philosophy teachers, mine was a proponent of a school of thought which starts from Plato and ends with Heidegger, that is to say which spends its time questioning the reality of reality. The great stops of this line of thought are Descartes, Spinoza, Kant, Nietzsche, Hegel, Husserl. I reached there as far as Spinoza and began to wade into Kantian critiques and the world of Hegel. Husserl’s thought was tartaro-Manchu in my eyes and Heidegger’s Dasein an unfathomable mystery. I spent my time confusing philosophy and literature and being accused of confusing style and analysis. In a world where Marxism and structuralism were rife, I was a black sheep.
In college, at Nanterre, in the departments of linguistics and literary semiotics, I was quickly confronted with the obscurantist discourse of Tel Quel and new criticism from which the names of Julia Kristeva, Philippe Sollers and Jacques Derrida emerged. When we weren’t talking about Chomsky, we were debating the rantings of Jacques Lacan.
I had the impression of living in a separate world where my own work developed independently of these outrageously convoluted speeches with abstract issues.
It was only fifty years later, with the laudable goal of not dying an idiot, that I began, a few months ago, to poke my nose into the thinkers of that era about whom I was convinced I knew nothing.
And, as a gateway, I choose the one whose name I still see appearing in the field of my concerns, Jacques Derrida. Starting with a monumental biography dedicated to him. I could have jumped with both feet into one of his many books, but I prefer to know a little better whose feet I am putting them on.
Derrida’s life is of no interest, it is that of a needy and slightly obsessively anxious intellectual. But, from the start, his academic career strikes me: he spends his life not following the rhythm of academic teaching. He searches where we are not used to searching, he questions dogmas and willingly does the opposite of what is expected of him. I feel curiously close to his intellectual adventures. Surprise.
If, unlike me, he is extremely gifted in philosophy, swimming with ease in the swamps of Heideggerian phenomenology, he also brings about a rapprochement between literature and philosophy, highlighting the mutual influences of these two fields. This is also why he favors writing over speaking. After all, what would have become of Socrates without the writings of Plato?
Reading his biography leads me to question phenomenology. Unlike the rationalism of my younger years, impervious to the developments in the thought of Hegel, Husserl and Heidegger, Derrida takes into account the impact of the subject on the reality he observes. Malraux, speaking of Sumerian cuneiform signs, affirmed that they passed for traces of bird legs until it was understood that they were writing. Phenomenology is based on the postulate that reality is what it is only through the gaze, knowledge, experience and convictions of the observer. This of course calls into question two principles: that of an intangible reality targeted by science, that of a perfect reality created by an omniscient, omnipotent god. The universe of fixed, unitary and measurable principles and relationships gives way to a world of contingencies, of complex, changing, unpredictable relationships that escape measurement. My work and research in the field of chaos theory, systemics, and intercultural approaches push me to adhere to this hypothesis. A hypothesis that begins to be proven when we come to the principles of quantum physics.
The funny thing is that I wrote my thesis in the belief that there was a fixed and rational reality, when it ended up demonstrating the opposite. Aiming to identify a “hypersign” able to account for the reality generated by the media, it resulted in the demonstration that the reassuring stability of the Saussurean signifier/signified relationship did not exist; the hypersign consisted of a nebula of signifiers in connection with a nebula of signifieds depending on the communication situation. This notion of hypersign, rather than leading to unique, stable, universal referents, led to an unstable, “trembling” vision of a reality in perpetual change. A kaleidoscopic truth rather than a fixed dogma.
3 – Différance and Deconstruction
Among the many notions that we owe to Derrida, there are two that mark a considerable break in the understanding of thought, but also of communication.
The first is a play on words, a portmanteau word which plays on the polysemy of the verb differ which can mean to be different as well as to delay, to postpone. Difference expresses this double meaning which is linked to writing. The latter comes after the word which it reformulates, restructures, corrects and elucidates. This same phenomenon occurs on another scale in the world of communication, in the media and in new means of expression. Today, we might as well ask how différance operates in the context of artificial intelligence.
When writing my thesis, I did not know that I was using this notion to demonstrate that the media of the 70s caused the same phenomenon by recomposing reality, restructuring it and changing time. If I would have known!!!
The second notion is that of deconstruction which is distinguished both from classical analysis and from the idea of destruction resulting from Nietzche’s thought. Deconstruction is an approach which consists of identifying all the mechanisms underlying a text, a work, a message, a speech, a demonstration. In doing so, this approach also makes it possible to identify everything that the logic of the text or work has eliminated, discarded to constitute its own plausibility. It is not a method in the sense of a step by step, but a principle of reflection which changes depending on the object observed. No recipe, but a point of view, this does not apply in the way of a procedure, it is a way of thinking. Enough to revulse academic rhetoricians.
Unlike classical analysis which considers the text as a singular object and explores all its internal mechanisms, deconstruction consists of placing the same text in a larger universe and identifying the choices, exclusions, shortcuts and processes which made it possible to produce it.
Beyond deconstruction, Derrida pushes his reflection on art and literature by undoing the binary link between the author and his work. Once the work is closed and signed, it becomes (also) that of its readers, of its spectators who contribute to completing it, developing it, enriching it with their own perspective, experience, imagination. Phenomenology shows its nose there by linking reality, truth, discourse to the experience of those who receive it. The author is only the first reader of his novel. As proof, if no one reads it, the novel does not exist. This simple observation can be irritating, but it is also the basis of advertising discourse and, now, publications on networks.
Derrida and his followers used deconstruction to conduct philosophical, political and literary reflections. This same deconstruction is also used in psychoanalytic approaches. In fact, it is above all a means of better understanding the philosophers of the past. It is also a means of freeing oneself from original dogmas. No single starting point, which makes it possible to get rid of both Genesis and the Big Bang. With deconstruction, the world is blurry!
For my part, during my thesis, I apply it, without realizing that I am using this tool, to demonstrate the mechanisms underlying the media, advertising, and communication. For me, deconstruction is a detective procedure in search of clues to unmask the intentions of the communicators.
This is probably what my thesis director saw when he decided as one man to allow me to defend my thesis.
So had I reinvented différance and deconstruction?
But no, no!
I was content to do Derrida without knowing it. The eight years that I had spent in Nanterre wandering around the courses that I followed like a dilettante, going from one department to another, reading more or less obscure texts here and there and drawing on recipes and strong ideas without ever really adhering to the currents of thought in which a thousand chefs were agitated in search of glory, had gradually imbued me with the ideas and methods of Derrida and his followers. My unintentional approach to Derrida’s methods was described as « bricolage », which allowed my analyzes to be disqualified from the competition for academic analysis. But it was not challenged as long as I did not claim to be part of the upper circle.
Thus, with my doctorate from Mamamouchi, I left the academic world to enter the world of marketing, advertising and market research where I worked for forty years.
The universe of Derrida and the thinkers of his time, made up of a clever mixture of phenomenology (existence precedes essence…), structuralism (apparent and deep structures), deconstruction (in search of the hidden text), not to mention Marxist rantings (long live Mao!), did not only have positive effects. The legal, political and moral discourse of Derrida and his contemporaries has aged very poorly. It already exasperated me at the time. Masked by abstruse language and an opaque style, he got bogged down in vain inner-city quarrels about which we would not know what to do. By relegating the author to the background of the work we lose his place in the era, his function as spokesperson for his social, cultural and moral environment.
The linguists of this era, including Chomsky, were at the source of new teaching methods which generated generations of illiterates (global reading); structuralism was mummified before producing any results; Marxism has become mired in its own lies. This gave birth to a thought that was even more sanitized by an increasingly puritanical morality of which wokism is the most blatant illustration. We have moved from the Age of Enlightenment to that of right-thinking censorship. Derrida would cry to find himself among the false thinkers today.
That said, the discovery of Palo Alto’s systemic approaches, then that of chaos theory and, finally, the implications of quantum physics, far from dissuading me from Derrida’s methods of analysis, allowed me to confirm and refine his hypotheses. And throughout the years of my professional life, they allowed me to practice impertinently relevant semiology.
LE SEPTIÈME SOT ou LA DÉCADENCE PROGRAMMÉE

Si le septième sceau de la bible nous présente la fin du monde, le septième sot de notre époque nous annonce la fin de notre monde. C’est dire si mon propos nous ramène devant notre porte pour y balayer avec un peu plus de vigueur.
CULTURE ET CONNAISSANCE
André Malraux aurait affirmé que « la culture c’est ce qui reste quand on a tout oublié ». Autant dire que notre époque ne veut rien oublier, qu’elle entasse, empile et collectionne les connaissances sans se donner les moyens d’en juger, de s’en défausser, de prendre la distance qui convient pour pouvoir comprendre.
Dans le contexte d’une recherche acharnée de l’exhaustivité, se perd assurément la notion de perspective, le privilège de la distanciation, la prudence du doute cartésien.
Et nous voilà entourés de tous ces singes savants qui œuvrent au progrès comme les termites font leur demeure en rongeant notre maison.
Je me souviens de Bateson qui faisait l’éloge de la capacité de faire coïncider des paradigmes de domaines profondément étranger pour faire naître des concepts nouveaux. Cette capacité est perdue. Le regard bovin de ceux à qui j’explique que la physique quantique peut rencontrer la phénoménologie, et donc, rejoindre la pensée platonicienne, en dit long sur la désertification de l’intellect.
La culture, c’est le savoir transformé en émotion, c’est la capacité de transformer, transposer, transcender la sécheresse objective de la science en des valeurs qui font grandir l’homme.
Dans un monde régit par des comptables, on en est aussi loin que possible. Quoique je connaisse quelques comptables qui ne se contentent plus de compter en rond.
C’est toute la différence entre cet insupportable Steve Jobs frétillant de génie et son aimable successeur qui n’a jamais eu d’autres idées que de bien gérer sa société.
DES HOMMES D’ÉTAT
La France est gouvernée par le plus étrange des hommes d’état. Un homme jeune, souriant, avenant. Un homme qui avait tout pour renverser la bassine de politiciens moisis de notre pays.
C’est un homme éminemment cultivé, bien plus que certains de ses prédécesseurs. C’est un homme infatigable, travailleur de l’extrême, étudiant ses dossiers jusqu’au bout de la nuit. On lui reproche l’arrogance de mieux connaître ce dont il parle que ceux qui s’en prétendent spécialistes.
C’est un homme courageux, qui ose, qui monte au front, qui force l’admiration quand il n’exaspère pas. On le dit même généreux.
C’est le plus compétent de tous les présidents depuis des décennies, et pas seulement en France.
Mais ce président n’a tout simplement pas de génie. Il n’a pas ce qu’on appelle le « shining », c’est-à-dire cette capacité de se représenter l’avenir. Non pas comme un souhait, mais comme un enchaînement de faits et de situations dont il saurait mener le bal.
C’est Bonaparte sans le soleil d’Austerlitz.
Il est évident qu’il gouverne dans un marigot de politiciens qui brillent dans leur ensemble par leur extraordinaire médiocrité, de l’extrême droite à l’extrême gauche, hurlant leur démagogie et leurs mauvais principes.
Et cet homme d’exception est obligé, au fil des élections qu’il a suscité, des compromis auxquels il est forcé, de gouverner avec des ministres de plus en plus empêtrés dans les remous de la démocratie, creusant malgré lui, le lit de l’égout fascisant de la droite.
LA DÉMOCRATIE EST LE PIRE DES RÉGIMES …
« La démocratie est le pire des régimes, à l’exception de tous les autres », disait Churchill qui n’était démocrate que du bout de son cigare.
Mais il conviendrait d’ajouter que la démocratie est le pire des régimes car il conduit aux pires régimes.
C’est bien vrai, l’idée de donner un bulletin de vote à chaque citoyen est une bien noble idée. C’est le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple !
Et c’est vrai que ça marche plutôt bien quand tout va bien. Les enjeux sont faibles et, quand le peuple se contente de reconduire ceux qui le gouvernent, rien ne se passe.
Mais la machine s’enraye quand tout va moins bien et que les affrontements politiques se traduisent en propagande.
Le peuple bien gouverné s’ennuie et se met à croire aux promesses de démagogues de tous bords promettant de raser gratis contre leur élection.
C’est ainsi que, depuis quelques décennies, on voit le bon peuple se presser d’élire des politiciens de plus en plus abominables, au nom de promesses fallacieuses, de haines recuites et de manœuvres infâmes.
Après tout, Hitler est venu au pouvoir grâce au suffrage universel.
Et c’est ainsi que, dans la plupart des démocraties, les élections finissent souvent, voire le plus souvent, par mettre au pouvoir des politiciens de plus en plus odieux.
Poutine, Netanyahou, Trump, et j’en passe sont issus du vote démocratique et n’ont rien de gendres idéaux.
Est-ce la faute de la démocratie ? Non, pas tout à fait. C’est aussi, voire surtout, la faute de l’acculturation.
Que vaut un bulletin de vote dans les mains d’une personne qui n’a aucune idée de pour qui elle va voter, qui n’a aucune idée des objectifs politiques de ceux qu’elle veut élire, de la réalité de la situation nationale, mondiale. Quand on vote pour une grande gueule, c’est la démocratie qui en prend plein la gueule.
C’EST BIEN LA CULTURE QUI SOUFFRE
Je le répète, ce n’est pas l’accroissement des connaissances qui fonde la culture, mais la capacité d’exercer son jugement et de le nuancer, de comprendre au-delà de savoir, de relier les faits et les niveaux entre eux pour engendre des concepts.
Aujourd’hui, il ne reste plus que l’accumulation hyperbolique des connaissances. Et ce capharnaüm n’est plus gouverné par une pensée, mais par des règlements (listes de règles sans ordre ni logique).
Au nombre de ces règles, on peut mentionner l’écriture inclusive qui est plus qu’une aberration linguistique, mais une flatulence d’analphabètes. Notre langue est parfaitement capable de gérer les genres sans s’imposer les pustules de l’écriture inclusive.
Le wokisme est également une abomination intellectuelle qui, au nom de principes parfaitement louables, dénature la création artistique sans aucun égard pour la vérité artistique et littéraire. Ce ne sont que des règlements édictés par des ânes. On se croirait revenu au temps des Incoyables et des Méveilleuses, sous le Directoire.
La lutte des minorités pour qu’on reconnaisse leurs droits n’a rien à gagner à se montrer sous le jour de contresens historiques et de récits dénaturés. Là encore, le désert de la culture, abandonne la terre fertile de la création aux exigences des sots.
ET L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE DANS TOUT ÇA ?
Il fallait bien en venir là.
Je le dis et je le répète, l’I.A. n’a rien d’intelligent et n’est pas du tout artificielle.
Il s’agit d’une capacité d’accumulation, de tri, de correspondances, et de combinaison effectuée par des machines à partir de données fournies par des humains.
L’intelligence artificielle n’adviendra que le jour où, la machine ayant dépassé de très loin, la capacité de combinaison et d’auto-feedback de nombreux cerveaux humains, elle pourra auto-engendre son propre jugement.
Pour l’heure, on en est très loin. Ce que l’on obtient nous émerveille autant que l’arrivée du train en gare de Sète en son temps. Cela nous surprend, nous fait un peu peur.
Pour ma part, ce qui me fait peur, dans cette affaire, ce sont les humains qui s’en servent, parce qu’ils n’hésitent pas à en faire le pire usage possible.
Et quand on sait que les seuls garde-fous qu’on a inventés sont de pauvres malheureux des bidonvilles de Bombay ou Lagos, qui n’ont aucune idée du monde dans lequel vivent ceux qui se servent de l’I.A. et que l’on paie des clopinettes à des tâches dénuées de sens.

DU SENS AU DOGME
C’est bien connu, les religions naissent sur sol fertile de l’ignorance et prospère à travers le pouvoir de ceux qui s’en font les promoteurs.
Dans toutes les civilisations, les hommes de pouvoir se sont toujours approprié le rôle de grands prêtres, de représentant de leur dieu sur terre.
Si l’on voit, de nos jours, ressurgir les religions les plus intégristes, c’est parce que la culture leur a cédé la place.
Ce ne sont pas les religions des lumières, pas même celle des grands conciles, mais les formes rabougries des croyances primitives. Le terme religere se trouve pris dans une acception littérale : la religion relie des croyants que l’on a mis au pas, que l’on a déguisés, voilés, anonymisés, pour en faire un troupeau (le flock de la bible en anglais), comme celui du coran. Et au nom de ce dogme, on se gargarise de la haine des incroyants, ou des croyants en une autre divinité. Et quand ce n’est pas un dieu, c’est une idée, ce qui fait du communisme une religion au sens strict.
Et comme les dirigeants des états sont aussi les porte-voix de leur religion, ils se commuent en divinités. C’est ainsi qu’on mène des guerres de religions : pour s’assurer le pouvoir et la domination. L’argument, c’est l’au-delà… Pascal nous a bien dit qu’il valait mieux y croire.
Et contre quoi se dressent les religions ? Contre la culture, contre les idées, contre l’altérité, contre la liberté.
C’est pourtant vrai que les religions contiennent toutes dans leurs textes fondamentaux la notion d’amour de son prochain, du respect de sa différence, de la paix salvatrice. Mais qui donc lit les textes ? Au mieux, on les ânonne sans les comprendre, tout en partant, en chantant exterminer ses voisins.
Un peu de culture, de distance et de compréhension devrait pourtant alerter sur le destin des extrémismes religieux. Savonarole n’a pas bien terminé sa vie.
Aujourd’hui, on persécute les femmes en Afghanistan, en Iran au nom de principes qui n’existent pas. Des intégristes chrétiens ramènent l’Amérique au Moyen Age sous la férule de Trump.
Et Netanyahou est en train de devenir le plus grand antisémite de l’histoire après qu’il s’est lancé dans le génocide des Palestiniens. Grâce à cet exploit, il a réveillé la haine des antisémites de tous poils qui se disent que les Juifs n’ont pas fait que se faire exterminer dans les camps de la mort, ils ont beaucoup appris. La haine n’attend que le plus immonde des motifs pour se réveiller.
L’effondrement culturel se renforce par la puissance des médias devenus ubiquitaires et qui s’exprime en des langages simplifiés, dogmatiques, intolérants et mortifères.
Il y a beau temps que les humanistes ont quitté la scène pour devenir des statues qu’on ne regarde même plus.
LA FIN DE L’OCCIDENT
Mia est une jeune femme vietnamienne qui a débarqué en France, il y a trois ans. Elle se débrouillait plus ou moins en Français et elle avait un diplôme vietnamien.
Aujourd’hui, elle a obtenu deux masters, dont un où elle est majore de sa promotion, elle a un CDI et elle vit très bien à Paris en travaillant énormément, tout en voyageant aux quatre coins de l’Europe pour tout découvrir.
Mia n’est pas la seule dans son cas. Quelques années auparavant, Dieu Anh est venue dans les mêmes conditions, elle a soutenu un doctorat de biochimie et s’est mariée en Irlande après avoir voyagé à travers l’Europe.
Et c’est sans compter Hai Dang, qui est en train de faire son chemin dans le cinéma. C’est aussi sans compter Ngoc Lan qui, arrivée il y a vingt-cinq ans, est devenue cadre supérieure dans un grand laboratoire. Elle a fait venir toute sa famille qui prospère dans le sud de la France.
Les exemples sont innombrables et, si je ne cite que des cas vietnamiens, je sais que c’est la même chose pour des jeunes gens venus de mille pays que l’on dit pauvres.
Loin d’être les poids morts, les assistés, que les Français prétendent qu’ils sont, ils prospèrent par leur courage, leur enthousiasme, leur volonté de réussir en étant partis de rien.
Tous savent que le seul moyen de trouver sa place dans la société et dynamiser l’économie d’un pays, c’est d’y travailler ardemment. Tous savent que ce n’est pas en faisant moins qu’on gagne plus.
Et tandis que les Français se cramponnent à des avantages acquis, font grève pour des privilèges qu’on ne pourra plus, bientôt, leur payer, qu’ils croient qu’on enrichira le pays en dépensant moins et en faisant fuir les riches, les jeunes Vietnamiens et de bien d’autres pays qui sont en train de s’éveiller (quand ils ne sont pas complètement réveillés), œuvrent avec enthousiasme à un nouveau futur. Ils savent que, pour faire face à ses dépenses et améliorer le niveau de vie d’un pays, il faut simplement gagner plus d’argent, c’est-à-dire emporter des marchés, vendre des produits attrayants, innovants, utiles, travailler, travailler encore, toujours travailler. Cela me rappelle les propos d’un ancien président qui, pour une fois n’avait pas tort.
Dans ce futur que je pense très proche, le monde occidental se sera dépossédé de son influence, englué dans des politiques absurdes, divisé par des querelles ineptes, délaissé des progrès de la culture où on ne les verra plus que comme des destinations touristiques au passé douteux.
Vous trouvez que je suis un peu pessimiste ?
Du haut de mon âge qui devient grand, petit à petit, en fait, je m’en fous.Du haut de mon âge qui devient grand, petit à petit, en fait, je m’en fous.
THE SEVENTH FOOL or PROGRAMMED DECADENCE

If the seventh seal of the Bible presents to us the end of the world, the seventh fool of our time announces to us the end of our world. This means that my words bring us back to our door to sweep it with a little more vigor.
CULTURE AND KNOWLEDGE
André Malraux is said to have said that “culture is what remains when we have forgotten everything”. Suffice it to say that our era does not want to forget anything, that it piles up, piles up and collects knowledge without giving itself the means to judge it, to discard it, to take the appropriate distance to be able to understand.
In the context of a relentless search for completeness, the notion of perspective, the privilege of distancing, the prudence of Cartesian doubt are certainly lost.
And here we are surrounded by all these learned monkeys who work for progress like termites make their home by gnawing at our house.
I remember Bateson praising the ability to bring together paradigms from profoundly foreign domains to give rise to new concepts. This ability is lost. The bovine gaze of those to whom I explain that quantum physics can meet phenomenology, and therefore join Platonic thought, says a lot about the desertification of the intellect.
Culture is knowledge transformed into emotion, it is the capacity to transform, transpose, transcend the objective dryness of science into values that make man grow.
In a world governed by accountants, we are as far from that as possible. Although I know a few accountants who are no longer content with counting in circles.
That’s the difference between this unbearable Steve Jobs, quivering with genius, and his amiable successor who never had any other ideas than to manage his company well.
STATESMEN
France is governed by the strangest of statesmen. A young, smiling, friendly man. A man who had everything to overthrow the moldy pool of politicians in our country.
He is an eminently cultured man, much more so than some of his predecessors. He is a tireless man, an extreme worker, studying his files until the end of the night. He is criticized for the arrogance of knowing better what he is talking about than those who claim to be specialists.
He is a courageous man, who dares, who goes to the front, who commands admiration when he does not exasperate. He is even said to be generous.
He is the most competent of all presidents in decades, and not only in France.
But this president simply has no genius. He does not have what we call “shining”, that is to say this ability to imagine the future. Not as a wish, but as a sequence of facts and situations from which he knows how to lead the way.
It’s Bonaparte without the Austerlitz sun.
It is obvious that he governs in a backwater of politicians who shine as a whole with their extraordinary mediocrity, from the extreme right to the extreme left, screaming their demagoguery and their bad principles.
And this exceptional man is obliged, over the elections he has provoked, the compromises to which he is forced, to govern with ministers increasingly entangled in the eddies of democracy, digging in spite of himself, the bed of the fascist sewer of the right.
DEMOCRACY IS THE WORST REGIME…
“Democracy is the worst regime, except for all the others,” said Churchill, who was only a democrat at the tip of his cigar.
But it would be appropriate to add that democracy is the worst regime because it leads to the worst regimes.
It’s true, the idea of giving a ballot to every citizen is a very noble idea. This is government of the people, by the people and for the people!
And it’s true that it works quite well when everything is going well. The stakes are low and, when the people are content to reappoint those who govern them, nothing happens.
But the machine stalls when everything is going less well and political clashes are translated into propaganda.
The well-governed people are bored and begin to believe in the promises of demagogues of all stripes promising to shave for free against their election.
This is how, for several decades, we have seen the good people rush to elect increasingly abominable politicians, in the name of fallacious promises, reheated hatred and nefarious maneuvers.
After all, Hitler came to power through universal suffrage.
And so, in most democracies, elections often, if not most often, end up putting increasingly odious politicians in power.
Putin, Netanyahu, Trump, and so on are democratically elected and are not ideal sons-in-law.
Is it democracy’s fault? No, not quite. It is also, or even above all, the fault of acculturation.
What is a ballot worth in the hands of a person who has no idea who they are going to vote for, who has no idea of the political objectives of those they want to elect, of the reality of the national and global situation. When you vote for a big mouth, it’s democracy that takes the brunt.
IT IS THE CULTURE THAT IS SUFFERING
I repeat, it is not the increase in knowledge that establishes culture, but the ability to exercise judgment and nuance it, to understand beyond knowledge, to connect facts and levels together to generate concepts.
Today, all that remains is the hyperbolic accumulation of knowledge. And this mess is no longer governed by thought, but by regulations (lists of rules without order or logic).
Among these rules, we can mention inclusive writing which is more than a linguistic aberration, but an illiterate flatulence. Our language is perfectly capable of managing genres without imposing the pustules of inclusive writing.
Wokism is also an intellectual abomination which, in the name of perfectly laudable principles, distorts artistic creation without any regard for artistic and literary truth. These are just regulations made by donkeys. We would think we had returned to the time of the Incoyables and the Méveilleuses, under the Directory.
The struggle of minorities to have their rights recognized has nothing to gain by showing itself in the light of historical misinterpretations and distorted stories. Here again, the desert of culture abandons the fertile land of creation to the demands of fools.
AND ARTIFICIAL INTELLIGENCE IN ALL THIS?
It had to come to this.
I say it and I repeat it, A.I. is not at all clever and not at all artificial.
It is a capacity for accumulation, sorting, matching, and combination carried out by machines from data provided by humans.
Artificial intelligence will only come about the day when, the machine having far exceeded the capacity for combination and self-feedback of many human brains, it will be able to self-generate its own judgment.
For now, we are very far from it. What we get astonishes us as much as the arrival of the train at Sète station in its time. This surprises us, scares us a little.
For my part, what scares me in this matter is the humans who use it, because they do not hesitate to make the worst possible use of it.
And when we know that the only safeguards we have invented are poor unfortunates from the slums of Bombay or Lagos, who have no idea of the world in which those who use A.I. live. and we pay a pittance for meaningless tasks.

FROM MEANING TO DOGMA
It is well known that religions are born on fertile soil of ignorance and thrive through the power of those who promote them.
In all civilizations, men of power have always taken on the role of high priests, representatives of their god on earth.
If we see the most fundamentalist religions re-emerging today, it is because culture has given way to them.
These are not the religions of enlightenment, not even that of the great councils, but the stunted forms of primitive beliefs. The term religere is taken in a literal sense: religion connects believers who have been brought into line, who have been disguised, veiled, anonymized, to make a flock (the flock of the Bible in English), like that of the Koran. And in the name of this dogma, we boast of the hatred of unbelievers, or of believers in another divinity. And when it is not a god, it is an idea, which makes communism a religion in the strict sense.
And as the leaders of states are also the spokespersons of their religion, they become divinities. This is how religious wars are fought: to secure power and domination. The argument is the afterlife… Pascal told us that it was better to believe in it.
And what do religions stand against? Against culture, against ideas, against otherness, against freedom.
It is nevertheless true that religions all contain in their fundamental texts the notion of love of one’s neighbor, respect for one’s difference, and saving peace. But who reads the texts? At best, we talk about them without understanding them, while leaving, singing about exterminating our neighbors.
A little culture, distance and understanding should, however, alert us to the fate of religious extremism. Savonarola did not end his life well.
Today, women are persecuted in Afghanistan and Iran in the name of principles that do not exist. Christian fundamentalists are taking America back to the Middle Ages under the rule of Trump.
And Netanyahu is becoming the greatest anti-Semite in history after he embarked on the genocide of the Palestinians. Thanks to this feat, he has awakened the hatred of anti-Semites of all stripes who say that the Jews were not only exterminated in the death camps, they learned a lot. Hatred only waits for the foulest of motives to awaken.
The cultural collapse is reinforced by the power of the media which have become ubiquitous and which are expressed in simplified, dogmatic, intolerant and deadly languages.
It’s been a long time since humanists left the stage to become statues that we no longer even look at.
THE END OF THE WEST
Mia is a young Vietnamese woman who arrived in France three years ago. She was more or less fluent in French and she had a Vietnamese diploma.
Today, she has obtained two master’s degrees, one of which she is top of her class, she has a permanent contract and she lives very well in Paris, working a lot, while traveling to the four corners of Europe to discover everything.
Mia is not alone in her situation. A few years earlier, Dieu Anh came under the same conditions, she completed a doctorate in biochemistry and got married in Ireland after traveling through Europe.
And that’s without counting Hai Dang, which is making its way into cinema. This is also without counting Ngoc Lan who, arriving twenty-five years ago, became a senior manager in a large laboratory. She brought her whole family who prosper in the south of France.
The examples are countless and, if I only cite Vietnamese cases, I know that it is the same thing for young people from a thousand countries that are said to be poor.
Far from being the dead weights, the welfare recipients, that the French claim they are, they prosper through their courage, their enthusiasm, their desire to succeed by starting from nothing.
Everyone knows that the only way to find your place in society and boost the economy of a country is to work hard. Everyone knows that it is not by doing less that we gain more.
And while the French cling to acquired advantages, strike for privileges that we will soon no longer be able to pay them, while they believe that we will enrich the country by spending less and driving away the rich, the young Vietnamese and many other countries which are waking up (when they are not completely awake), are working enthusiastically towards a new future. They know that, to meet expenses and improve the standard of living of a country, you simply have to earn more money, that is to say, win markets, sell attractive, innovative, useful products, work, work again, always work. This reminds me of the words of a former president who, for once, was not wrong.
In this future, which I think is very near, the Western world will have dispossessed itself of its influence, mired in absurd policies, divided by inept quarrels, neglected by cultural progress where they will no longer be seen as anything other than tourist destinations with a dubious past.
Do you think I’m a bit pessimistic?
At my age which is becoming big, little by little, in fact, I don’t care.
LA VIE, LA MORT ET LA THERMODYNAMIQUE

Ceux qui pensent que la seconde loi de la thermodynamique concerne les robinets d’eau chaude devraient s’intéresser aux travaux de Richard Feynman, un mathématicien américain qui a beaucoup publié sur le thème de la vie et de l’entropie. https://fr.wikipedia.org/wiki/Richard_Feynman

Tout d’abord, il faut commencer par l’idée que nous nous faisons de la mort, la seule épidémie qui frappe la totalité de l’humanité depuis qu’elle existe.
Il faut bien reconnaître que la mort est, par nature, le thème central de toutes les religions depuis que l’homme est devenu conscient de sa mortalité.
Les religions reposent sur la prise de pouvoir par certains qui prétendent expliquer à travers la mythologie ce qui paraît inexplicable. Le plus inexplicable étant la mort, la religion prend le pouvoir sur les hommes en s’instituant l’arbitre de ce qu’il advient quand on meurt.
Et ce n’est pas pour rien que les rois, les tyrans et même les présidents de républiques modernes s’emparent de ce pouvoir.
Les religions monothéistes, contrairement aux autres, ont eu à coeur d’inventer aussi un paradis qui récompense ceux qui se sont montrés croyants et, surtout, obéissant aux dogmes. Et comme cela ne suffisait pas, elles ont aussi inventé l’enfer pour les autres. Et, sommet de l’incongru, le purgatoire, une sorte de maison d’arrêt où l’on purge ses peines d’incroyance. Et, bien entendu, le paradis est toujours décrit comme un lieu où tous les interdits sont levés, un défouloir universel pour ceux qui ont horreur de se défouler.
Ces notions n’existent pas dans les religions anciennes et non monothéistes. Toutes parlent d’un autre monde plus ou moins en interaction avec celui des vivants. L’esprit du mort se transporte de diverses manières, tant par la réincarnation que par le passage dans d’autres mondes, d’autres dimensions. Ces religions affirment que ce que deviendra l’esprit est gouverné par ce qu’il a été durant sa vie. Celui qui a été mauvais deviendra au moins aussi mauvais dans son existence post-mortem. Ce qui, en résumé, n’est pas si éloigné du système paradis / enfer. Elles affirment également que chacun n’est rien d’autre que la continuité de ce qui l’a précédé. Contrairement aux monothéismes, elles inscrivent la vie de chacun dans une continuité temporelle qu’elles décrivent parfois comme un cycle, résolvant ainsi le dilemme de l’éternité. Mais, monothéiste ou non, les religions s’interrogent en priorité sur la mort, que ce soit dans les cimetières que dans les baignades dans le Gange.
Ce qui est frappant, c’est qu’on ne se pose pas la question de ce qui se passe avant notre naissance. À mes yeux, le moment où l’esprit prend corps est aussi mystérieux que celui où il s’efface. L’homme n’est vivant que pendant quelques décennies, mais il ne s’interroge pas sur ce qu’était son esprit pendant les treize milliards d’années qui l’ont précédé. L’homme n’est absolument pas la mesure de toute chose, il n’est rien d’autre que la pointure de ses chaussures dans un univers dont il ne perçoit qu’une infime partie, trompé par ses sens, ses croyances et tout ce qu’il ignore.
C’est à cet instant que s’insinue la thermodynamique qui, d’après ses lois, tente d’expliquer, preuves à l’appui, l’ensemble des processus qui président à l’existence par une loi qui s’exprime ainsi :
« Toute transformation d’un système thermodynamique s’effectue avec augmentation de l’entropie globale incluant l’entropie du système et du milieu extérieur. On dit alors qu’il y a création d’entropie. »
Pour mieux comprendre, on dira que tout ce qui est en ordre, bien rangé, finit par se mélanger et à ne plus être en ordre. Par exemple, un verre qui tombe par terre, se casse en mille morceaux et passe ainsi de l’ordre au désordre. Tous les bâtiments, surtout les châteaux de sable, finissent par devenir des tas de sable indifférenciés. Et on n’a jamais vu un tas de sable indifférencié se reconstituer en un château de sable, un verre brisé se reconstituer un en verre en parfait état.
Bah alors ? me direz-vous, qu’est-ce que cela a à voir avec la mort.
Eh bien, un être humain, c’est pareil. C’est un système ordonné qui finit par se trouver de plus en plus en désordre, tellement en désordre qu’il est mort. Et c’est pareil pour l’univers ! L’univers entier s’achemine vers un désordre absolu qui se produira bientôt, dans quelques dizaines de milliards d’années.
Et tout cela ne peut se passer que dans un seul sens, on dit que c’est irréversible, l’ensemble de ce processus, du verre à l’univers en passant par le château de sable et la vie, se produit dans une seule direction et génère le temps. Le temps est une suite de transformations qui engendrent ce que nous percevons comme une durée. La preuve, c’est que quand on accélère ou ralentit le processus, le temps ne se déroule pas à la même vitesse. Einstein nous l’avait déjà expliqué en 1905 et vous n’avez qu’à aller voir Interstellar pour vous faire une idée.
C’est là qu’intervient une notion un peu plus subtile et qui fait appel à la notion d’énergie.
Pour être ordonné, l’univers et tous les systèmes ordonnés ont besoin d’une certaine quantité d’énergie, l’ensemble des forces qui maintiennent tous éléments bien rangés et différenciés. En ce qui nous concerne, nous sommes intègres et en bonne santé parce qu’une certaine quantité d’énergie nous permet de le demeurer. Mais cette quantité d’énergie est une quantité donnée qui se divise en autant d’unités que le nombre d’éléments qui nous constituent (atomes, cellules, organes, etc.). C’est pareil pour l’univers qui a reçu son énergie au moment du big bang, une fois pour toutes.
Et plus l’e corps tend vers l’entropie, plus l’univers se délite vers sa propre entropie, l’énergie se divise de plus en plus. À un stade donné, l’énergie du corps ne parvient plus à maintenir l’ordre, et paf, on claque !
Et quand l’univers se sera délité en une infinité de particules indifférenciées, l’énergie sera aussi divisée à l’infini, au point de devenir nulle. Et, alors, il n’y aura plus de transformation et, donc, plus de temps. Et ce qui est vrai pour l’infiniment grand, l’est aussi pour l’infiniment petit, comme semble le démontrer la physique quantique. Par conséquent, pour nous qui sommes entre ces deux extrêmes, la mort, c’est quand notre entropie est telle que notre énergie devient quasi-nulle et donc que le temps cesse d’exister. Nous ne mourons doc pas pour l’éternité, mais tout simplement pour sortir du temps, tout àa fait comme quand nous nétions pas nés.
C’est ce que la Bible fait dire à Moïse : « Memento, homo, quia pulvis es, et in pulverem reverteris »
Et pour gouverner ce principe, il existe la loi des probabilités.
Depuis le commencement de l’univers, les événements produits dans l’univers, grâce à la quantité d’énergie initiale et invariable, sont soumis au principe des probabilités. Le chemin qui mène vers l’entropie n’est pas décidé par une autorité divine, mais par le simple jeu des probabilités. Si je ramasse tous les morceaux du verre brisé et que je les lance en l’air, il existe une probabilité qu’ils retombent juste, comme un verre neuf, mais il existe une infinité d’autres probabilités qu’i retombe tout aussi cassé. L’évolution vers l’entropie n’est pas un projet, mais un simple jeu de probabilités où les chances de désordre sont de plus en plus probables que celles d’ordre.
Au tout début, de l’univers, comme de la vie, la quantité d’énergie force les éléments à se structurer (attraction, forces quantiques) et tout à plus de chances de se structurer. Mais, inéluctablement, l’énergie se divisant, les chances d’entropie grandissent de plus en plus. Plus il y a de cartes dans le jeu, plus les chances de trouver l’as diminuent. Pour que l’on devienne un bébé, il faut une très grande quantité de spermatozoïdes et un seul oeuf. Et ça ne marche pas à tous les coups. Eh bien pour l’univers, cela a probablement commencé de la même manière, enfin, peut-être.
En effet, notre conception de l’univers repose sur la prédominance du temps, cette dimension dont on a constaté qu’elle n’était que la résultante du processus d’entropie. Se pourrait-il, comme beaucoup l’affirment qu’il puisse exister d’autres univers, dont certains obéiraient à une seconde loi de la thermodynamique inversée, ou les verres cassés deviendraient nécessairement des verres intacts ? Des univers où l’on viendrait au monde vieux pour s’éteindre à l’état d’embryon ? C’est aussi improbable que de renverser cette loi dans notre propre monde, mais cela ne ferme pas la voie de l’existence de multivers qui sont au-delà de notre perception, voire de notre conception.
Notre univers est destiné à devenir une entité neutre où le temps, l’énergie et l’espace sont abolis. Rien n’indique qu’il n’est pas né de ce néant par l’effet d’une puissance infinie surgissant et provoquant l’explosion initiale, le fameux big bang. Cela reviendrait à penser l’univers comme un cycle sans fin.
Et c’est, par homothétie, ce qui nous ramène à la vie et à ce que suggèrent certaines religions, notre vie ne serait qu’un instant dans un cycle sans fin auquel nous cherchons à donner un sens.
Une fois encore, nous nous posons bien trop de questions sur la mort alors que nous ignorons tout de la vie. Toutes les religions postulent que la vie est une création divine en se gardant bien de l’expliquer. La science bute sur le passage de la chimie à la biologie. Il est même concevable que notre existence s’entrecroise avec celle d’autres versions de nous-mêmes dans les multivers, dans ces dimensions qui échappent à notre pauvre répertoire sensoriel. Dans ce registre de conception, les rêves, les « déjà vus », les sensations de présence, voire les fantômes sont des indices de l’interpénétration de notre monde des vivants et d’autres états de la vie auxquels nous n’avons que des accès ponctuels, aux franges de notre conscience. Des accès que la médecine et la science considèrent comme des illusions produites par des dysfonctionnements de notre cerveau. Certains mysticismes s’en servent comme des preuves du cycle universel de la vie et en font des piliers de la morale.
Mais l’étincelle qui nous fait passer du minéral au vivant résiste bien plus à notre entendement que notre mort, que nous craignons tant, et qui n’est qu’un effet de la seconde loi de la thermodynamique. Un simple problème de robinet qui fuit. notre mort, que nous craignons tant, et qui n’est qu’un effet de la seconde loi de la thermodynamique. Un simple problème de robinet qui fuit.
LIFE, DEATH AND THERMODYNAMICS

Those who think that the second law of thermodynamics concerns hot water faucets should look at the work of Richard Feynman, an American mathematician who has published extensively on the subject of life and entropy. https://fr.wikipedia.org/wiki/Richard_Feynman

First of all, we must start with the idea we have of death, the only epidemic that has struck all of humanity since it existed.
It must be recognized that death is, by nature, the central theme of all religions since man became aware of his mortality.
Religions are based on the taking of power by some who claim to explain through mythology what seems inexplicable. The most inexplicable being death, religion takes power over men by making itself the arbiter of what happens when we die.
And it is not for nothing that kings, tyrants and even presidents of modern republics seize this power.
Monotheistic religions, unlike others, were keen to invent a paradise which rewards those who have shown themselves to be believers and, above all, obedient to dogmas. And as that was not enough, they also invented hell for others. And, the height of the incongruous, purgatory, a sort of remand prison where we serve our sentences of unbelief. And, of course, paradise is always described as a place where all prohibitions are lifted, a universal release for those who hate letting off steam.
These notions do not exist in ancient and non-monotheistic religions. They all speak of another world more or less interacting with that of the living. The spirit of the dead is transported in various ways, both through reincarnation and through passage into other worlds, other dimensions. These religions affirm that what the spirit will become is governed by what it was during its life. He who has been bad will become at least as bad in his post-mortem existence. Which, in short, is not that far from the heaven/hell system. They also affirm that each is nothing other than the continuity of what preceded it. Unlike monotheisms, they place everyone’s life in a temporal continuity which they sometimes describe as a cycle, thus resolving the dilemma of eternity. But, monotheistic or not, religions primarily question death, whether in cemeteries or swimming in the Ganges.
What is striking is that we do not ask ourselves the question of what happens before we are born. In my eyes, the moment when the spirit takes shape is as mysterious as the moment when it fades away. Man is only alive for a few decades, but he does not question what his mind was like during the thirteen billion years that preceded him. Man is absolutely not the measure of everything, he is nothing other than the size of his shoes in a universe of which he perceives only a tiny part, deceived by his senses, his beliefs and everything he ignores.
It is at this moment that thermodynamics insinuates itself which, according to its laws, attempts to explain, with supporting evidence, all of the processes which govern existence by a law which is expressed as follows:
“Any transformation of a thermodynamic system is carried out with an increase in the overall entropy including the entropy of the system and the external environment. We then say that there is a creation of entropy. »
To understand better, we will say that everything that is in order, well arranged, ends up getting mixed up and no longer being in order. For example, a glass that falls to the ground breaks into a thousand pieces and thus goes from order to disorder. All buildings, especially sandcastles, eventually become undifferentiated piles of sand. And we have never seen a pile of undifferentiated sand reconstitute into a sand castle, a broken glass reconstituted into glass in perfect condition.
Well then? you will ask me, what does this have to do with death?
Well, a human being is the same. It is an ordered system that ends up finding itself more and more disordered, so disordered that it is dead. And it’s the same for the universe! The entire universe is moving towards absolute disorder which will occur soon, in a few tens of billions of years.
And all this can only happen in one direction, it is said to be irreversible, this whole process, from glass to the universe to the sandcastle to life, happens in only one direction and generates time. Time is a series of transformations which generate what we perceive as duration. The proof is that when you speed up or slow down the process, time does not move at the same speed. Einstein had already explained it to us in 1905 and you just have to go see Interstellar to get an idea.
This is where a slightly more subtle notion comes in, which involves the notion of energy.
To be ordered, the universe and all ordered systems need a certain amount of energy, the set of forces that keep all elements tidy and differentiated. As far as we are concerned, we are whole and in good health because a certain quantity of energy allows us to remain so. But this quantity of energy is a given quantity which is divided into as many units as the number of elements which constitute us (atoms, cells, organs, etc.). It is the same for the universe which received its energy at the time of the big bang, once and for all.
And the more the body tends towards entropy, the more the universe disintegrates towards its own entropy, energy divides more and more. At a given stage, the body’s energy is no longer able to maintain order, and bam, we collapse!
And when the universe has disintegrated into an infinity of undifferentiated particles, the energy will also be divided infinitely, to the point of becoming zero. And, then, there will be no more transformation and, therefore, no more time. And what is true for the infinitely large is also true for the infinitely small, as quantum physics seems to demonstrate. Therefore, for us who are between these two extremes, death is when our entropy is such that our energy becomes almost zero and therefore time ceases to exist. We do not die for eternity, but simply to escape time, just like when we were not born.
This is what the Bible has Moses say: “Memento, homo, quia pulvis es, et in pulverem reverteris”
And to govern this principle, there exists the law of probability.
Since the beginning of the universe, the events produced in the universe, thanks to the initial and invariable quantity of energy, have been subject to the principle of probability. The path to entropy is not decided by divine authority, but by the simple play of probability. If I pick up all the pieces of the broken glass and throw them into the air, there is a probability that they will fall just like a new glass, but there are an infinite number of other probabilities that it will land just as broken. The evolution towards entropy is not a project, but a simple game of probabilities where the chances of disorder are more and more probable than those of order.
At the very beginning of the universe, like life, the quantity of energy forces the elements to structure themselves (attraction, quantum forces) and everything has a greater chance of being structured. But, inevitably, as energy divides, the chances of entropy increase more and more. The more cards there are in the deck, the lower the chances of finding the ace. To become a baby, you need a very large quantity of sperm and a single egg. And it doesn’t work every time. Well for the universe it probably started the same way, well, maybe.
Indeed, our conception of the universe is based on the predominance of time, this dimension which we found to be only the result of the entropy process. Could it be, as many assert, that there could exist other universes, some of which would obey a second law of reversed thermodynamics, where broken glasses would necessarily become intact glasses? Universes where we come to the old world only to die out as embryos? It is as improbable as overturning this law in our own world, but it does not close the path to the existence of multiverses that are beyond our perception, or even our conception.
Our universe is destined to become a neutral entity where time, energy and space are abolished. Nothing indicates that it was not born from this nothingness by the effect of an infinite power arising and causing the initial explosion, the famous big bang. This would amount to thinking of the universe as an endless cycle.
And this is, by homothety, what brings us back to life and what certain religions suggest, our life is only an instant in an endless cycle to which we seek to give meaning.
Once again, we ask ourselves too many questions about death while we know nothing about life. All religions postulate that life is a divine creation, taking care not to explain it. Science stumbles on the transition from chemistry to biology. It is even conceivable that our existence intersects with that of other versions of ourselves in the multiverses, in these dimensions which escape our poor sensory repertoire. In this register of conception, dreams, “déjà vus”, sensations of presence, even ghosts are indicators of the interpenetration of our world of the living and other states of life to which we only have occasional access, on the fringes of our consciousness. Accesses that medicine and science consider to be illusions produced by dysfunctions of our brain. Some mysticisms use them as proof of the universal cycle of life and make them pillars of morality.
But the spark that makes us go from mineral to living resists our understanding much more than our death, which we fear so much, and which is only an effect of the second law of thermodynamics. A simple leaking faucet problem.